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Visite | A Pantin, la réhabilitation, ce nouveau western (09-09-2015)

La crise du logement peine à être résolue. Et pour cause, les demandes de permis de construire chutent. La réhabilitation, de son côté, est encore à la traine. A Pantin, il aura fallu pas moins de dix ans pour rénover l’ensemble des Courtillières. Dans un contexte «sensible», RVA (Dominique Renaud et Philippe Vignaud) a su travailler avec brio dans l’esprit d’Emile Aillaud sans jamais pourtant copier son trait. 

Réhabilitation | Logement collectif | Pantin | RVA

«Interdit de prendre des photos». La consigne est stricte. La visite de presse est autorisée par les «dealers». A peine arrivé, les instructions détonnent et laissent imaginer les difficultés d’une vaste opération de réhabilitation.

In fine, tout a été fait dans les règles de l’art et «sans protection policière», dixit l’entreprise de construction. Si les ouvriers reçoivent une formation pour gérer stress et agression, leur sécurité est plus ou moins assurée par les maîtres du quartier. En ce matin d’été, derrière les fenêtres, quelques personnes surveillent faits et gestes pour leur compte.

«La police ne se déplace que s’il y a échange armé, blessé grave ou mort», dit-on, gêné aux entournures. Soit. Dans ce jeu, chacun avance ses pions avec prudence. Il en va de la bonne intelligence.

02(@EAillaud)_B.jpgCette situation peut-elle être toutefois imputée à l’architecture ? Le débat a fait florès dans les années 80. En 2015, rien n’est tranché. Pantin offrirait néanmoins un semblant de réponse. Le serpentin fonctionnait, avant sa mue, en vase clos. Les immeubles étaient comme de hautes murailles sinueuses protégeant un vaste no man’s land introverti… autrefois un parc qui, depuis, a  honteusement été abandonné à son lent déclin par les pouvoirs publics.

Aujourd’hui encore, même après une couteuse opération de rénovation, la broussaille foisonne et offre quelques cachettes utiles au commerce illicite. Dans ce contexte, les architectes ont souhaité avant tout ouvrir l’ensemble sur la ville. Deux immeubles ont été ainsi détruits laissant une perspective béante à travers la résidence. A la municipalité désormais de s’approprier l’espace vert pour y réaliser enfin un lieu d’agrément digne de ce nom.

 «Notre objectif, à travers l’architecture, était de créer les conditions pour la renaissance d’un parc social ordinaire. L’ensemble était dans un état de délabrement avancé», indique Philippe Vignaud, associé de l’agence RVA.

03(@RVA)_S.jpgEn 2005, aucune concertation n’avait été menée et la question patrimoniale curieusement passée sous silence. «L’œuvre n’est pas qu’un dessin. Elle est aussi une fonctionnalité et une destination», poursuit l’architecte. Il aura fallu une année entière pour appréhender l’ensemble des questions et «faire comprendre qu’il y avait bien œuvre architecturale».

Dominique Renaud, associé, revient à son tour sur le processus d’un «marché de définition» qui n’envisageait jamais le patrimoine mais uniquement l’aspect social. Peut-être à juste titre. «De fait, la question architecturale n’est venue que dans un second temps», poursuit-il.

«Nous avons fait le constat que le rapport à l’espace était favorable mais que les unités d’habitation n’était plus adaptées», dit-il. Au final, le projet appelait une restructuration complète où seuls murs et ouvertures ont été conservés. 511 logements ont été créés dans les 635 initiaux.

04(@LBoegly)_B.jpgEn rez-de-chaussée, Emile Aillaud avait pensé un dispositif somme toute généreux. Les caves s’ouvraient vers l’extérieur pour servir de cabane de jardin. Avec la dégradation de l’environnement, ces ouvertures ont été condamnées. Sans volonté de «restitution historique», les architectes ont redessiné le rythme des portes sans toutefois réaliser de nouveaux percements tournés vers le jardin. Les locaux sont accessibles depuis les halls qui ont, par ailleurs, retrouvé leur transparence visuelle.

Restaient à repenser les façades. Emile Aillaud avait pour habitude de faire travailler des artistes, notamment Fabio Rieti, son gendre. RVA a donc décidé d’inviter Pierre di Sciullo, graphiste, typographe et dessinateur de caractères. «La mairie ne voulait pas d’un arlequin. Nous avons alors imaginé une mosaïque à grande échelle. Nous voulions être dans la continuité d’Emile Aillaud notamment en ce qui concerne la couleur et le rapport au paysage», dit-il.

Si RVA assure ne pas avoir mis en œuvre de la pate de verre «pour faire comme Emile Aillaud», les deux associés reconnaissent que Pierre di Sciullo a fait preuve d’une «grande empathie» à l’égard du lieu et de son auteur.

In fine, la question posée portait sur «la fragmentation» d’un ensemble long et sinueux. La réponse apportée fut la «pixellisation». Les façades se sont ainsi transformées en un écran de 32 millions de pixels.

«La technique de la mosaïque nous a permis de moduler avec beaucoup de douceur les courbes du bâtiments. Nous avons mis au point trente-huit types de dégradés horizontaux longs ou courts, côté jardin, et un type seulement vertical, côté rue», précise le graphiste. Onze teintes ont été choisies allant du rouge à l’outremer en passant par le saumon et le gris souris. Par delà ce bestiaire colorimétrique, les lumières changeantes de la journée jouent avec subtilité sur l’ensemble.

En conclusion, s’il était impossible de restaurer à l’identique l’œuvre d’Emile Aillaud, et s’il était hors de question de réaliser un pastiche quelconque, cette réhabilitation profonde et ce changement radical de matérialité a aidé à la préservation de ce patrimoine.

Encore fait-il le préserver ? De l’architecture et de ses conséquences sociales… A Pantin, un nouvel avenir.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Foncier : 75 000 m²
Densité : 80 logement/ha
Bâtiment de 8 m de large avant réhabilitation, 8,40 m après réhabilitation sur 1 060 m de long avant réhabilitation, 970 m après réhabilitation Hauteur : R+5 / 16,15 m de haut Emprise : 11 % SHOB : 50 000 m² Façades : 30 000 m² Logements : existants : 655 / restructurés : 511 / démolis : 60
Maîtrise d’ouvrage :Pantin Habitat OPH
Équipe maîtrise d’œuvre : Architecte mandataire : Agence RVA Dominique Renaud Philippe Vignaud Architecte
chef de projet : Nicolas Trentesaux
Graphiste : Atelier Pierre di Sciullo

Repères chronologiques

  • > 2001 Consultation ‘marché de Définition’ pour le PRU des Courtillières
  • > 2002 Désignation des lauréats dont l’équipe RVA/ ARCOBA/ PRUVOST pour la réhabilitation et la résidentialisation du grand ensemble des Courtillières et le réaménagement du parc central.
  • > 2003/2005 Études de maîtrise d’œuvre
  • > 2006 Signature de la convention avec l’ANRU
  • > 2007 OS de démarrage du chantier
  • > 2008 Étude des façades
  • > 2009 Désignation de Pierre du Sciullo / plasticien graphiste - Avenant : Plan de relance de l’ANRU
  • > 2010 Témoin de façade
  • > 2011 Lancement chantier des façades
  • > 2012 Lancement chantier de la résidentialisation
  • > 2015 Fin de chantier

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