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Brève | Le Flow / CECU - Centre eurorégional des cultures urbaines à Lille (05-05-2015)

Le Flow, Centre eurorégional des cultures urbaines à Lille, livré en août 2014 par l’atelier d’architecture King Kong, est un nouvel équipement qui a «pour double ambition d’encadrer et de promouvoir les pratiques artistiques issues de la rue. C’est un lieu spécifique, une 'maison commune', qui rassemble plusieurs disciplines, tout en évoquant l’univers urbain dans lequel ces pratiques ont trouvé naissance». Notice architecturale.

Notice Architecturale | Lille | King Kong

Dans le cadre de sa politique de développement culturel et de la rénovation du quartier de Moulins, la Ville de Lille a engagé en 2009 la construction d’un nouvel équipement culturel susceptible de permettre de développer la Maison Folie de Moulins existante, qui manquait d’espaces spécifiques pour mener à bien l’ensemble de ses projets, et de créer un 'Centre Eurorégional des Cultures Urbaines' (le Flow - Maison du Hip-Hop), structure rendue nécessaire par l’importance des activités liées à cette pratique, qui ne trouvaient jusqu’alors pas de lieu pour se déployer.

L’importance de ce projet justifiait de l’insérer dans un site proche du centre-ville. La volonté de réunir ces deux équipements en un même lieu présentait de nombreux avantages, pour l’une et l’autre structure, dont la possibilité d’assurer une synergie de fait, leurs objectifs étant communs. La Maison Folie, qui avait déjà conquis son propre public en cinq ans d’existence, se voyait contrainte de refuser ou de retarder de nombreux projets (danse, théâtre, arts plastiques et visuels) par manque d’espace.

Les maisons Folie sont un ensemble de lieux culturels basés sur la métropole lilloise, dans le Nord, le Pas-de-Calais et en Belgique. Elles sont l'héritage de Lille 2004, année événementielle où Lille (avec son aire urbaine, française comme belge) a été capitale européenne de la culture. Elles servent de lieux d'expositions, de salles de concerts, organisent des ateliers pour enfants et adultes, etc. Elles forment un maillage important dans la vie culturelle du Nord.

02(@atelier architecture King Kong-Photo Roland Halbe)_B.jpgLa Maison Folie de Moulins, ancienne brasserie, comprenait un certain nombre de corps de bâtiments s’articulant autour de deux cours. Une première réhabilitation, partielle, avait eu lieu avant notre intervention. Nous avons été chargés de conduire les travaux complémentaires, de terminer les salles d’exposition et d’activités diverses, parallèlement à la construction d’un bâtiment conçu ex nihilo au sud, en tête de proue de l’îlot. Nous avons d’autre part, en faisant le choix d’implanter ce nouvel édifice en retrait par rapport à la rue Fontenoy, créé un parvis destiné à être approprié par les habitants et sur lequel peuvent se tenir des concerts et autres manifestations artistiques.

Les lieux du hip-hop sont souvent des espaces de récupération et il n’existe pas, au contraire des scènes de musiques actuelles, une typologie de projet représentative d’un tel programme. Le principe que nous avons adopté a consisté à réfléchir d’une manière globale aux termes du programme, en lien avec l’existant et le devenir du lieu. Nous avons ainsi travaillé par bandes, les immeubles situés à l’ouest, côté rue d’Arras, étant démolis, l’espace ainsi dégagé accueillant les fonctions servantes de l’équipement.

Du nord-est en progressant vers le sud, côté rue Dupetit-Thouars, nous avons procédé à la réhabilitation demandée de la Maison Folie de Moulins, en conservant en grande partie les façades de brique, derrière lesquelles on devine aujourd’hui les passerelles et les escaliers, pour aboutir ensuite à une paroi d’acier Corten perforé assurant, par sa transparence, une vue sur la cour, mais effectuant aussi la jonction avec le bâtiment neuf.

03(@atelier architecture King Kong-Photo Roland Halbe)_S.jpgMarquée par une ambiance 'à la new-yorkaise', la cour de la maison du Hip-Hop est à la fois un organe de liaison horizontal et vertical et le cadre d’activités extérieures. Elle offre ainsi la possibilité d’accueillir le public sur les multiples passerelles et platelages qui l’habitent. Les poutres rythmant la structure ont une section importante : elles sont en effet destinées à recevoir des équipements scénographiques et à se faire les supports des éléments entrant en jeu dans les expositions. C’est toute l’histoire du quartier que nous avons cherché à perpétrer, via cette esthétique industrielle qui, d’autre part, convient naturellement au hip-hop et aux cultures urbaines.

Des entre-deux et divers accès existants ont été préservés, permettant d’accéder à l’ensemble (tout ou partie selon les besoins) par des cheminements piétons, depuis l’est ou l’ouest, l’entrée principale s’effectuant au sud. Selon que l’un ou l’autre espace est ouvert au public, en effet, il est possible de fermer si besoin les accès aux autres fonctions du bâtiment. Les utilisateurs et/ou spectateurs pénètrent alors dans le bâtiment via des entrées spécifiques. Lorsque l’ensemble est en mode 'libre appropriation', on accède à l’équipement selon son choix ou sa provenance.

Le mode de fonctionnement du nouveau bâtiment, qui se développe sur quatre niveaux dont un en sous-sol, est extrêmement simple. A chaque niveau correspond une fonction précise du programme. Au rez-de-chaussée, les fonctions d’accueil et de convivialité sont en contact direct avec la place et le parvis. Au sous-sol, se trouvent les studios musicaux ; au premier étage, l’administration ; au deuxième, la danse ; et au troisième, l’atelier de graff, avec son extension vers l’extérieur. Chaque niveau peut ainsi fonctionner en parfaite autonomie suivant les besoins des utilisateurs.

05(@atelier architecture King Kong-Photo Roland Halbe)_B.jpgLa salle de diffusion commune est délibérément disposée en retrait des façades, au coeur de la parcelle. Visible à travers l’accueil de la maison du Hip-Hop ou le rez-de-chaussée du bâtiment Bulle de la Maison Folie de Moulins, elle semble constituer une seconde cour intérieure. La structure de l’édifice que nous avons conçu est constituée de béton armé et basée sur un système de poteaux-poutres. Seule la couverture de la salle de diffusion est supportée par une charpente métallique de type poutres-treillis.

Certains ouvrages spécifiques sont réalisés en maçonneries porteuses. L’enveloppe de la salle de diffusion est composée de voiles béton de 30cm d’épaisseur, sur lesquels viennent se fixer des doublages intérieurs désolidarisés, constitués de plateaux aciers horizontaux et de plaques de plâtre fixées sur une structure indépendante. Les façades de la maison du Hip-Hop sont réalisées à l’aide de profils aluminium type VEC et sont dotées d’ouvrants à ossature cachée en triple vitrage thermo-acoustique avec stores (produit développé par Saint-Gobain).

06(@atelier architecture King Kong-Photo Roland Halbe)_S.jpgLa salle de diffusion, d’une forme presque cubique, est entourée de deux niveaux de passerelles, le grill s’étendant sur toute la surface : le travail des techniciens en est grandement facilité (nous avons même mis en place un escalier permettant d’aller du niveau 1 au niveau 2, relevé lors des spectacles). La jauge varie de 225 places assises en configuration gradins déployés à 600 à 700 places debout sans gradins. Cet espace et ces proportions encouragent délibérément les échanges entre les artistes et musiciens sur la scène et leur public : les spectacles peuvent être frontaux, bi-frontaux ou encore jouer sur un effet de 'ring' grâce aux balcons périphériques. La correction acoustique est assurée par une multitude de coussins de dimensions variées, garantissant l’absorption, la réverbération et la diffraction du son.

Préservant pour une grande partie l’identité patrimoniale de l’îlot avec ses façades de brique typiques des villes du Nord, le nouvel équipement emprunte également à l’esthétique industrielle, très présente à Lille et dans toute la région, son vocabulaire, en résonance aussi avec des pratiques urbaines auxquelles il offre un lieu inédit, sans équivalent en France.

Mêlant le respect pour hier et l’adoption de technologies de pointe, le Centre eurorégional des cultures urbaines est prêt à accueillir de nouveaux usages, sa flexibilité d’usage étant optimale. Ses transparences avec l’espace public encouragent l’appropriation par les artistes et le public d’espaces que nous avons souhaités extrêmement conviviaux.

Une façade-média innovante

07(@atelier architecture King Kong-Photo Roland Halbe).jpgLe bâtiment est équipé de la première façade vitrée digitale qui ait encore jamais vu le jour à cette échelle.

Des LEDS sont prises dans les lames de verre et, via des circuits d’alimentation invisibles, sont reliées à un ordinateur piloté par les utilisateurs (ce qui permettra d’inviter les artistes spécialistes de ce type de performance à animer cette façade à volonté).

Les LEDS incorporées au vitrage évoquent d’autre part d’une manière très parlante les activités de la maison du Hip-Hop, dont la peau même constitue donc l’enseigne.

Ne pas figer le décor parlant des façades - elles-mêmes délibérément transparentes, afin de signifier la porosité maintenue entre la rue et les arts qui en sont issus -, nous semble en ce sens susceptible d’ajouter une valeur sémantique non négligeable au CECU. 

Les parois changeront régulièrement d’aspect, en résonance avec la mobilité propre aux activités qu’elles abritent. Les graffeurs et les danseurs seront ainsi accueillis dans un lieu non seulement en prise directe avec l’espace qui l’entoure, mais signifiant sa fonction par son mode constructif même et son message artistique inscrit dans oeuvre et en perpétuelle évolution.

Le concept de 'façade-média', qui commence à rencontrer un grand succès de par le monde, est ici développé via un process inédit également pour renforcer les interactions entre le bâtiment et l’espace urbain, que le dispositif enrichit en externalisant certaines informations, transformées en visions mouvantes et poétiques.

King Kong

08(@atelier architecture King Kong)_B.jpgFiche technique

Programme : construction du Flow / Centre eurorégional des cultures urbaines et extension de la Maison Folies de Moulins à Lille
Maîtrise d’ouvrage : Ville de Lille
Maîtrise d’oeuvre : Architecte (mandataire) : atelier d'architecture King Kong / Scénographe : Ducks Scéno / Bureau d’études tous corps d’état : Projex Ingénierie / Bureau d’études HQE : Diagobat / Acousticien : Kahle Acoustics
Surface : 4.050m²
Calendrier : Attribution du marché : avril 2010 / Début du chantier : avril 2012 / Livraison : août 2014
Coût travaux : 9,68M€ TTC
Procédure : marché de maîtrise d’oeuvre public sur concours restreint

09(@atelier architecture King Kong-Photo Roland Halbe).jpg

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