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Brève | Tour Euravenir à Lille : catalyseur d'urbanité (29-09-2014)

Dernière parcelle libre de la première phase du quartier d’Euralille, la tour Euravenir occupe une position stratégique à proximité des grandes infrastructures lilloises. Par sa volumétrie ciselée et ses façades changeantes, elle ambitionne d’articuler les ensembles urbains contigus et de les réinventer visuellement. Conçu par LAN (Local Architecture Network), l'immeuble a été inauguré le 13 décembre 2013. Notice architecturale.

Notice Architecturale | Cuivre | Lille | LAN

En 1990, dans la préface intitulée 'Saut quantique' de l’ouvrage présentant le projet d’Euralille, Rem Koolhaas écrit : «Dans le monde contemporain, les programmes deviennent abstraits en ce sens qu’ils ne sont désormais plus liés à un endroit ou à une ville spécifique : ils flottent et gravitent de manière opportuniste autour du lieu qui offre le maximum de connexions»* ; et encore : «Tous ces faits décrivent une condition nouvelle à la fois locale et globale, tout aussi importante pour les 'japonais' que pour les 'lillois'»*.

Expliquant le projet de Lille-Europe, ce texte laisse entendre que l’intervention était liée à la fois à la construction de l’Europe mais aussi et surtout à l’idée d’insérer ces lieux dans un réseau d’hyper-territoires connectés. OMA avait parfaitement intégré l’idée selon laquelle l’échelle d’un quartier qui se construit autour d’une gare puisse être augmentée, amplifiée, jusqu’à perdre totalement le lien formel avec la vieille ville.

03(@Julien Lanoo).jpgVingt-six ans après, ce projet urbain a totalement changé le visage de Lille. 

La tour Euravenir occupe la dernière parcelle libre de la première phase du quartier d’Euralille, commencé en 1988 avec le projet d’OMA en association avec François Delhays ; une position stratégique, au carrefour d’axes importants et à proximité d’infrastructures notoires - gare de Lille-Europe, boulevard périphérique, etc -. 

Cette situation nous a incités à appréhender le projet en tant qu’articulation, apte à faire fonctionner ensemble des éléments architecturaux et urbains hétérogènes.

Est-il possible de réaffirmer la ville à partir d’un projet d’architecture ? Cette interrogation audacieuse a été le point de départ du travail de mise en forme. 

L'emplacement de la parcelle a orienté nos recherches vers une résolution sophistiquée qui ambitionne de se positionner comme une rotule, comme un point de suture pour unir l’ensemble des éléments qui gravitent autour. Une architecture 'multiforme' qui puisse, par sa géométrie, apporter une réponse spécifique aux différentes problématiques liées à la fois à l’échelle, à la géographie et au programme du projet.

Par un jeu de prolongement et d’entrecroisement des axes à l’intérieur de la parcelle, l’extrusion initiale a été ciselée pour obtenir une sorte de petite tour. Parachevant l’avenue Le Corbusier, cet élément vertical forme aussi un immeuble d’angle pour la place Valladolid et un signal urbain marquant se détachant du contexte lorsqu’on vient du périphérique en contrebas. La matérialité précieuse de la tour et sa volumétrie facettée en font un objet iconique et mystérieux.

02(@Julien Lanoo)_S.jpgGrâce à cette architecture, un nouvel espace urbain est agencé, combinant privé et public, verticalité et horizontalité. La base du projet offre aux habitants et aux usagers des bureaux un espace public voué à la rencontre, destiné à une échelle humaine. En raison de l’interdiction de construire en limite de parcelle, une sorte de portique propose une porosité et offre une protection aux intempéries, un espace extérieur animé, où se rencontrent les usagers des bureaux, les passants, les clients des commerces.

Dans ce projet de bureaux où le programme est très flexible, c’est la forme qui est venue dicter l’usage et non l’inverse. Chaque étage est organisé autour d’un noyau central qui regroupe l’ensemble des espaces servants et les circulations verticales. Les plateaux des bureaux ont été conçus de manière à permettre un aménagement flexible et rationnel et favoriser le fractionnement des plateaux en deux surfaces équivalentes.

De plus, la géométrie facettée de la tour permet à la fois de dégager les vues et d’ouvrir l’ensemble du carrefour sur le fond arboré du cimetière au Nord. Pour compléter cette démarche de mise en relation, les façades deviennent un ensemble de fenêtres tournant à 360° sur la ville : des cadrages qui donnent à la fois vers le nouveau, le végétal et le centre-ville.

L’enjeu du projet était de parvenir à dessiner un volume élancé, aboutissement de l’avenue Le Corbusier, malgré la surface réduite donnée par le programme (3.500 m²). Depuis cet axe, les deux faces visibles assimilent l’immeuble à une tour.

04(@Julien Lanoo).jpgMatérialité des façades : trames et cuivre

L’enveloppe du bâtiment est conçue comme un dispositif de réinvention visuelle de la ville. Les façades se définissent par plusieurs dessins générés à la fois par l’orientation, par l’usage et par les besoins thermiques. Ainsi se juxtaposent des zones très vitrées, des parties en double peau et différents systèmes d’habillage en cuivre plus ou moins poreux.

Le dessin des façades et des espaces du bâtiment est réglé sur une trame principale de 1,35 mètre, qui court sur toute la hauteur du bâtiment. Elle est matérialisée par un élément métallique en U sur lequel se fixent les différents éléments qui composent l’enveloppe.

Cette trame verticale est interrompue à trois reprises par des bandeaux, qui soulignent la composition horizontale du bâtiment et le couronnent au niveau de l’acrotère. Une trame secondaire, formée par les bandeaux et les trumeaux, ordonne le découpage des façades.

Quatre modules différents de façade ont été dessinés pour animer la façade ; leurs caractéristiques procèdent de l’orientation du bâtiment, de l’usage ou encore des besoins thermiques. Alternant avec de grandes baies en verre clair, le cuivre est utilisé comme un bardage fixe, dans les parties de façade opaques ou semi-vitrées. Suivant les éléments de façade, le bardage est lisse ou ondulé, plein ou perforé : tandis que la perforation donne de la profondeur à la façade, l'ondulation la met en mouvement.

LAN

05(@LAN).jpgFiche technique

Programme : construction d’un immeuble de bureaux et commerces
Aménageur : SPL Euralille
Maîtrise d'ouvrage : Sogeprom, Projectim
Investisseur : Groupe IRD
Equipe : LAN Architecture (Architecte mandataire) / Egis (MOE exécution) / Act Environnement (consultant HQE) / IOSIS (TCE) / Elioth (façades) / Flandres Acoustique (Acousticien)
Entreprise : SPIE (entreprise TCE)
Budget : 5,9M€ HT
SHON : 3.486m²
Calendrier : 2010 -2014

* O.M.A., Koolhaas Rem, Goulet Patrice éd., Lille, Institut Français d’Architecture (Editions Carte Segrete, Paris, 1990). p. 15.

06(@Julien Lanoo)_B.jpg

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