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Compte-rendu | East Coast Architects, cas d'écoles (11-05-2016)

Ni l'argent, ni les moyens techniques ne sont gages de réussite. Pas plus d'ailleurs que des objectifs quantitatifs. Voilà en résumé ce que Derek Van Heerden et Steve Kinsler, associés fondateurs d'East Coast Architects, cherchent à démontrer dans leur région, le Kwazulu Natal.  

Global Award | Education | Afrique du Sud

«Nous avons déjà fait faillite trois fois et nous avons du emprunter pour venir ici, à Paris», débute Derek van Heerden. La provocation signe une nécessaire prise de conscience : ce qu'ils font ne rapporte rien.

Déjà Marie-Hélène Contal rappelait en propos liminaire à cette conférence combien le «modèle économique» intéressait le jury du Global Award. Résister au loi du marché n'est pas à la portée de tous. «Bien souvent, la création d'une fondation permet d'agir hors du marché voir contre lui», assure-t-elle.

Ceci étant dit, les projets réalisés par East Cost Architect «ne tiennent pas dans une économie normale». Bref, il s'agit d'une démarche qui n'a rien d'ordinaire et que d'aucuns semblent regarder avec curiosité...

02(@ECA)_S.jpg«Ceux qui travaillent avec nous le font avec plaisir mais ils ne sont pas payés», continue Derek van Heerden. Bref, un congé sabbatique ou une mise en disponibilité devient le temps d'un engagement.

«Les gens travaillent avec nous et non pour nous», insiste l'architecte. Précision faite, le duo peut expliciter enfin sa démarche dans un contexte social particulier sud-africain. Pour une fois, il n'est pas question des townships. Il s'agit, en fait, du retour dans les campagnes de populations venues, pour une ou deux générations, en ville. «Bien des individus se montrent de plus en plus investis dans la terre et dans le culte des ancêtres. Notre pays fait exception à l'urbanisation», dit-il.

En somme, la ville n'est, en Afrique-du-Sud, pas une étape définitive mais un lieu de passage. Dans ce va et vient démographique, de petites localités voient leur population bondir sans que ne suivent d'ailleurs les infrastructures nécessaires.

03(@ECA)_B.jpgCeci étant dit, les pouvoirs publics semblent, aux dires des deux architectes, faire des efforts «quantitatifs». «Le véritable problème n'est pas la pénurie d'installations», disent-ils. Mais, venues d'en haut, aucune n'inspire le respect et les dégradations sont donc monnaie courante. «C'est le sentiment d'appropriation qui importe», poursuivent-ils.

Voilà que Derek Van Heerden et Steve Kinsler présentent unpremier projet, celui d'une école où, à l'origine, les «professeurs étaient en situation de contrôle de foule» ; en d'autres termes, ils devaient faire avec une surpopulation où 450 élèves se partageaient huit classes seulement. «C'était une configuration qui appelait le rejet des institutions par la destruction des biens ainsi que les activités anti-sociales», indique Derek Van Heerden.

La solution ? «Plus que de suivre un plan quinquennal et une politique de normalisation, nous en appelons à la spontanéité», répond-il. La première étape fut donc de demander aux élèves de dessiner le portrait d'un de leur camarade. Le tout fut transposé sur les vitrages de l'école en ruine. Pas une fenêtre n'a alors été dégradée.

04(@ECA).jpg«Nous ne cherchions pas à travers cette étape de véritable réponse. Nous voulions seulement instaurer une relation», explique Derek Van Heerden. «Jusqu'alors, la communauté qui était devant nous était habituée d'une approche allant du haut vers le bas», reprend Steve Kinsler. Cette fois-ci, chacun devra mettre la main à la pâte.

Des femmes ont ainsi réalisé des briques en pisé. Jusqu'alors une technique «moderne» voulait que du ciment soit ajouté à la terre. D'aucuns pensaient que le matériau serait plus résistant. L'effet était contraire. En plus de la réalisation de ces briques, il fallut «corriger les techniques». In fine, la population a pu s'approprier sa propre culture à travers une construction. Pourquoi alors aller la vandaliser ? «Plus aucun enfant n'a manqué la classe», assure fièrement Steve Kinsler.

Une autre école, sur le même modèle participatif a été réalisé à Vele avec les compétences de toute une communauté. «Ce sont des gouttes d'eau dans l'océan mais nous souhaitons interpeller le gouvernement afin qu'il travaille davantage à la qualité des écoles plus qu'à une quantité des plus abstraites», conclut Derek Van Heerden.

En espérant que ce message (universel) soit passé...

Jean-Philippe Hugron

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