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Exposition | Le soleil et la lune, l'éclipse de Studio Mumbai (14-01-2015)

Studio Mumbai est à l’honneur à Arc en Rêve*. L’institution bordelaise poursuit ainsi ses expositions monographiques lesquelles sont à chaque fois de beaux exercices introspectifs. Cependant, l’événement interpelle malgré lui. Pourquoi Studio Mumbai ? Jusqu’alors, l’agence, lauréate de la Grande Médaille d’Or de l’Académie d’Architecture en 2014, n’a livré qu’une série de maisons et il est fort à parier que le résultat ne serait pas aussi séduisant sous nos latitudes.

Arc en Rêve | Inde | Studio Mumbai Architectes

Traversant l’entrepôt Laisné, grimpant à l’étage, le visiteur découvre in fine une exposition qui s’ouvre sur deux films présentés côte à côte. Le regard est toutefois porté vers un ensemble d’étagères exposant une série d’objets incongrus. Outillages, échantillons, petites maquettes d’études, formes diverses évoquant mastabas, observatoires et labyrinthe... Bref, le vocabulaire de Studio Mumbai.

Certes, il manque les sous-titres. Quelques courts métrages illustrent les réalisations de l’agence indienne. Quiconque regarde se trouvera incapable de prendre en défaut Studio Mumbai.

De l’autre côté, de spectaculaires maquettes montrent des projets relativement simples de maisons individuelles.

02(@REscher)_B.jpgMalgré tout, l’exposition présentée à Arc en Rêve est relativement muette. Quelques petits cartouches indiquent seulement des informations programmatiques et géographiques.

Pour en comprendre davantage, les films présentés à l’entrée, sans aucun commentaire, sont riches d’enseignements. Le premier témoigne de l’Inde telle que Studio Mumbai la perçoit : des femmes qui confectionnent des briques, des enfants qui jouent dans un temple, des hommes bodybuildés... Autant d’instantanés de la société indienne.

Le second expose l’agence et livre quelques indices sur la manière dont Studio Mumbai travaille.

L’exposition 'Between the sun and the moon' reprend plus ou moins la forme d’événements passés consacrés à l’agence, que ce soit à la XIIe Biennale d’Architecture de Venise ou à l’espace Archizoom de Lausanne.

En Suisse, Studio Mumbai était présenté «comme une infrastructure humaine composée d’artisans hautement qualifiés et d’architectes qui conçoivent et construisent directement leurs ouvrages».

Le «processus itératif» et l’«approche vernaculaire» sont des principes de prime importance pour l’agence.

«Nous avons banalisé l’idée que nous avons de l’artisanat car la relation entre l’histoire et les formes a changé puisque notre imaginaire met l’accent sur l’histoire de la forme, l’opposant bien souvent à ce qu’est l’artisanat ou a ce que nous devrions comprendre par artisanat», explique Bijoy Jain, fondateur du studio dans El Croquis.

Il relate dans ce numéro que lui consacre la revue espagnole son expérience au Japon où il a découvert des artisans, des charpentiers qui, à plus de 90 ans, continuent de travailler. «Ils dessinent abstraitement, sur des morceaux de bois, tout l’édifice pour ensuite les découper. Ils possèdent le niveau de perception pour comprendre la complexité», dit-il, regrettant ensuite vivre dans un pays qui n’a pas «cette discipline, ce soin, cette rigueur de comprendre l’authentique signification de ce que nous faisons», dit-il.

03(@REscher).jpgPourtant, à regarder le film sur l’agence, le travail des artisans est minutieux. Les maquettes peuvent être taillées dans la pierre et chaque cocotier relève d’un prodigieux travail de précision. Et tout cela... rien que pour des représentations.

L’exposition - peut-être, malgré elle - interpelle. Tout d’abord, elle souligne, à juste titre, les mérites du travail du Studio Mumbai. Ceci étant écrit, rien n’est dit de ces commanditaires et des moyens financiers mis en oeuvre. La considération est basse mais essentielle à la compréhension.

Par ailleurs, les variations d’échelles et de programme sont minces. Les architectes de villa ne sont pas une espèce rare. Pourquoi Studio Mumbai bénéficierait-il d’un tel éclairage ?

Son travail avec les artisans et sa conception originale du projet justifie l’intérêt. Encore faut-il être en Inde pour s’autoriser pareille conviction. S’offrir les services d’un sculpteur pour réaliser quelques maquettes est sans doute possible en Asie mais bel et bien irréaliste en Europe.

Studio Mumbai a ainsi tout pour devenir l’une de ces stars montantes à qui des maîtrises d’ouvrage éclairées pourraient confier des projets... Mais que donnerait à voir Bijoy Jain dans un contexte occidental sur-réglementé ?

04(@REscher).jpgCertes, l’intention de l’agence n’est peut-être pas de construire des logements sociaux à Floirac. Néanmoins, le carnet de commandes compte une tour d’une vingtaine d’étages à Zhengzhou, en Chine, réinterprétant, à travers ces façades, une architecture vernaculaire.

In fine, l’exotisme séduit. L’Inde reste relativement peu présente sur la scène architecturale mondiale qui n’a, pour lors, trouvé que Studio Mumbai en figure originale.

Jean-Philippe Hugron

* Arc en Rêve centre d'architecture à Bordeaux présente, dans la grande galerie, l’exposition 'Studio Mumbai architectes - Between the sun and the moon', depuis le 18 décembre 2014 et jusqu'au dimanche 31 mai 2015.

Réactions

bécassine | journaliste | PACA | 15-01-2015 à 08:01:00

Des gros plans permettraient de mieux comprendre. Là, franchement on ne voit pas grand chose...

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