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Présentation | archi5, de l'autre côté du miroir (21-10-2015)

Créer sa propre commande et construire pour soi-même ; l’enjeu était de taille. Il paraissait même un tantinet délicat. archi5 a pourtant relevé le défi au moment où la parcelle voisine de l’agence a été mise en vente. Une occasion unique de se faire maître d’œuvre et maître d’ouvrage. Pis encore, propriétaire et occupant ! Une mission archicomplète. 

Logement collectif | Montreuil | archi5

archi5 livre usuellement des équipements publics, des écoles, des stades, des médiathèques… l’agence a pu être, il y a quelques années, en mal de références côté logement. Depuis, elle s’est montrée apte à l’exercice en réalisant pour un promoteur engagé – du moins pour ce qui est de la construction en bois – plusieurs opérations.

Cela ne suffisait toujours pas. archi5 s’est donc lancé dans un projet improbable : construire des logements pour ses cinq associés en lieu et place d’un hangar mitoyen de l’agence. Si tous n’ont pas répondu présents pour occuper l’immeuble, ils n’en ont pas moins mis la main à la poche.

Voilà donc l’opportunité pour les cinq associés de découvrir l’envers du décor et «tous les coûts liés à une opération». Du fiscaliste au notaire en passant par l’avocat, autant de spécialistes qui plombent rapidement un budget. Le tout chiffré, bien entendu, en centaines de milliers d’euros.

02(@SGrazia)_S.jpgL’enjeu, au départ, était donc économique avant d’être architectural. Au moyen limité des associés, la réalité immobilière de Montreuil. Il fallut bel et bien rentrer dans les clous et ne pas dépasser, au final, le prix d’achat au m² dans cette commune de l’est parisien.

Autre défi, «trouver l’égalité» entre associés ; une histoire de «compensation» financière. Ceux qui n’habitent pas l’immeuble ont des studios en location répartis dans les premiers niveaux. Les trois qui ont décidé d’avoir la même adresse se répartissent trois appartements situés dans les étages supérieurs. Un Monopoly façon archi5.

Il fallait ajouter à cela un vide juridique. Le crayon pouvait bien tracer ce qu’il voulait, la main, quant à elle, était refreinée par quelques ambigüités d’ordre légal. «En résumé, le cadre de l’autopromotion n’existe pas», poursuit l’architecte. Il fallut créer une SCI d’attribution puis montrer patte blanche aux banques et aux assurances.

03(@SGrazia)_S.jpgPendant cette mise en place juridique, le PLU a été modifié. «Notre gabarit était lié aux règles d’urbanisme et au montage financier», se souvient Anne Pezzoni. Un recours est venu entraver la belle histoire…

Enfin, pouvait arriver le temps de l’architecture ! «Nous avons conçu notre projet à partir de notre plan-guide sur le logement qui fixe pour objectif le maximum de lumière naturelle, des espaces extérieurs et de la flexibilité», souligne-t-elle.

«Nous avons également travaillé à partir d’une grille de prix résumant tous les coûts d’une opération. Il s’agit d’un document de travail fourni par un promoteur. Nous avons ensuite pensé un système ultra-rationnel», souligne, à son tour, Jacques Sebbag.

L’opération n’appelait pas l’expérimentation. Au contraire, elle invitait à affiner des solutions d’ores et déjà éprouvées ailleurs. Là aussi, le principe de réalité incitait à la précaution. «Il fallait être le plus rentable possible et aller à la chasse au m² ; nous avons travaillé jusqu’aux hauteurs des dalles et épaisseurs des murs», indique Jacques Sebbag. Au final, l’immeuble de Montreuil est un «petit projet très technique».

04(@archi5)_S.jpgAussi, en regard de l’opération de logements sociaux livrée récemment à Saint-Denis, l’agence affirme ne pas avoir travaillé bien différemment. «La logique était la même. Nous avons pensé un objet unitaire», dit-il. Seules les prestations changent. Ici, il en allait du goût de chacun et les plateaux ont été livrés nu ou presque.

«Les autres choix étaient liés à des contraintes réglementaires et économiques», soutiennent les associés. La parcelle était «bizarre» et la forme induite par le PLU «indessinable». «Le bâtiment se décline avec le prospect», assurent-ils.

Visible depuis la rue, il est aussi l’un des plus hauts du quartier. «Il nous a fallu être Sioux», sourit Jacques Sebbag. L’inox qui habille les façades transforme la construction en «bâtiment furtif» dont «la peau capte les saisons».

Aujourd’hui, Jacques Sebbag et Anne Pezzoni s’enthousiasment pour ce projet. Les tensions ont été pourtant, à l’agence, relativement fortes par moment. L’aventure aurait pu causer de grave dommage. Au final, elle fut particulièrement pédagogique. «Nous étions tous les deux des Arturo Brachetti. Nous changions sans cesse de costume. Nous avions alors des discours différents sur un même objet. Cela nous a joué des tours. Avec le recul, nous aurions du chacun avoir un rôle précis», soutient Jacques Sebbag.

Avec son lot d’espoirs, ses erreurs. La réalité est plus dure mais au final archi5 a su donner corps à son «familistère». Il en va donc, rue Voltaire, à Montreuil, d’une belle utopie.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

erilef | avocat | paris | 22-10-2015 à 12:07:00

travail remarquable qui notammant redonne sa place dans la ville en version contemporaine au toit à double pente. que dire sinon "chapeau"!

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