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Exposition | Le Frac Centre en fait des montagnes ! (22-04-2015)

Reliefs ! Le Frac (Fonds régional d'art contemporain) Centre, sis à Orléans, prend de la hauteur et donne à voir, depuis le 10 avril et jusqu’au 20 septembre 2015, à travers trois expositions, trois interprétations architecturales de la topographie : mise en perspective d’oeuvres connues et mise en avant d’oeuvres méconnues, le plus beau musée d’architecture stimule l’imaginaire.

Les Turbulences conçues par Jakob et Macfarlane incarnaient déjà une tectonique des plaques appliquées à l’architecture. En un mouvement de surrection, le duo d’architectes donnait forme à trois protubérances abritant, entre autres, la nouvelle entrée de l’institution culturelle.

Chacun peut donc voir dans cette topographie artificielle l’origine du propos aujourd’hui tenu à travers la triade d’événements organisé par le Frac.

02(@PhilippeMagnon)_B.jpgLa principale exposition - 'Reliefs - architecturer l’horizon' - réunie différentes oeuvres sur ce thème. En bonne place figurent Claude Parent et André Bloc avec, pour l’un, les projets obliques, pour l’autre, les sculptures habitables.

Le groupe viennois Haus Rucker-Co est également en bonne place. La série de «paysages» présentée dans l’exposition met en scène l’irruption d’une chaîne de montagnes dans le centre-ville de Brunswick : «gigantisme de carton pâte», ce décor monumental sur roulette incarne, pour les commissaires de l’exposition, «le renversement symbolique des usages, des valeurs et des hiérarchies en activant sur un mode carnavalesque un principe de régénération urbaine». Tout un symbole à relire à travers le prisme contemporain de l’architecture-spectacle.

03(@Snohetta)_B.jpgL’exposition bascule aussi rapidement du réalisme à la futurologie. Le pavillon d’observation des rennes sauvages du parc national de Dovrefjell et son intérieur «caverneux», conçu par Snøhetta, côtoie les plus folles aspirations, notamment une mégastructure de Luigi Pellegrin étudiant «l’hypothèse d’un urbanisme aérien capable d’absorber toute trace de vie humaine pour libérer la surface terrestre et la rendre à son état sauvage».

Chacun pourrait juger cet idéal naïf. Que dire alors face au réalisme déstabilisant des images de Bas Princen, artiste-architecte néerlandais qui développe, depuis les années 90, une recherche photographique sur les paysages contemporains. «Princen s’attache à révéler les effets de l’économie mondialisée sur le territoire, marqué par une ambigüité toujours plus prononcée entre naturel et artificiel», notent les commissaires.

«Ses photographies donnent à lire une nature modelée par l’infrastructure, comme rectifiée par le travail de l’ingénierie. [...] Les visions spectaculaires de chantiers à ciel ouvert soulignent l’artificialité des sols et attestent de ce nouvel ordre hybride», poursuivent-ils.

De nombreux autres architectes et artistes sont convoqués dans cette exposition, à travers une scénographie d’Aurélie Petrel, jouant des effets de superpositions et de transparences. Coprésences et juxtapositions mettent en parallèle des oeuvres a priori éloignées pour mieux souligner leur étrange parenté.

Ainsi, les travaux de Gunter Günschel, «pionnier de l’architecture numérique», entrent en résonance avec les «procédures génératives» plus récentes de Biothing. La Galerie des Turbulences présente ainsi non pas une architecture de la montagne, mais la tentative folle d’architectes de créer de nouveaux substrats praticables voire habitables.

04(@CSinger)_S.jpgPlus inattendue encore, à l’étage, une exposition monographique est dédiée à l’oeuvre de Gérard Singer, familièrement méconnue, du moins pour quiconque se rend au Palais Omnisports de Paris-Bercy. A quelques pas de la célèbre salle, une fontaine dessine en creux un profond canyon signé de l’artiste.

A l’origine ardent défenseur du réalisme socialiste, Gérard Singer appelle alors l’admiration de Fernand Léger et de Louis Aragon. «Expérimentateur insatiable», il change du tout au tout. Sa pratique ne regarde plus avec acuité les bouleversements sociétaux et l’artiste s’en retourne vers la nature. Alpiniste, «il promeut une plus grande intégration de l’architecture à son environnement par les moyens offerts par l’art», soulignent les commissaires.

La Galerie Centrale du Frac présente alors une série de moulages et d’études à l’esthétique douteuse. Encore faut-il comprendre au-delà de tout jugement plastique l’importance de ce travail. Gérard Singer est l’un des acteurs qui «a su mettre l’innovation matérielle et numérique au profit d’un art total et pour tous».

Son travail est ainsi porteur d’un véritable «programme de refondation» qui a sans cesse encouragé «le renouvellement complet des formes et des processus de conception. Amoureux des terrains vierges, de la montagne, comme de la technique, Singer fait de l’expérimentation matérielle sa marque [...] Il recherche des solutions porteuses de formes inconnues, de peaux nouvelles, de brillance, de coloration qui doivent agir sur l’environnement de l’individu».

C’est principalement par le biais du 1% artistique qu’il pourra porter sur l’espace public son message. Andrault & Parat ont été les architectes qui ont mis en avant son travail, notamment à Evry où l’artiste put réaliser son oeuvre la plus importante, 'Le déambulatoire' (1972-1976).

«Avec l’informatique, Singer affirme une fois encore l’émergence d’un nouveau paysage qui, du pixel au territoire, appelle une transformation du regard ; il libère l’appréhension de l’espace, en même temps qu’il élargit le domaine potentiel d’intervention de l’artiste», conclut les commissaires.

05(@NashBaker)_B.jpgEnfin, le visiteur pourra découvrir, dans la Galerie des Fours à Pain, une installation de Yasuaki Onishi, muette. Elle laisse tout un chacun appréhender un relief fragile qui «capture l’invisible». La déambulation sous cette membrane de plastique offre des perspectives sur une topographie imaginaire, un passage de la massivité à la fragilité.

D’hier à aujourd’hui, le Frac Centre propose ainsi une géologie inspirante pour que l’architecture puisse, encore et toujours, déplacer des montagnes.

Jean-Philippe Hugron

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