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Exposition | En Arménie, pour pointer l'architecture du doigt (08-06-2016)

La richesse de cette XVe biennale d'architecture de Venise repose sur la capacité de chaque pavillon à surprendre. L'événement est aussi l'occasion d'apprendre davantage sur les préoccupations d'autres pays en matière de construction. Aussi, le «front» arménien, vu de France, peut paraître étonnant. En effet, il s'agit de développer les outils nécessaires pour lire et comprendre le «paysage» architecturale de «l'indépendance».

Biennale d'Architecture de Venise | Biennale 2016 |

«L'ambition du Pavillon arménien est d'initier un nouveau dialogue dont l'objectif est de redéfinir l'idée simple d'un héritage transmis pour appréhender plus avant la compréhension de cet héritage et la bonne transmission de sa compréhension», explique Sarhat Petrosyan au Courrier de l'Architecte.

Présentée au sein de l'église Santa Croce degli Armeni, à quelques pas de la place Saint-Marc, l'exposition «Independent Landscape» affiche différentes recherches en cours ; «nous n'avions jusqu'à présent réalisé aucune étude théorique», prévient le commissaire de l'événement.

L'enjeu est ainsi d'ouvrir le champs d'une discipline réduite, de par trop, à sa plus simple expression. «Nous avons réellement besoin d'une nouvelle approche interdisciplinaire», dit-il. Et pour cause, beaucoup se détourne en Arménie de l'architecture car celle-ci ne serait l'affaire que d'une religion. Il s'agit alors de démontrer la présence d'un art en tout point, au cœur de l'espace public mais aussi au sein des cimetières ou encore dans quelques villes abandonnées. Tout est architecture !

02(@KatharinaRoters)_B.jpgPlusieurs histoires sont dès lors racontées. Parmi elle, l'une relate une «visite à Gyumri, ville post-tremblement de terre». Les quartiers érigés dans les années 80 ont tous été anéantis par le séisme de 1988. La reconstruction, ex-nihilo de nouveaux ensembles résidentiels s'est très tôt arrêtée avec la chute du bloc soviétique. Les chantiers, en plus d'être ouverts au pillage, sont devenus de vaste no man's land avant que quelques familles ne décident de s'installer dans ces immeubles à peine achevés.

Autre projet, autre narration. La ville de Metsamor fait aussi l'objet d'une étonnante recherche. Cette ville nouvelle imaginée par un seul et unique architecte, Martin Mikaelyan s'est constituée en marge d'une centrale nucléaire. Le projet est toutefois resté, lui aussi, inachevé après le dénivellement de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques.

04(@VahanAbgaryan).jpgEnfin, le cas des cimetières du pays est à même, plus encore, d'attirer l'attention. Une citation extraite de «La Génération blue jeans», roman signé de l'auteur géorgien Dato Turashvili, est reproduite au sein de l'exposition. Elle se révèle saisissante et transposable au cas arménien : «des siècles durant, la tradition géorgienne exigeait des tombes simples et modestes. L'époque soviétique a transformé ces sépultures en monuments sur-décorés, habillés de marbre et ornés de statues, parfois même de vélos voire d'automobiles. Les Géorgiens n'avaient qu'une certitude ; leurs tombes leur appartiendraient. Voilà pourquoi ils se sont toujours empressés de les entretenir et de les protéger. Tout un chacun s'en occupait comme s'il s'agissait là de son seul patrimoine immobilier».

«C'était effectivement la seule propriété dont nous disposions sous le communisme», renchérit Sarhat Petrosyan. Aujourd'hui, au lire des cartels de l'exposition, les cimetières manquent d'une «solution conceptuelle». En somme, ils ne sont plus un sujet mais une «plate-forme pour réaffirmer le prestige social» sinon «le terrain d'une compétition symbolique».

Est-ce là une tentation de réécrire l'histoire ? De définir une approche nationale ? «Ces questions de style national ou encore de 'revival', aussi présentes soient-elles aujourd'hui encore, ne font pas partie de cette discussion», assure le commissaire.

In fine, Sarhat Petrosyan expose, à travers bien d'étranges histoires, les potentiels offerts à la profession. Depuis des années d'ailleurs, ce jeune architecte fait montre, à travers son Think Tank, d'activisme et appelle de ses vœux davantage de politiques urbaines.

Les terres d'investigations désormais identifiées, il n'y a plus, sans doute, qu'à creuser pour enfin...agir !

Jean-Philippe Hugron

  

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