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Actualité | Luis Barragán : rançon funèbre pour otage suisse (14-09-2016)

L'histoire est aussi funèbre que cynique. Elle fait l'objet d'une présentation à la Triennale d'Oslo laquelle se tient jusqu'au 27 novembre 2016. Luis Barragán (1902-1988), célèbre architecte, en est, malgré lui, le triste héros. Avec pour thème «After Belonging», l'événement norvégien, souhaite interroger tout un chacun sur son appartenance à un territoire mais aussi sur ses effets et possessions. Le cas Barragán s'avère, dans ce contexte, plus que saisissant... effrayant !

Mexique | Luis Barragán

Tout débute par un mariage, dit-on. Rien n'est réellement officiel. Il semblerait qu'en 1995, l'acquisition par VITRA des archives professionnelles de l'architecte mexicain Luis Barragán ainsi que des droits à utiliser son nom et son travail, ait été motivée par quelques élans amoureux. En effet, il s'agirait là d'un présent original remplaçant l'usuelle et traditionnelle bague de fiançailles. Federica Zanco en fut l'heureuse récipiendaire. Son prétendant, Rolf Fehlbaum, n'était autre que le président de la célèbre compagnie suisse.

Depuis, l'ensemble des documents est rageusement protégé, y compris des seuls regards extérieurs. Depuis plus de vingt ans, Federica Zanco promet l'édition – reportée sine die – d'un catalogue raisonné du grand œuvre. L'embargo est donc de mise. Aucun étudiant, aucun thésard, pas même les commissaires d'expositions les plus en vue ne peuvent accéder au fonds. Depuis, l'oeuvre de Luis Barragán s'entoure d'un pesant silence tant et si bien que le Mexique serait tenté de réclamer le retour d'archives qu'il a pourtant refusé d'acquérir peu après la mort, en 1988, de l'architecte. Pour l'heure, la banlieue de Bâle se fait le théâtre d'une longue prise d'otage.

Une artiste américaine, Jill Magid, eut alors une étrange idée peu après sa visite de la Casa Luis Barragán à Mexico. Ayant eu vent de cette affaire qui ne cesse d'agiter régulièrement les quotidiens mexicains, elle propose une intervention aux allures d'échange. En guise de rançon, l'artiste promet d'offrir à la promise Mme Vitra une bague, cette fois-ci en bonne et due forme... mais pas n'importe laquelle.

Sur les murs du DOGA, le centre de Design et d'Architecture d'Oslo, est exposé l'édifiant contrat signé le 23 septembre 2015, passé justement entre Jill Magid et «la famille Barragán», lequel précise la nature d'une intervention artistique.

D'aucuns peuvent lire que «l’œuvre inclura un diamant fait à partir des cendres de l'architecte qui sera monté sur une bague (ci après dénommée la 'bague') ; un écrin ; une lettre écrite par l'artiste adressée à Federica Zanco, directrice de la Fondation Barragan (ci après dénommée l'Archiviste) ; une série de documents précis, incluant un Certificat d'Authenticité pour le diamant fourni par l'entreprise de fabrication basée en Suisse, Algordanza AG (ci après dénommée 'Algordanza')».

Quelques jours après la signature du macabre accord, notaires et officiels se sont réunis à La Rotonda de los Jaliciences Ilustres afin d'assister à l'exhumation en règle de l'urne. Des cendres de l'architecte (en tout et pour tout 25%) ont été, à cette occasion, prélevées.

Six mois durant, elles ont été traitées pour donner forme, en avril 2016, à une pierre précieuse, polie et taillée, pesant deux carats. «L'artiste offrira la bague à l'Archiviste, en Suisse, lors de la première exposition de cette œuvre. En échange, l'Archiviste s'engage à déplacer les archives de la Fondation Barragan, située à Birsfelden, Suisse, vers un lieu accessible au public ou au sein d'une institution mexicaine», précise le contrat.

Une rencontre fut organisée avec Federica Zanco. Elle démentit du bout des lèvres l'histoire du cadeau de mariage. Aussi «touchante et charmante» soit l'initiative de Jill Magid, elle n'en demeure pas moins «digne d'une telenovela» ; l'artiste rapporte ainsi les propos de «l'Archiviste» dans un récent article de The New Yorker.

Le feuilleton n'en demeure pas moins effrayant. Un corps contre un corpus... Une bague de fiançailles entre deux cappuccinos...

After belonging, qu'ils disaient...

Jean-Philippe Hugron

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