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Présentation | 5+1AA et l'impossible architecture du logement en France (12-10-2016)

Première opération de logements pour 5+1AA en France. Voilà l'occasion de s'essayer à un exercice...de style ? Alfonso Femia, associé de l'agence*, s'en défend. L'intention est avant tout urbaine. «Notre ambition est de re-tramer la ville pour y réintroduire le concept de rythme», assure l'architecte. Exemple à Asnières-sur-Seine à travers 144 appartements en accession et 39 logements sociaux fraîchement livrés.

Logement collectif | Céramique | | 5+1AA Alfonso Femia Gianluca Peluffo

Le regard est neuf. Jamais l'agence italienne – qui dispose désormais de bureaux à Paris – ne s'était frottée à un programme résidentiel. «Tout en France est très standardisé pour ne pas dire très répétitif. Le logement se résume à une grille dont il est impossible de sortir», constate Alfonso Femia.

Les appartements, comme autant de cellules, se reproduisent indéfiniment. Un état que regrette l'architecte pour qui, une telle attitude détourne maîtrise d'oeuvre et maîtrise d'ouvrage d'une richesse de situations. «Il est pourtant nécessaire d'avoir des variations typologiques en fonction du lieu, de l'orientation et de l'exposition», dit-il.

La mission donnée, en lieu de développer les qualités de chaque logement, se retrouve réduite à «une recherche de m² supplémentaire» et d'optimisation... donnant au métier une «dimension paranoïaque».

«Si en Italie, nous pouvons parler d'appartements et de surfaces, nous nous confrontons en France à un catalogue de solutions qui n'en sont pas», dit-il. Pour autant, Alfonso Femia se montre plus enthousiaste face aux efforts consentis sur d'autres points comme les recherches opérées sur les «modalités d'usage» ou encore les «espaces communs» et les «espaces capables».

«La société change. Il faut désormais arriver à casser un système qui arrive à sa fin. Plus personne ne travaille dans une cité industrielle. Le rapport à la ville change», dit-il.

Dans les faits, voilà qui a conduit 5+1AA à imaginer une hybridation entre espace public et espace privé. Faut-il y voir un réminiscence de l’îlot ouvert ? Alfonso Femia s'en garde. La question ne relève pas tant de la forme urbaine mais de la pratique du métier d'architecte. «La véritable question porte sur la manière dont nous pouvons aller au-delà de notre mission», dit-il.

02(@LucBoegly).jpg

«La discussion portant sur l'îlot ouvert ou le macro-lot ne sont pas les plus pertinentes. Il faut penser la fabrique de la ville de manière plus simple voire plus basique», affirme-t-il.

Restait dans ce contexte à «raconter une histoire» : «il ne s'agit pas d'inventer un décor mais de créer une surprise», dit-il. Le projet d'Asnières s'ancre alors...dans le ciel. Pour ce faire, un jeu de céramiques vient habiller la façade pour progressivement la dématérialiser. «Les bâtiments sont relativement épais, il fallait nécessairement leur donner une forme de légèreté», indique Alfonso Femia.

Des putti ont été également installés ici et là. Ces anges ont pour vocation d'intriguer. «Nous voulions attirer le regard. Ce sont des présences qui donnent au lieu sa spécificité et son identité. Ces sculptures ne sont pas en première ligne de visibilité. Elles s'adressent avant tout aux habitants de ces immeubles», dit-il.

Combien de fois ces éléments a priori superfétatoires ont fait l'objet de discussion lors du chantier ?! «Ce sont, d'un côté, des éléments somme toute banals. Pourquoi donc tant de difficulté pour un maigre détail ?», s'étonne l'architecte. Néanmoins, l'ensemble de ces anicroches ont pu être surmontées à l'occasion d'un dialogue «vertueux» avec maître d'ouvrage, entreprises, artisans et artistes.

03(@LucBoegly).jpgIn fine, l'ensemble construit est résolument sobre et sage même si les détails s'y avèrent riches et soignés montrant d'ailleurs que l'artisanat peut encore largement trouver sa place dans un monde industrialisé. «Aujourd'hui, les nouveaux quartiers sont une addition d'objets qu'il serait difficile d'identifier comme un lieu de vie. Il faut sans doute se calmer dans l'expressivité des projets et dans l'utilisation d'un langage formel excessif. La ville relève d'une dimension collective mais aussi intime. Tout ne peut être fait à partir de démonstration et d'exubérance. En somme un projet devrait simplement contaminer un autre. Nous pourrions ainsi créer plus de continuité», dit-il. Voire un rythme à même de tramer la ville...

Jean-Philippe Hugron

*Alfonso Femia (architecte fondateur), Gianluca Peluffo (architecte fondateur), Simonetta Cenci (associée), Nicola Spinetto (associé à Paris et directeur de ce projet).

04(@LucBoegly)_S.jpgFiche technique

Maîtrise d’ouvrage : SCI Asnières Seine AB représentée par COFFIM et Eiffage Immobilier Île-de-France
Maîtrise d’œuvre : 5+1AA Alfonso Femia et Gianluca Peluffo SAS Agence d’Architecture Paris
Programme : construction de 183 logements : 144 en accession, 39 sociaux, commerce de 360 m2 , 192 places de parkings
Surface : 10 518 m² SHON
Coût HT : 18,7 M euros
Calendrier / 2013 : APS - APD - PC - PRO / 2014 : démarrage chantier / 2016 : livraison HQE Bâtiments A, B et D /
Architectes Alfonso Femia, Gianluca Peluffo, Simonetta Cenci, Nicola Spinetto
Directeur de projet : Nicola Spinetto
Chef de projet et chantier : Aude Robert
Equipe de conception : Étienne Bourdais, Roxana Calugar, Sara Massa, Marzia Menini, Francesca Recagno, Francesca R. Pirrello, Sara Traverso
Collaborateurs : Caterina Pini, Vittoria Paternostro, Maud Laronze
Equipe chantier : Alfonso Femia, Nicola Spinetto, Aude Robert
Intervention artistique - céramique : Danilo Trogu - La casa dell’arte Albisola (SV)
Intervention artistique - anges en pierre : Frédéric Thibault - Louis Geneste Paris  

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