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Visite | A Charleroi, l'icône est morte, vive Archiscenographie Roland (23-09-2015)

Arthur Rimbaud et Jean Nouvel y ont certes laissé leur trace. La ville change tant bien que mal et la tour bleue du nouveau commissariat présage de futures métamorphoses à la verticale mais aussi à l’horizontale. Debout ou couchée, Charleroi se transforme lentement mais surement. Loin du spiroudôme et des sculptures marsupiliformes, la ville engage d’importants travaux culturels. La prochaine étape, l’inauguration le 26 septembre 2015 du nouveau musée d’art contemporain, le BPS 22.

Réhabilitation | Culture | Charleroi | Archiscenographie Roland

Dans la ville haute, quelques flamboyants édifices relatent l’histoire glorieuse et industrielle de Charleroi. L’université du travail en témoigne, même si ses splendides façades n’ont plus leur superbe d’antan.

En face, de l’autre côté de la place, l’ancien Palais de l'Art wallon érigé pour l’exposition de 1911, devenu ensuite Bâtiment Provincial Solvay (BPS) puis simple entrepôt, affiche colonnes et arches palladiennes.

Aujourd’hui, une partie du bâtiment a retrouvé un semblant de vie et d’éclat. Une intervention architecturale signée Archiscénographie Roland (Filip Roland et Ann-Véronike Roland), sans donner dans le spectacle, expose quelques indices d’une ambitieuse restructuration.

«Le projet demandait-il un concept architectural fort ? Un geste ? Un marketing show avait-il bien sa place ? Ou bien la réponse tendait-elle vers un projet mou, impur, mélangé, métissé, composite ?» ; l’interrogation portée par Archiscénographie a donné lieu à une réponse courtoise mais non moins «anormale». «Nous avons pris l’histoire à l’envers», clame Filip Roland.

02(@LArtamonow ).jpg«Nous résumons le projet en terme d’hybridation complète», assure-t-il. Dès lors les périodes s’imbriquent et, littéralement, s’interpénètrent. Façadisme ? Vandalisme ? Nenni ! Les époques se mêlent et se respectent. «L’esprit du lieu prime». En témoigne une fresque de Jean-Luc Moerman mise sous verre…enfin sous polycarbonate ; «Nous avons fait de nombreux essais allant de la transparence à la semi transparence. Le verre était trop lourd, le plastique trop cheap. In fine, nous avons opté pour une matière industrielle bon marché, vulgaire, qui assure un contraste fort avec les façades classées du bâtiment Solvay», indique Ann-Véronike Roland.

A l’intérieur, il n’y avait que vide. Un vague gymnase et une halle. Aujourd’hui, des espaces d’expositions modulables. Même les caisses, sur roulettes, permettent de modifier l’importance du hall d’accueil et de segmenter la séquence d’entrée.

A main droite, la «nouvelle salle» qui «abandonne son caractère industriel». Architecte et scénographe évoque alors une «dichotomie entre une lecture de plan qui révèle la parodie formelle du cercueil et un vécu d’espace qui n’est juste pas rectiligne».

A la grande salle d’exposition permanente, succède un petit escalier, étroit. Ce contraste volontaire amène le visiteur dans les salles de l’étage supérieur. «Tout se passe comme si le regard du coin de l’œil était plus important que le regard frontal», disent-ils. De là, une vaste promenade, invisible d’en bas, surplombe le vide magistral de la grande salle. Regard plongeant ?

03(@LArtamonow )_B.jpgD’ici, d’autres lieux offrent une déambulation à travers les œuvres. Une porte laisse un accès vers l’extérieur. Là, un belvédère aux allures de plongeoir, outrepasse la colonnade. Le visiteur peut alors observer la façade comme une œuvre exposée.

«Nous ne voulions pas faire un musée déconnecté, voire isolé, de la ville», assure Ann-Véronike Roland. Ce balcon péninsulaire est donc un moyen d’inscrire le paysage urbain au cœur des collections.

De l’autre côté, l’ancienne halle n’a pas été touchée. Brute, elle livre son histoire. «Nous ne voulions pas intervenir sur ce lieu, pas même repeindre la structure», souligne-t-elle. Il s’agissait de ne pas être dans «l’ostentation». A Charleroi, selon des codes bien connus, post-industriels, un tant soit peu bobo-punk sur le retour, Archiscénographie Roland enterre avec simplicité le musée-icône.

«Nous ne voulions faire du lieu qu’une fonction». A méditer.

Jean-Philippe Hugron

  

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