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Edito | L'exposition d'architecture, un exercice impossible ? (15-06-2016)

La Biennale d'Architecture de Venise est en somme un archipel d'expositions. Le visiteur consacre, tout au plus, une quinzaine de minutes à un pavillon avant d'en rejoindre un autre. Il y a donc un exercice de style passionnant où commissaires et scénographes doivent travailler l'immédiateté de leur message. Pour autant, nombre de présentation verse dans le barbant livresque.

Biennale d'Architecture de Venise | Biennale 2016 | Venise

Lire ! Encore et toujours ! Reporting from the Front, l'exposition centrale de la XVe Biennale d'Architecture de Venise, compile, selon le souhait d'Alejandro Aravena, des «succes stories». Mais...qui dit histoire dit narration. D'une salle à l'autre, des agences sont présentées avec force iconographie. Il y a donc des photographies, des schémas mais aussi des maquettes, des échantillons... des textes voire même des livres !

A la grande surprise, ces livres reprennent projets, recherches et analyses exposés. Le visiteur peut alors se demander pourquoi venir à Venise s'il faut y lire un livre qu'il pourrait acheter sinon emprunter et parcourir confortablement assis chez lui.

Plus malins – encore que... –, des pavillons comme celui des pays nordiques laissent le visiteur arracher des pages – qu'il ne lira sans doute jamais et qu'il laissera dans la poubelle de son hôtel – pour composer son propre catalogue.

Mais voilà, le plaisir, à Venise, est de passer librement d'une découverte à une autre, d'un «livre», à un autre. Bref, que ce soit l'exposition centrale ou les pavillons nationaux, l'architecture s'appréhende dans cette XVe édition généralement par le verbe. Il faut à donc chaque fois lire pour comprendre et rares sont les messages immédiats.

Est-ce à dire qu'il n'y a jamais d'évidence ? Probablement. D'autant plus que l'histoire ne peut se lire de bout en bout. La Biennale, de par trop encyclopédique, laisse ainsi le visiteur s'en remettre au hasard. A chacun d'espérer croiser du regard le bon sujet et d'avoir ainsi la curiosité chatouillée.

Mais l'oeil fatigue vite quand nombre de pavillons cherchent l'exhaustivité et se vautrent dans un fatras d'objets. Le Pavillon danois, par exemple, présente une collection improbables de maquettes toute aussi superbes les unes que les autres mais délivre, sous cette accumulation indigeste, un message, à première vue, invisible.

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Pire encore est la réduction de l'architecture à une somme de calculs, de statistiques, de diagrammes... Sans doute la faute à une école hollandaise emportée par Rem Koolhaas s'improvisant géographe, ethnologue ou encore historien.

Le Pavillon coréen (à sujet lire notre article : En Corée, la survie de l'architecte) est sans doute le pire exemple du rapport statistique reproduit sur les murs d'une exposition...

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Trop souvent, l'architecture se retrouve réduite à cette compilation de données chiffrées. Le Pavillon allemand ne dit rien de ce qu'est l'architecture pour les réfugiés comme il le promettait...il comptabilise et quantifie. Ratios, pourcentages... tableaux et camemberts. Ennuyant.

In fine, l'architecture semble emprunter le chemin de l'art contemporain pour lequel il faut sans cesse des sous-titres. Il y a pourtant une évidence : la construction est tangible. Alors que cache cette profusion ? La dispersion d'un métier, peut-être...

Jean-Philippe Hugron

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