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Biennale d'Orléans | Ensamble Studio, l'architecture 'sans une idée' ? (25-10-2017)

Trois totems sur fond blanc. Les objets sont étranges. Le béton semble avoir été torturé, malmené. Anfractuosités et autres cavités animent le tout. Oeuvres d'art ? Maquettes d'architecture! Toutes trois témoignent du processus créatif que Ensamble Studio s'évertue à poursuivre, un processus «naturel» et... «sans une idée». Un duo plus fort que Dieu ?

Béton | Etats-Unis

Aux allures de sculpture, les trois concrétions présentées au sein de la Biennale d'Architecture d'Orléans paraissent bien muettes. Accompagnées d'un film curieusement diffusé, un peu plus loin, dans un escalier, elles prennent tout leur sens*. Elles révèlent la manière dont Ensamble Studio travaille ses projets.

Antón García-Abril et Débora Mesa, les deux associés de cette agence espagnole installée à Madrid et Boston défendent ces recherches plastiques, formelles et surtout spatiales comme «un acte de réflexion qui apprend des processus naturels».

A leurs yeux, il s'agit de «donner une dimension abstraite» à «l'invention». Ils affirment vouloir s'émanciper de toute référence, d'être «sans architecture préexistante, sans une idée». le duo n'a pour objectif que de s'inscrire «dans les limites de la matière».

«Le design s'opère comme un moment de rencontre et de célébration», disent-ils. Dans un coffrage de planches, ils mêlent béton et objets divers. Une fois décoffré, l'ensemble est brûlé sinon malmené. Des formes naissent...des espaces aussi. Le processus se répète jusqu'à sa faisabilité.

«Nous avons confiance en nos actions collectives mêlant intuition et savoir acquis», affirment-ils. Il y a deux ans, il confiait à Vladimir Belogolovsky, la part important que joue l'instinct dans leur pratique.

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«Nous débutons toujours par des maquettes. Elles font partie du processus créatif. Elles ne sont pas justes belles. Non, loin s'en faut. Elles sont rapides, brutales, robustes, structurelles, pauvres… […] elles sont la part héritée de notre processus créatif […] elles sont l'étincelle. Il y a ensuite une part importante du travail qui consiste à décrire, représenter, mesurer, concevoir, etc. Faire des maquettes est bien la seule chose que nous ne pouvons pas déléguer», expliquait alors Antón García-Abril.

De fait, le duo assure ne pas aimer les «représentations pastorales de la nature» ni les formes de «beauté domestiquée». Pour eux, la construction est un «hybride» entre architecture et nature.

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«Structure of landscape» est l'autre projet présenté à la biennale. Le processus paraît aussi onéreux qu'onirique. L'enjeu était aussi, au sommet d'une colline dans le Montana, de réinterpréter au sein du Tippet Rise Art Center, «les processus de transformations géologique, la sédimentation, l'érosion, l'altération par les intempéries, la cristallisation, le compactage, le métamorphisme».

Il se dégage de ce travail un poids. De l'architecture, une pesanteur, le tout en gravité. Le mot est d'ailleurs lancé : «la gravité !», celle qui maintient les éléments entre eux. «Nous avons débuté notre travail sur les matériaux lourds tout à fait par hasard. L'un de nos premiers projets était à Saint-Jacques-de-Compostelle, une ville historique ; il nous paraissait naturel de travailler la pierre. Nous étions face à un dilemme : choisir des pierres standards dans un showroom ou bien partir dans une carrière pour tenter de comprendre comment le matériau fonctionne», explique Antón García-Abril à Vladimir Belogolovsky.

Sur place, le duo prend conscience qu'une infime part des pierres extraites sont utilisées. Les rebuts sont nombreux. «Le granite, en lui même, n'a pas grande valeur. Ce qui coûte cher c'est sa gestion, sa coupe, son transport» poursuit-il.

D'une plaisanterie - «combien nous payeriez-vous pour qu'on vous débarrasse de ces pierres ?» - un projet est né. In fine, ces monolithes ont été assemblés de façon aléatoire (ou presque) là où il s'agissait d'ériger une colonnade bien trop littérale et évidente pour ces deux architectes. Depuis, ils tracent leur chemin, creusent leur idée. Structure of Landscape signe une nouvelle étape.

Quant à définir leur art ? Difficile. Peut-être monumental et grandiloquent. Ils préfèrent, quant à eux, dire «passionné, poétique, intrépide, provocant».

Jean-Philippe Hugron

* un extrait est disponible ici : https://vimeo.com/180226255

Documents techniques

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Crédit : Ensamble Studio
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Crédit : Ensamble Studio
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Crédit : Ensamble Studio
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Crédit : Ensamble Studio
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