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Biennale d'Orléans | Patrick Bouchain libéré (25-10-2017)

Parmi les propositions souvent belles mais un tantinet fumeuses du FRAC Centre-Val de Loire, une surprise de taille vient interrompre les réflexes de l'institution. Aux envolées théoriques d'avant-garde en tout genre s'intercalent désormais l'oeuvre pragmatique de Patrick Bouchain. Une exposition rétrospective orchestre merveilleusement jusqu'au 1er avril 2018  son parcours qu'un prodigieux abécédaire résume.

| Patrick Bouchain

A Orléans, au premier étage du FRAC Centre-Val de Loire, la Biennale d'Architecture de la ville livre une heureuse parenthèse pragmatique et concrète. L'institution dont les collections d'architecture comptent parmi les plus prestigieuses au monde, a fait la récente acquisition des archives de Patrick Bouchain.

«Je ne garde que ce qui est petit. J'ai beaucoup jeté. Il y avait aussi des choses restées cachées», reconnaît l'architecte. Ces «choses» avaient physiquement disparus. Leur mémoire aussi. «J'avais perdu l'Afrique», reconnaît volontiers Patrick Bouchain.

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L'homme de l'art a, dans sa jeunesse, longtemps parcouru le continent dans sa corne ouest. Celui qui ne voulait pas faire son service militaire a fini par travailler à la cinémathèque d'Abidjan. «Je suis parti dans la brousse pour aller d'école en école ; je découvrais alors l'effet du cinéma sur des populations qui ne le connaissaient pas», dit-il. L'émerveillement.

L'époque était aussi à la rencontre d'«un jésuite défroqué» ayant «déniaisé» Patrick Bouchain sur les questions de religion. «L'Afrique a depuis toujours été présente dans mon quotidien», souligne-t-il.

Pour s'en convaincre, d'aucuns découvrent exposés des photographies, des dessins et quelques relevés d'habitats traditionnels. En vis-à-vis, les maquettes de projets – notamment le théâtre du centaure - qui partagent une étrange parenté avec ces premiers documents. Patrick Bouchain confirme : les voyages forment la jeunesse.

Une passionnante vidéo présente un «abécédaire surprise». Les associés d'Encore Heureux, émules de l'architecte, en sont les auteurs. Il questionne Patrick Bouchain assis, les mains posées sur une table de bistrot installée à même le sable d'une plage du Nord.

«Je dormais en face du Z», sourit-il. L'homme se souvient du zèbre dessiné sur le mur de sa chambre d'enfant. «Le Z est un lacet qui fait le lien de tout ce que j'ai fait. Le A est autrement plus conquérant. C'est un toit. Le Z, c'est une diagonale. D'ailleurs, pour prendre rendez-vous je dis toujours 'faire une diagonale'», explique-t-il face caméra.

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Le Z de Zingaro, l'un de ses clients les plus fidèles. Le A d'Architecture. «Il faut être curieux pour exercer ce métier qui n'est pas stable. Il n'y a pas d'acquis et il faut sans cesse refaire. C'est un métier d'expérimentation», estime-t-il.

Son regard sur l'époque actuelle est plus sombre. Il y voit la fin d'un cycle mourant. «Il faut plus d'architectes», lance-t-il. Plus d'architecte pour transformer l'environnement et changer la réalité.

De nombreux points sont évoqués dans cette riche et longue vidéo. Parmi eux, les «cahiers» de l'architecte présenté en fac-similé au sein de l'exposition. «Ils constituent la phase cachée du projet, l'invisible qui fait naître l'essentiel. Ce sont des cahiers intimes. Ils compilent des choses mineures, associent des impressions fugitives», dit-il.

Ces carnets sont aussi un moyen de s'alléger : «ils me donnent l'impression de ne rien oublier en constituant une provision pour une action à venir. On a plus de puissance, jeune. On a plus de connaissance, vieux. Il me fallait cet outil pour compromettre la perte de puissance. Ces cahiers sont aussi un outil d'allégresse», confie-t-il.

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Lors d'une présentation de l'exposition, l'architecte lance : «la vieillesse, c'est moi !». «Je n'ai plus la force d'expérimenter. Pour autant, tous les matins, je m'interroge : y-a-t-il une réalité sur laquelle je peux agir», dit-il.

Pour agir, encore faut-il être léger. Si les carnets restent toujours un moyen de se décharger l'esprit, le dépôt «d'une vie inattendue» au FRAC est aussi un moyen de se délester. Bref, Patrick Bouchain se montre aujourd'hui encore plus libre qu'il ne l'a jamais été.

Jean-Philippe Hugron

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