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Présentation | «Faire de l'architecture devient la part intime du projet», assure Joe Vérons (11-02-2015)

La technique n'est plus le sujet. En revanche, l'administration et la lutte face à la bureaucratie devient un enjeu majeur. Coûts et délais en découlent. Dans ce contexte, faire de l'architecture semble annexe voire marginal. Pour autant, Marjan Hessamfar et Joe Vérons ne se résignent pas. En témoigne le collège Marguerite de Navarre livré en septembre 2014 à Pau.

Education | Béton | Pau | marjan hessamfar & joe vérons

«Nous venions de remporter la première oeuvre», débute Joe Vérons. Concomitamment, avec son associée Marjan Hessamfar, ils obtiennent la restructuration d'un collège pouvant accueillir 1.500 élèves à Pau. «La maîtrise d'ouvrage n'avait pas eu vent de notre récompense», s'amuse-t-il.

Peu importe, le résultat est là et à la surprise de toutes les parties : commanditaires - qui pensaient choisir une autre agence - et exécutants - encore 'jeunes' architectes.

C'était en 2009. «Un vieux concours», soupire Joe Vérons. Et pour cause, il fallait travailler en site occupé, autant dire gérer un véritable casse-tête des années durant.

L'ambition était, de surcroît, de réduire la capacité du collège. 900 élèves devaient être accueillis dans la nouvelle enceinte encadrée par un bâtiment du XIXe siècle, «une école de jeunes filles» et un ensemble préfabriqué des années 70, «posé un peu n'importe comment».

03(@DHelman)_S.jpgLes architectes se sont alors fixés l'objectif de «requalifier le collège dans son contexte urbain». Les modifications semi-récentes avaient des allures traumatisantes pour la ville, aussi Marjan Hessamfar et Joe Vérons ont préféré jouer la continuité côté rue et user de la nouvelle extension réclamée pour combler la dent creuse laissée par les modernes.

Il était nécessaire, en outre, de réhabiliter le «préfa». «Six mois avant le concours, toutes les huisseries avaient été changées», précise l'architecte. Il a donc fallu, dans un souci d'économie, penser une isolation par l'extérieur. «Sans cette contrainte, nous aurions fait autrement», assure-t-il. Les façades ont donc été modifiées mais «l'esthétique de la répétition» réinterprétée.

«Nous avions, à la même époque, un autre projet à Pau. Chacun peut y retrouver notre volonté d'utiliser le béton brut», débute-t-il.

Au-delà d'une parenté, l'enjeu était de «mettre en puissance la beauté de la matière». «Quand je dessine, j'ai toujours en tête l'image du bâtiment une fois vieux. J'évite l'éternelle jeunesse. Je préfère envisager le pire et l'indifférence, avec le temps, de la maîtrise d'ouvrage», poursuit-il.

02(@DHelman)_S.jpgChandigarh est, en ce sens, «une réussite», soutient l'architecte. «Le Corbusier a réussi son coup. Les fissures, les mousses ou les moisissures n'entachent pas le projet brutaliste. Voilà une esthétique qui accepte les défauts», dit-il. L'architecte convoque également une autre référence moderne, Auguste Perret et la «condition de permanence» du bâtiment.

Joe Vérons regrette également de ne pouvoir faire du béton à la Tadao Ando puisqu'il faut être dans l'économie d'un projet de collège. Parfois même, les conditions de réalisation obligent l'usage de béton préfabriqué que l'architecte considère comme «une vêture supra-épaisse» incontournable en l'absence d'artisans qualifiés.

«Nous ne construisons plus qu'avec des intérimaires. L'avantage du bois, par exemple, est que nous faisons encore appel à des menuisiers. Toutefois aujourd'hui, la capacité de l'architecte est de cacher tout ce qui est manufacturé ; les produits sont grossiers», soutient-il.

«Tisser dans le noir» est notamment un objectif pour faire disparaître la fenêtre. Mais il n'y a là rien d'une posture, prévient Joe Vérons.

«J'essaye, malgré tout, de ne pas changer de vocabulaire. Certes, les circonstances font que chaque projet est différent mais la manière dont nous cherchons à utiliser la matière est la même».

L'idéal serait de recourir à des matériaux disponibles à proximité. «L'intention n'est pas extraordinaire mais difficile à mettre en oeuvre. La contrainte n'est plus technique mais bureaucratique», affirme-t-il.

04(@DR)_B.jpgEt de regretter aussi que les maîtrises d'ouvrage n'attendent plus tant de la qualité que d'être rassurées sur les coûts et les délais. «Faire de l'architecture devient la part intime du projet», regrette-t-il.

Une part intime bel et bien visible à Pau.

Jean-Philippe Hugron

 

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