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Projet | Kapoor comme Jeannot, sur le chemin du reniement (16-09-2015)

«A partir du moment où ils veulent faire d’Orbit un parc d’attractions, il est peut-être temps pour moi de dire, à l’instar de Jean Nouvel pour la Philharmonie ‘Ceci n’est plus mon œuvre’», a déclaré Anish Kapoor au Monde dans l’édition du 12 septembre 2015. Certes, il était davantage question du Vagin de la Reine à Versailles et de ses dégradations récurrentes mais l’artiste en a profité pour glisser quelques mots sur l’irrévérence des politiques à l’égard de l’art et de l’architecture. Bref, tout comme Jeannot.

Tours et gratte-ciel | Acier | Londres | Anish Kapoor

Stade provisoire, équipements démontables, centre aquatique revu à la baisse,… deux ans avant le lancement des Olympiades de Londres en 2012, la crainte d’un déficit d’image était telle que Boris Johnson, maire de la ville, avait lancé un concours pour la réalisation d’une tour au cœur du complexe sportif. Anish Kapoor et Cecil Balmond en ont été désignés lauréats avec leur projet dénommé Orbit.

02(@TimSimpson)_B.jpgLa structure, haute de 115 mètres, aussi surprenante que déconcertante, – Eyeful Tower pour les intimes – n’a vraisemblablement pas trouvé grâce aux yeux des photographes et des caméramans lors des compétitions sportives.

L’appropriation par les Londoniens semble également avoir été difficile. Et pour cause, la construction n’a été ouverte au public qu’à partir du 5 avril 2014, date à laquelle le Guardian suggérait qu’«un jour, Orbit pourrait même être aimée».

Un an plus tard, The Telegraph révélait le 29 juillet 2015, l’intention de transformer la tour en un toboggan géant. L’œuvre qui se voulait être la plus haute sculpture du pays se métamorphoserait en un record mondial question glissade.

Architects’ Journal annonçait alors un projet estimé à un million de livres (1,37 million d’euros). Conçu par Buro Happold et bblur architects, il a été présenté dans un rapport remis en mai dernier.

«Ce document concluait que le toboggan aurait un ‘impact minimal’ sur la structure existante. D’autres scenarios envisageaient d’inclure des dispositifs supplémentaires, une tyrolienne par exemple ou encore des cabines sur rail qui pourraient ‘offrir une expérience exceptionnelle et palpitante’», précise la revue spécialisée.

Toutefois, le 31 juillet 2015, l’affaire prend une nouvelle tournure et offre un rebondissement spécifié par The Telegraph dans un court addendum : «Il nous a été précisé, ce jour, que le toboggan serait, en fait, réalisé par Carsten Höller sur invitation d’Anish Kapoor. ‘Je suis très heureux que mon plus grand toboggan traverse l’Orbit d’Anish Kapoor et prenne ainsi place dans un œuvre d’art existante’, précise Höller dans un communiqué. ‘Un toboggan est une œuvre sculpturale avec un aspect programmatique ; un équipement permettant d’expérimenter un état émotionnel et une condition unique située quelque part entre la folie et la joie’». Dont acte mais l’omission reste suspecte.

03(@AKachkaev)_S.jpg «Désolé pour l’oubli Carsten ! Nous espérons ici que cette glissade sculpturale réussira à transmuer cette connerie en grand projet», ironise le site spécialisé en art, Hyperallergic, à la lecture du communiqué.

Depuis, la presse britannique ne s’est plus faite l’écho de cette transformation annoncée. Seule s’ajoute à la confusion initiale – celle où le nom de l’artiste allemand était tu – l’étrange assertion d’Anish Kapoor dans Le Monde du 12 septembre 2015.

«Après les Jeux Olympiques, le maire de Londres, qui est un bon politicien, un gars très intelligent et un type hélas, sans aucune sensibilité artistique, a voulu y installer un toboggan dans mon dos. Je lui ai expliqué clairement qu’il ne pouvait pas faire ça», affirme-t-il au quotidien.

L’article précise alors que, dans ce contexte, Anish Kapoor a fait appel à Carsten Höller. Qui d’autres que lui pourrait bien signer un toboggan ? Sans cette griffe, il en irait vraisemblablement de l’outrage.

Encore que… «A partir du moment où ils veulent faire d’Orbit un parc d’attractions, il est peut-être temps pour moi de dire, à l’instar de Jean Nouvel pour la Philharmonie : ‘Ceci n’est plus mon œuvre’. La plupart des architectes sont esclaves d’un agenda capitaliste et qui met l’argent et l’usage en haut des priorités. Certains ont le courage de ne  pas l’être», conclut-il.

Du parachutage à l’improvisation, le tout à l’égo semble touché. Pourtant, rien ne se perd, rien ne se crée. Tout se transforme.

Même en toboggan.  

Jean-Philippe Hugron

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