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Biennale d'Orléans | La Jungle de Calais : le statut d'oeuvre d'art (25-10-2017)

L'annonce est surprenante. Peut-être même est-elle, a priori, déplaisante. La Jungle de Calais est une œuvre d'art autant que les analyses faites par le PEROU (Pôle d'Exploration des Ressources Urbaines). Plus encore, elle est une archive, un dossier classé, une histoire. L'actualité est pourtant brûlante. Pourquoi ce choix ?

Bug au blob ? Dans les turbulences de Jakob + MacFarlane – architecture computo-organico-destructuro-sculpturale – une «installation» tente dans sa spontanéité toute préparée de figurer la Jungle de Calais. Derrière des voilages accrochés à de frêles branches, les dossiers du PEROU sont exposés. Les boîtes contiennent des relevés de la Jungle de Calais mais aussi des témoignages.

Remarqué fin 2015 à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine à Paris, le PEROU avait lancé une parodie du Calais Mag, bulletin officiel de la municipalité. Il y présentait des récits de migrants mais aussi de Calaisiens. Entre les lignes, l'association exhortait les pouvoirs publics à changer sa politique en profondeur et faire de la Jungle une chance plus qu'un malheur. L'audacieuse démarche est restée lettre morte. L’État continue à déverser des sommes astronomiques en palliatifs inutiles.

A Venise, lors de la Biennale 2016, le PEROU a été débouté du Pavillon Français. La cause migratoire trouvait davantage écho au sein du Pavillon Allemand.

Un an plus tard, le PEROU est de nouveau présent...mais cette fois-ci, à Orléans. Que peut donc faire une association travaillant l'actualité dans une institution jusqu'alors remarquée pour ses approches théoriques et historiques ?

La Jungle aux archives !

Entre Claude Parent, Pascal Häusermann, Nicolas Schöffer, Archigram… figurent désormais le PEROU et la Jungle... L'arrivée des archives de Patrick Bouchain présentées à l'étage au dessus pouvait déjà étonner. Celle du PEROU, plus encore.

Elles ont, pour ce faire, acquis le statut d'oeuvre d'art. «C'était un débat. Ces archives pouvaient-elles rentrer dans les collections du FRAC? Pour ce faire, il fallait qu'elle soit qualifiée d'oeuvre d'art», explique Abdelkader Damani, directeur du FRAC Centre-Val de Loire au Courrier de l'Architecte.

«Il me paraissait évident de sauvegarder la mémoire de la Jungle. C'est une expérimentation urbaine qui aurait du être théorisée», poursuit-il. La misère humaine rejetée et honnie est aujourd'hui accueillie sur le tapis rouge d'une institution culturelle. Voilà un bien curieux symbole.

«Le FRAC défend la marge, défend des individus longtemps restés ignorés. Je pense à Yona Friedman ou à Gianni Pettena. Le Frac défend aussi l'architecture anonyme de la Jungle», dit-il.

Le PEROU, en face, pouvait être désarmé. «L'association a répondu politiquement. Elle voyait dans cette initiative le moyen d'intégrer la Jungle dans la mémoire collective», précise le directeur du FRAC.

«La destruction est une défaite de la pensée. Il faut davantage cultiver ce qui s'invente et se construit. Il s'agit, par cet acte, de s'inscrire dans une histoire d'avant-garde», répond Sébastien Thiery, coordinateur et fondateur de l'association.

Il fallait cependant convaincre le conseil d'administration du FRAC et construire, selon les mots de son directeur, une «narration». Il n'y avait, bel et bien, aucune évidence dans cette initiative.

«Nous avons également pris la décision que les témoignages que le PEROU allait par la suite compiler seraient systématique déposés au FRAC. Pour la première fois, nous allons enrichir notre collection en continu», s'enthousiasme le directeur.

Le symbole est fort. Il peut aussi paraître cynique. Une œuvre d'art… des archives… Un oubli institutionnalisé ? Une actualité mise au placard du passé ?

«C'est un processus à tester», estime Adbelkader Damani. «C'est une prise de risque. Cet exercice nous amène à redéfinir l'acte de collection», souligne-t-il. L'intention est honorable. Elle est, selon lui, éminemment «politique».

Un FRAC engagé !

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Eaude | Étudiante de MAS en arts | Suisse | 02-11-2017 à 00:22:00

A vrai dire, on peut remarquer que le domaine de l’art actuel n’a pas vraiment de limites fixées une fois pour toutes, alors pourquoi pas ? J’adorre l’exemple du Turner Prize 2015, un des prix les plus prestigieux d’art contemporain, décerné à un groupe de jeunes architectes britanniques pour un projet de réhabilitation urbaine à Liverpool. Je pense qu’il est plus facile de réfléchir à de telles décisions dans les aires germaniques et anglo-saxonnes rompues depuis longtemps à des méthodes de travail et de recherche pluridisciplinaires.

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