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Présentation | 2/3/4/ dans la balance (16-11-2016)

Nouveau marché en maîtrise d’œuvre et question de la représentation de la justice...autant de sujets abordés lors d'un projet malheureusement boudé de palmarès en tout genre… pour une raison géographique faussement politique. Certes, ce tribunal conçu par Ateliers 2/3/4/ est à Béziers, mais la maîtrise d'ouvrage est, quant à elle, le Ministère de la Justice. L'émoi est trop vif pour être honnête.

Justice | Béton | | 2/3/4/ architecture

La question de la représentation de la Justice reste un sujet délicat ; en va-t-il d'une pompe toute officielle ? Ou, au contraire, de la plus grande discrétion ? A moins qu'il ne s'agisse d'un exercice versant dans la transparence ? Jean Nouvel, en proposant, à Nantes, une architecture sombre et miessienne s'était déjà attiré l'ire des robes noires…

«Il nous fallait aller dans le sens de l’apaisement ; personne ne se rend, victime ou accusé, allègrement au tribunal», explique Christine Edeikins, architecte associée.

Toutefois la demande était ambivalente pour ne pas dire contradictoire : «L'APIJ*, notre maîtrise d'ouvrage, se veut d'une justice ouverte et transparente. Par la même occasion, la plus grande sécurisation nous était réclamée pour faire face aux agressions de tout type. En d'autres termes, ils nous fallait, d'une part, des circuits sécurisés et, d'autre part, éviter tout vis à vis avec l'environnement urbain», résume-t-elle.

02(@CharlyBroyez).jpgLe site, à sa façon, dictait aussi ses exigences. Les constructions alentours étaient peu valorisantes. L'urbanisme promis pour ce quartier relevait même de la «rustine» et du «rafistolage». «Le parti architectural s'est retrouvé déterminé par cette situation. Nous avons au maximum simplifié les questions pour faciliter les réponses ; bref, nous ne voulions aucune baie vitrée en façade. En voulant protéger personnes et dossiers, nous avons donné corps à un bâtiment rustique ancré dans le sol», indique l'architecte.

Une pierre à l'édifice ?

L'idée de «blocs de pierres» est très tôt arrivée lors du concours pour évoquer l'image d'une «carrière» ; «trois lits de 'pierres' correspondent aux trois niveaux de l'édifice», souligne Christine Edeikins.

03(@CharlyBroyez)_B.jpgA l'origine, la construction devait bel et bien être habillée de calcaire blond ; «aucune carrière à proximité ne proposait de matériau dont la qualité était suffisante. Sa mise en œuvre n'aurait d'ailleurs que peu servi l'idée de mégalithes empilés. Nous pouvions très bien réaliser cet aspect en béton», dit-elle. De surcroît, il était encore plus facile de travailler cette «matière» pour jouer des effets d'ombres. Pour ce faire, un «artiste textureur» fut invité à travailler sur le sujet.

«Romain Taïeb, en étudiant différentes aspérités, notamment des variations dans le relief, nous a permis d'éviter les effets de papiers peints bien souvent propres aux panneaux préfabriqués», précise-t-elle.

La teinte fut légèrement sablée. Les imperfections furent, quant à elles, laissées. Aucune arête n'est réellement vive ; «les défauts donnent une vie au béton et une sensibilité au projet ; nous lui donnions, par l'aléatoire, quelque chose d'humain», assure l'architecte.

Restait alors à gérer, face à cette façade opaque, la question de la lumière. Pour ce faire, les blocs de béton ont été légèrement écartés les uns par rapport aux autres. Ce dispositif a, d'une certaine manière, dicté la fonctionnalité du plan. Des patios ont par ailleurs été créés pour chaque juridiction . Une autre cour plus vaste a été imaginée pour irriguer plus de lumière encore.

04(@CharlyBroyez)_B.jpgA l'intérieur, les teintes sont, elles aussi, claires. «La monochromie aide l’apaisement», affirme Christine Edeikins. Les détails sont fins. Il fallut d'ailleurs parfois lutter pour obtenir gain de cause...ne serait-ce que pour obtenir une vitre en lieu et place de l'usuelle grille du box des accusés.

Le mobilier a, pour sa part, été réalisé par la Régie Industrielle des Etablissements Pénitentiaires, autrement dit par des détenus. «Il fallait choisir au sein d'un catalogue. Nous avons proposé en alternative de créer une gamme contemporaine facile à réaliser», précise l'architecte.

Tout semble alors avoir été parfaitement maîtrisé. Les salles d'audiences, plus que dans la solennité, donne dans la sacralité. «Ce n'est pas de l'esthétique pour l'esthétique. Je me suis rendue compte, avec les années, que je me pose de moins en moins cette question. La forme découle davantage d'une sincérité. L'esthétique est une résultant et certainement pas un objectif», reconnaît-elle.

De l'expérience pour une...expérience

L'expérience va de paire avec des «doutes». Ils portent, plus généralement, sur la «question du projet». «Pour m'en libérer, je cherche davantage l'essentiel dans la phase de conception. Je dessine désormais des projets dont les détails sont réalisables par des entreprises moyennement compétentes. Je m'attache à avoir une ou deux idées pour les pousser jusqu'à l'obstination. Jamais je ne cherche de spatialité trop complexe à réaliser», dit-elle.

05(@CharlyBroyez)_B.jpgEst-ce là de la résignation ou encore...de la frustration ? «Absolument pas», répond l'architecte. Il s'agit de s'harmoniser à l'air du temps, à un «libéralisme» où les majors de la construction distribuent désormais la commande et où les intérêts financiers supplantent toutes autres considérations publiques.

Ceci étant dit, le tribunal de Béziers fait exception : «Nous avons travaillé avec l'une des meilleures maîtrises d'ouvrage publiques qui restent aujourd'hui», affirme Christine Edeikins. Cette appréciation n'a rien d'une flatterie. Ce projet fut même difficile car il fut l'occasion d'imaginer «une alternative au PPP».

«Nous sommes dans l'obligation de changer notre manière de faire. Aussi, nous avons expérimenté un nouveau marché de maîtrise d'oeuvre à même de sécuriser les prix et les délais. L'appel d'offre a été mis en place sur la base de l'avant-projet définitif (APD). L'entreprise qui a été choisie s'est engagée sur une tranche ferme. Il y a, au-delà, une tranche conditionnelle. Le pro est ensuite développé autour de la table. Les prix sont alors confirmés ou discutés, sans quoi, un nouvel appel d'offre est lancé. L'avantage de ce dispositif est d'apparenter la phase pro à une préparation du chantier. Il oblige aussi un APD beaucoup plus précis qui sécurise tous les éléments forts du projet», explique-t-elle.

06(@WeAreContents)_B.jpgSi le résultat démontre que l'affaire fut concluante, elle n'en a pas moins nécessité une équipe «tenace». Il y avait en tout cas, à travers ce projet, au-delà d’œillères inopportunes, matière... à souligner un bel exemple.

Jean-Philippe Hugron

*Agence publique pour l'immobilier de la Justice

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