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Visite | Jean Nouvel, peintre sur bâtiment (07-11-2018)

Voilà une délicieuse ironie à l’heure du regain nationaliste ! Voilà une tour «bleu, blanc, rouge» appelée «La Marseillaise». Faut-il y voir une architecture patriotique ? «Un hymne à la ville», répond Jean Nouvel. Vraiment ?

Bureaux | Tours et gratte-ciel | Marseille | Jean Nouvel

Tout semblait, ce jour là, parfaitement orchestré. Le discours était rodé. L’image, calculée. Face aux journalistes, Jean Nouvel habillé de noir prenait la pose à quelques heures de l’inauguration de son dernier gratte-ciel. De sa poche, dépassait ostensiblement un livre : les 176 pages D'un fragment l'autre : Entretiens avec François L'Yvonnet de… Jean Baudrillard.

Le ciel était radieux autant que l’architecte en verve. Derrière lui sa tour, bleue, blanche et rouge… «ce sont les couleurs de Marseille et non celles du drapeau !».

Excuse ? Ironie ? Erreur ? Humour ?

«J’ai imaginé cette tour comme un objet banal que j’aurais badigeonné à l’aquarelle», explique-t-il volontiers dès lors que ses intentions sont mises en doute.

«Je voulais que l’immeuble soit en relation avec les éléments de la ville : le ciel, la mer et les toits du vieux Marseille», reprend-t-il.

Le travail colorimétrique répond aux orientations. Si le regard file vers la méditerranée, les teintes se font azurées. Vers la ville, elles se montrent rougeoyantes. «C’est un phénomène d’imprégnation».

02(@WeAreContents)_S.jpgCaméléon cubiste, l’ouvrage tente de disparaître. «C’est un jeu à la fois atmosphérique et mathématique», dit-il avant de rappeler que «l’architecture est... un art».

«La mondialisation et ses dérives engendrent la répétition. Pour sortir du numérotage, nous avons construit une esquisse», lance-t-il.

L’approche est autant pittoresque que picturale. «La couleur est une inspiration, un courant d’air», assure Jean Nouvel qui cherche parfois à se dédouaner de toute gratuité. Mais la composition répond d’une logique que seule la subjectivité a trouvé bon de figer pour ensuite l’«immortaliser» grandeur nature.

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D’aucuns retrouvent dans ce jeu plastique un écho à la tour Agbar qui avait, il y dix ans maintenant, étonné à Barcelone.

D’autres voient dans l’inachèvement de la tour – notamment dans son sommet qui semble attendre encore quelques travaux – une évocation de la tour sans fins. «Ce n’est pas le même registre. Ce n’est pas la même échelle». Jean Nouvel ne se répète pas (voir notre article sur l’office européen des brevets) mais il consent malgré tout au fait que ses immeubles de grande hauteur assurent systématiquement «une transition avec le ciel». «Une tour est, avant tout, une variation ascensionnelle appartenant à l’atmosphère», résume-t-il. 

Voilà qui est donc dit pour l’apparence de la vertigineuse construction.

Dans les étages, parmi les bureaux, l’architecte s’est appliqué à créer un véritable «plaisir» de vivre en hauteur. Les baies vitrées projettent tout un chacun vers le spectacle de la ville. «Je recherche les continuités entre intérieur et extérieur. Ici, seuls des brise-soleil permettent la mise en œuvre d’un verre clair», explique-t-il.

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Les éléments de béton, tous peinturlurés de trente-six teintes différentes, semblent prendre naissance à l’intérieur pour se déployer à l’extérieur et cadrer les plus belles vues. «Nous voulions construire avec le paysage», dit-il.

Le reste est, de l’aveu de son concepteur, «basique». Les plateaux sont laissés libres pour être ouverts ou cloisonnés à l’appréciation de chaque occupant.

La tour pour ainsi vivre. Puis vieillir. Jean Nouvel l’annonce : les couleurs seront bientôt moins vives.

Quoi qu’il en soit l’homme de l’art renoue, à travers ce projet, avec une forme de délicieux cynisme voire d’humour. Que cette tour soit une ode à la cité phocéenne et qu’elle se montre unique en son genre, certes mais Jean Nouvel se joue avant tout des symboles qu’il manipule délectation.

Alors cette architecture est, peut-être, contextuelle au regard de son site mais elle l'est surtout… au regard de son époque, climat politique compris.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Pergame | Regardeur | Du monde | 08-11-2018 à 08:12:00

Intéressant ce commentaire sur la relation à notre époque et sa propension à la manipulation des symboles dont on peut observer au quotidien l’emploi jusqu’au plus haut niveau de l’etat. Il reste que « l’architecture est le reflet d’une époque et rien d’autre » comme l’indiquait sauf erreur Mies, et en ça cette tour semble répondre à cette formule. Faut-il s’en satisfaire pour autant ? Je suis un peu surpris qu’il n’y ait pas eu d’allusions à la modénature de la Cité Radieuse.

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