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Visite | Moon Architectures, de toute urgence (15-05-2019)

A Paris, un centre d’hébergement destiné aux «populations du 115», en référence au numéro d’appel pour l'accueil d'urgence, a été créé aux confins de la capitale, en marge d’un noeud autoroutier. A l’adresse difficile, l’agence fondée par Guillaume Hannoun, Moon Architectures, répond par un projet simple né d’une approche aussi pragmatique que frugale.

Logement collectif | France

Appréciée sur une carte, l’adresse semble insultante tant elle paraît reléguée en marge du XIIe arrondissement de la capitale. A l’exclusion sociale s’ajouterait l’éviction géographique. Merci Paris !

In situ, l’appréciation est toute autre. C’est, sans aucun doute, l’un des premiers mérites du travail opéré par l’agence Moon Architectures qui a su, malgré un contexte ingrat, faire preuve d’ingéniosité.

En effet, l’ensemble offre un sentiment de protection et l’infrastructure routière est à peine visible depuis la résidence qui ménage un espace vert des plus apaisants. «Nous travaillons ces projets pour que ceux qui y vivent s’y sentent bien et surtout ne soient pas stigmatisés», assure Guillaume Hannoun. Dont acte.

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L’architecte travaille en connaissance de cause. Il manie, en effet, ces typologies depuis plusieurs années déjà. Il sait combien ces programmes sont confrontés aux regards de riverains critiques mais aussi d’administrations parfois frileuses. Beaucoup appeleraient même, du bout des lèvres, à ne pas faire trop bien pour ceux qui n’ont rien...

Guillaume Hannoun s’horrifie de telles positions et préfère éluder la question pour aborder avec précision sa manière de traiter une commande délicate. «Ce sont des projets qui, généralement, initient, chez ceux qui les occupent, un parcours résidentiel et qui conduisent progressivement vers l’autonomie. Ces résidences relèvent, avant tout, d’un travail d’accompagnement social», explique-t-il. De la rue au logement.

Si 300 personnes habitent le foyer, trente-cinq y travaillent à temps plein pour le compte de l’association Aurore avec qui Moon Architectures avait d’ores et déjà collaboré pour la réalisation d’un autre centre d’hébergement d’urgence, La Promesse de l’Aube, dans le XVIe arrondissement de la capitale avec Air Architecture.

«Nous avons, avec cette association, abordé plusieurs pistes de réflexion pour la création d’une nouvelle résidence d’accueil : un hôtel social était possible mais cette solution nous semblait trop onéreuse. Aussi nous avons pensé à un immobilier ‘intercalaire’, autrement dit, à l’utilisation d’un immeuble libre ou d’une parcelle en attente de projet», explique-t-il.

Imaginer une installation pérenne est un parcours autrement plus difficile et fastidieux. «Il faut monter un dossier particulièrement long, mais il faut surtout faire l’acquisition d’un terrain qui absorberait une très grande part des moyens financiers obtenus», indique Guillaume Hannoun.

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Pour éviter les difficultés économiques, la seconde solution a donc logiquement été privilégiée par l’association qui s’est très tôt orientée vers une construction modulaire pouvant être démontée et remontée ailleurs. «Le coût de déplacement est estimé à 20 voire 25 % du coût initial», explique l’architecte.

Pour mettre en œuvre ces plans, une première adresse a été obtenue dans le XIIe arrondissement de la capitale, sur une parcelle mise à disposition par la Direction de la Voirie de la Ville de Paris pendant sept ans seulement.
Jusqu’alors le terrain vague avait été occupé par les installations de chantier pour la réalisation du tramway. Demain, il est promis à un parc, poumon vert d'un vaste développement immobilier avec centres commerciaux et tours de bureaux.

Pour la construction, tout a été pensé pour être préfabriqué en atelier. Il en allait d'une réponse rapide liée à l'urgence de l'opération. Des modules de bois ont été calculé pour être portés par une structure en métal. «Les unités ne sont pas industrialisées. Nous avons entièrement dessiné l’opération», prévient l’architecte. Bref du sur-mesure !

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Les modules font tous 2,25x11 mètres. «Ce sont des dimensions adaptées au gabarit routier», souligne Guillaume Hannoun. Il s’agissait, en effet de pouvoir transporter facilement les composantes du projet depuis leur lieu de production et d’assemblage jusqu’au site de construction.

«Ce chantier sec était aussi, à mon sens, un moyen d’améliorer considérablement les conditions de travail des ouvriers. Construire à l’abri des intempéries assure une meilleure qualité d’exécution. Nous évitons, de surcroît, bien des pertes de temps. Pour certains projets, nous allons même jusqu’à créer des usines éphémères», dit-il.

Les dimensions du projet ont également été fixées par un cahier des charges remis par le SAMU Social. Au delà d’unité simple ou double, il appartenait donc à l’architecte d’imaginer des espaces en plus, des «lieux de partage et de sociabilité».

«Il nous fallait imaginer des constructions qui puissent être souhaitées plutôt que subies. Il fallait, dans ces circonstances, prendre soin de créer des degrés d’intimité. La résidence, dans sa globalité, doit être perçue comme un lieu protecteur», affirme Guillaume Hannoun.

Enfin, il est important, aux yeux de l’architecte, que les «codes du logement» soit facilement «appréhendés». «Utiliser une fenêtre, une douche, des toilettes n’est parfois plus un acte naturel pour les occupants de cette résidence et il faut, pour certains, jusqu’à leur réapprendre ces actes du quotidien», précise-t-il.

Guillaume Hannoun évoque avec une profonde empathie ces situations extrêmes. Il s’est d’ailleurs fait un devoir de répondre à cette détresse par des aménagements simples et des dispositifs évidents que relèvent des couleurs parfois vives plus faciles à identifier que des mots ou des appellations inscrites même en lettres capitales. «L’association en plus d’aider tout un chacun à sortir de la rue, à retrouver une vie normale donne aussi des cours de français», glisse-t-il subtilement.

Etant donné l’éloignement de l’opération, l’architecte a imaginé pour ce projet «une vie de village». Des bureaux ont été imaginés en rez-de-chaussée pour que des «start-ups de l’économie sociale et solidaire» puissent s’installer mais aussi contribuer à l’animation du lieu voire à l’intégration de ses habitants… le tout en attendant qu’un nouveau quartier prenne vie, bien sûr, et que les oubliés du quotidien soient malheureusement d’ici sept ans déplacés indéfiniment… Ainsi va la ville ?


Jean-Philippe Hugron

Réactions

Baba | Journaliste | Pays de loire | 20-05-2019 à 05:57:00

Handinaute44, votre réaction est stupide. En étant aussi stupide, on pourrait dire que vous êtes mieux à la rue et sous les ponts car c'est toujours de plain pied.

HANDINAUTE44 | RETRAITE | NANTES | 16-05-2019 à 12:23:00

Bonjour. je reçois le COURRIER de l'ARCHITECTE avec intérêt.Cependant,je constate le peu d'information sur les ACCES dans toutes les constructions
On se préoccupe de la dimension des modules pour le transport,certes, mais en plus,il faudrait savoir si avec mon fauteuil roulant,je vais pouvoir
entrer puis circuler dans mon logement fini.A creuser . R.V.

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