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Allemagne | Ludwig Leo, le techno-pop berlinois (15-04-2015)

L’AA School rend hommage à Ludwig Leo, figure discrète de la scène architecturale allemande disparue en 2013. L’exposition, qui fait escale à Londres du 5 mai au 6 juin 2015, a d’ores et déjà circulé en Allemagne. Elle retrace le parcours étrange d’un homme retiré de la vie publique dont les oeuvres sont parmi les plus spectaculaires d'Allemagne. Certains y ont vu une préfiguration du travail de Rem Koolhaas ou encore de Haus-Rucker-Co.

Allemagne | Ludwig Leo

«Pratiquement tous les Berlinois et de nombreux visiteurs connaissaient cette construction alors qu’elle ne fait l’objet d’aucune carte postale». Ingeborg Wiensowski, journaliste pour Der Spiegel, évoque cet étrange édifice, un laboratoire hydraulique implanté dans le Tiergarten de la capitale allemande, caractérisé par ses formes étranges, notamment une imposante canalisation circulaire teintée de rose, une trompe enroulée qui lui donne le surnom d’éléphant.

Que cette architecture serve de souvenir en papier pour les touristes, tant mieux ! Voilà qui irait dans le sens de l’auteur de ce fantasque objet, Ludwig Leo, pour qui «l’architecture [devait] être socialement justifiée sans quoi il [s’agirait] seulement d’une image».

02(@JanManu)_S.jpgNé à Rostock en 1924, l’homme, confronté à la folie brune, est enrôlé dans la Wehrmacht. Il perd, lors d’un combat sur le front Est, une jambe. Il n’a alors que vingt ans.

La guerre une fois achevée, Ludwig Leo incarne la nouvelle génération d’architectes du pays. Il est l’un des premiers diplômés post apocalypse. Il fait ses études à Hambourg et à Berlin : Allemagne, année zéro, côté ouest.

Il travaille aux côtés d’Oswald Mathias Ungers et intègre ensuite les bureaux de Wassili et Hans Luckhardt, derniers représentants de l’architecture expressionniste allemande. Dans les années 60 et 70, propices aux nouveaux discours, Ludwig Leo s’engage dans des recherches théoriques marquées par le fonctionnalisme de ses ascendants et par un langage renouvelé de l’art de construire adapté, entre autres, aux nouvelles préoccupations sociales.

 «Dans une étroite maison-escalier, les gens devraient être plus sympathiques les uns envers les autres, n’est-ce pas ?». Voilà une citation qui résume à peu près la pensée de l’architecte. Aucune solution n’est conventionnelle. L’heure est à l’expérimentation. Claude Parent pouvait bien, lui, imaginer vivre à l’oblique de l’autre côté du Rhin, alors pourquoi pas Ludwig Leo dans un étroit escalier ?

04(@Ludwig-Leo-Archiv-MoragLeo)_S.jpgTout est mis en application entre 1967 et 1973 lors de la conception du projet DLRG qui abrite le siège de la brigade de sauvetage. La construction haute de onze niveaux, triangulaire, suit une pente à 44 degrés. Cette inclinaison sert à faire remorquer les bateaux en vue de les parquer dans les étages. La structure, en plus de ce stockage, propose des salles de formations, une cuisine et des cabines.

Autant que le laboratoire hydraulique construit au même moment, cette réalisation éveille la curiosité. L’accueil est enthousiaste en Angleterre où Peter Cook fait de l’'Umlauftank' la couverture du magazine Net en 1975. Léon Krier témoigne également de son admiration. Heinrich Klotz, le fondateur du Musée d’Architecture allemand de Francfort, y a vu une préfiguration du travail de Rem Koolhaas ou encore de Haus-Rucker-Co.

Norman Foster aussi, Dieter Hoffmann-Axthelm, Ernst Giesel et John Hejduk s’en sont également remis à son architecture pour laquelle ils ont tous voué une grande admiration. Aujourd’hui, l’oeuvre de Ludwig Leo force l’intérêt des curieux et des amateurs. Elle fait même l’objet de circuits organisés notamment par les soins d’une «structure artistique», Büro Schwimmer.

Les organisateurs notent que «Dieter Hoffmann-Axthelm fait de lui un fonctionnaliste radical. Un utilitariste poétique serait plus approprié. Il a construit des espaces pouvant être transformés de salle à manger en salon de lecture ou encore des escaliers en lit ou en banc [...] et si vous pensez que ces dispositifs sont high-tech, alors non ! Ce n’est que du low-tech. La transformation ne nécessite qu’une légère manipulation», disent-ils.

«Le gros de son travail est une recherche de changements institutionnels. Il incarne une réponse protestante au brutalisme, en particulier à l’architecture de James Stirling. Il a ainsi apporté des contributions variées sur le structuralisme, le high-tech, la culture pop, le néo-constructivisme, le rationalisme ou le postmodernisme», poursuivent-ils.

03(@Ludwig-Leo-Archiv-MoragLeo)_S.jpgAlors, Ludiwig Leo un mythe de l’architecture ? «Ca ne lui aurait sans doute pas plu. Leo a rigoureusement évité toute publicité. Il ne voulait pas faire de sa personne un sujet de discussion, il refusait les interviews, se montrait peu, travaillait loin des autres et stupéfiait tout le monde avec ses projets. Tous ont été réalisés entre 1957 et 1975. Il a alors mis fin à sa carrière d’architecte sans expliquer les raisons de son choix, pour se consacrer à l’enseignement», note Ingeborg Wiensowski.

Décédé en 2013, il a laissé à l’Akademie der Künste un fond d’archives conséquent de près de 4.000 plans et 3.000 photographies. L’histoire de l’homme n’est pas encore écrite. Peut-être doit-elle rester un secret. Selon la critique du Spiegel, plus «sociale qu’étrange», son architecture reste d’ores et déjà un spectaculaire témoignage.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

gh | berlin | 16-04-2015 à 11:25:00

thanks, jean-philipp hugron, for publishing about leo and our exhibition at the aa in french!

for more information about the exhibition and the book, please check our blog: http://ludwigleoausschnitt.tumblr.com

gregor harbusch

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