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Visite | NZ Architecture : zélatrices, inspirées, du bien-être des usagers d'un CMP à Meaux (05-11-2010)

Fariba Nourdeh et Michèle Zaoui (agence NZ Architecture) devaient insérer un bâtiment – un Centre médico-psychologique (CMP) - dans la coulée verte d’un boulevard urbain à Meaux (77). Contre 'l'évidence' de 'sachants' butés, elles sont parvenues à mettre en œuvre, dans un budget serré, leur volonté de privilégier le confort des patients.

Bâtiments Publics | Santé | Meaux | NZ architecture

Situé dans le quartier de Beauval à Meaux, le bâtiment s’implante en bordure de l’avenue de la Concorde sur une marge de recul très arborée, que la Ville souhaite urbaniser, "en première ligne", devant différents équipements publics. La première réaction des architectes Fariba Nourdeh et Michèle Zaoui, à l'idée de construire sur cette 'coulée verte', fut de se dire : "Zut, c'est dommage !" Puis, dans la foulée, "comment fait-on en tant qu'architecte quand on se dit 'zut, c'est dommage' ?" Parce que la première réaction était la bonne, la réponse à la question induite le fut également.

Le centre médico-psychologique à Meaux est un programme bicéphale puisqu'il consistait d'un côté en la création d'ateliers pour des patients sortant d'hôpital psychiatrique devant "réapprendre à vivre en société (hygiène, cuisine, etc.)" et de l'autre dans l'accueil de consultation psychiatrique de jour. Le projet se présente donc sous la forme de deux bâtiments parallèles occupant tout le linéaire du terrain, reliés à leurs deux extrémités, et délimitant un jardin intérieur traversant, permettant de ne pas interrompre le paysage arboré et d’inscrire pleinement l’équipement dans son contexte. Cette organisation - parallélépipède compact découpé en deux par la traversée de la futaie - permet d’abriter clairement les deux entités du projet : le Centre médico-psychologique (CMP) à l’est et le Centre d'Accueil Thérapeutique à Temps Partiel, (CATTP) à l’ouest. L’entrée principale de l’équipement est latérale, côté nord, accessible depuis la voie desservant le collège et distribue clairement de part et d’autre les deux circulations situées contre les façades extérieures. En clair, chaque aile répond ainsi aux besoins particuliers des patients.

Sauf que si le bâtiment semble s'inscrire aujourd'hui comme une évidence dans son contexte, qu'il soit urbain ou humain, l'intuition des architectes ne s'est pas imposée comme une évidence aux yeux du maître d'ouvrage, encore moins à ceux du premier bureau d'études retenu. Le raisonnement des ingénieurs de ce dernier avait pourtant le mérite, apparent, de l'évidence justement. Multiplier les façades va coûter une fortune, disaient-ils en substance. En conséquence de quoi, ils préconisaient… une boîte compacte. "Nous avons fini par douter", expliquent Fariba Nourdeh et Michèle Zaoui. "Nous avons dessiné un bloc ; ça n'allait pas. Nous nous sommes remises en question, avons repris l'étude du programme, et finalement trouvé les choses auxquelles nous tenions le plus", précise Fariba. Lesquelles ? Fariba encore : "les patients doivent se sentir bien et en sécurité dans ce bâtiment".

02(@AmirAnoushf).jpgLa circulation extérieure dans le U permettait en effet de concevoir des lieux de vie ne donnant pas sur la rue mais sur le patio intérieur, sur la nature. La conviction d'avoir raison s'est imposée et elles n'ont plus lâché l'affaire. Elles ont bien fait. Le maître d'ouvrage – le Centre hospitalier de Meaux - s'est rendu à leurs arguments et le bureau d'études qui ne voulait rien savoir a été remercié, remplacé par SECA-Ingénierie qui, en bonne intelligence avec les architectes, a travaillé à faire rentrer le projet dans le budget. Avec bonheur puisque le bâtiment a été livré en juillet 2005. "Pour faire des économies et rentrer dans le budget, nous avons joué avec l'orientation, la présence des arbres, le choix des matériaux et des équipements ; cela nous a permis notamment d'éviter d'installer une climatisation", assure Fariba en riant. Leur fierté vis-à-vis de ce bâtiment tient autant, semble-t-il, à la prouesse architecturale dans le budget donné (790.000 euros HT) qu'à la conviction que l'architecture est ici au service des usagers.

De fait, une fois le principe architectural acquis, tout fut limpide. Ainsi, le traitement des façades répond à deux principes clairs et très différents, inspirés par la spécificité du programme des deux centres. A l’intérieur, sur patio, les façades souples au tracé sinusoïdal sont largement percées de baies horizontales accusant les courbes, et revêtues de carrelage brisé appareillés en opus incertum, s’apparentant à des teintes de feuillages vert pâle, jaune et ocre, douces et gaies. Derrière ces façades se trouvent d’un côté les ateliers du CATTP (très largement ouverts) de l’autre les cabinets de consultation (plus fermés). Les façades intérieures sur patio sont rythmées par des brise-soleil horizontaux permettant d’unifier les deux linéaires et de renforcer l’identité de cet espace intime de détente.

03(@NZarchitecture)_S.jpgEn périphérie, les façades extérieures du bâtiment constituent une peau extérieure continue, figurant la protection, vis-à-vis du monde extérieur, qu’offre l’équipement aux consultants, notamment aux patients du CATTP qui viennent vivre une période de transition au sortir de l’hôpital. "Il s’agit de renforcer l’effet d’'enveloppe percée', d’accuser l’épaisseur de la façade et d’en accentuer le rôle protecteur par des percements simples et répétitifs offrant depuis l’intérieur du bâtiment des vues ponctuelles, partielles et cadrées sur l’extérieur, sur la ville. Leur positionnement, libre et aléatoire, permet de créer une 'vibration' continue, qui accentue l’effet cinétique produit par la perception en mouvement de l’automobiliste ou du piéton longeant le bâtiment'", disent-elles. "C'est une autre vertu de cette circulation extérieure, offrir aux patients un sas de transition", explique Michèle. Dit autrement, les ouvertures abstraites visibles de l'extérieur ne montrent rien, par pudeur et respect, de la souffrance des patients qui fréquentent l'endroit, lesquels peuvent en revanche voir sans être vus et ainsi "se préparer au retour à l'extérieur". Un sentiment renforcé par les matériau, rigides pour le mur extérieur mais souple à l'intérieur, la mise en couleur du mur du couloir situé en arrière plan de la façade permettant de créer une profondeur et de l’égayer par des tâches colorées créées par la lumière.

Christophe Leray

04(@AmirAnoushf)_B.jpgFiche technique

Construction neuve
Maître d’ouvrage: Centre hospitalier de Meaux
Maîtrise d’oeuvre : NZ Architecture mandataire
SECA Ingénierie BET co-traitant
Localisation: 6, avenue de la Concorde - 77100 Meaux
Programme: cabinets de consultation, bureaux, ateliers, activités sportives, salle polyvalente, parking 11 places
Surface: 630 m² - bâtiment ; 1.200 m² - espaces extérieurs
Montant des travaux : 790.000 € HT - bâtiment ; 89.000 € HT - VRD et plantations
Mission : mission de base loi MOP
Calendrier : 2001-2002 – études ; sept 2004 - juillet 2005 - chantier

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 8 mars 2006.

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