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Présentation | Rémy Marciano donne du coeur au ventre (16-04-2014)

Le fond, la forme. Le fond, en sous-sol, un tunnel ferroviaire. La forme, une «falaise habitée». Magnifier la contrainte ? Assurément. Rémy Marciano ne s’en cache d’ailleurs pas, même si l’adage semble quelque peu éculé. Chut ! L’architecte marseillais a ainsi livré en novembre 2013 un hôtel de 130 chambres. Une figure sculptée, spectaculaire, au sein de la trame Mirès.

Commerces et hôtels | Marseille | Rémy Marciano

L’histoire commence donc par un terrain complexe. Rémy Marciano doit y concevoir - il en a reçu commande - un hôtel deux étoiles. En face, quelques bureaux conçus par Roland Carta. Le tout est coordonné par Yves Lion, concepteur du «parc habité» de Marseille sur l’ancienne trame Mirès dessinée lors des belles heures du port phocéen, au XIXe siècle.

«L’ambition de ce plan d’urbanisme est de faire vivre une nature en ville autant par les espaces publics que par les espaces privatifs. Les coeurs d’îlots sont en pleine terre», précise Rémy Marciano au Courrier de l’Architecte.

L’exercice relève, au premier abord, du déjà vu. Il y a, ici, un peu de l’îlot ouvert. Bref, une ZAC.

02(@LucBoegly)_B.jpg «Le tracé du parc habité reprend malgré tout une trame viaire déjà réalisée. Il s’agissait d’un lotissement industriel constitué en grande partie d’entrepôts. L’objectif d’Yves Lion est d’introduire un 'paysage' dans ce quartier», défend Rémy Marciano.

En guise de page blanche, une parcelle, un brin étroite.

Considérant le sous-sol, les premières esquisses du projet ne permettaient d’abriter que 110 chambres. L’équilibre de l’opération n’était dès lors pas assuré. Quelques distorsions plus loin, le projet gagne en volume : 130 chambres ! «Nous avons joué sur les gabarits et les porte-à-faux», indique l’architecte.

Du ventre ? «Un déhanchement», reprend-il. Bref, un débord au-delà de l’emprise originale.

En gonflant le volume, la question des prospects est devenue un casse-tête. Littéralement, «les règles imposaient un édifice pyramidal», soutient Rémy Marciano.

De la pyramide à la falaise, il fallut jouer des vues et détourner les regards. «Nous avons cherché le rapport à la rue et nous avons 'tourné' les fenêtres pour trouver le bon angle», dit-il. En lieu de baies à l’aplomb de la façade, «des bulbes» : chaque ouverture est orientée et marquée par une excroissance plus ou moins importante selon l’incidence du soleil.

03(@RemyMarciano)_S.jpgL’hôtel joue par ailleurs des contrastes. Côté rue, la falaise : «Nous souhaitions renvoyer à la minéralité des calanques. Nous avons volontairement travaillé un béton blanc coulé en place», note l’architecte.

Côté jardin, la façade est volontairement «cinétique». Un système de persiennes et une composition abstraite atténue la brutalité de l’ensemble. Les atours sont alors plus sages.

L’exercice de style est tangible tant la plastique de l’hôtel est marquée. Sans doute faut-il y lire la frustration qu’impose un programme répétitif de chambres d’hôtel ô combien normé. Depuis l’extérieur, la régularité s’efface au profit de l’événement.

04(@LucBoegly)_B.jpgPour l’heure, outre cette récente livraison, l’agence marseillaise peaufine un immeuble de logements à Boulogne-Billancourt tout aussi audacieux. Rémy Marciano éclipse volontairement le sujet pour mieux défendre encore le dernier projet de l’agence : un concours d’idées, remporté haut la main.

«Nous avons planché sur un site hospitalier à Biella. Nous avons proposé un pôle d’excellence autour du textile avec un centre de recherches», débute l’architecte. Milan n’est pas loin et Biella a toujours été un vivier de talents.

Aujourd’hui, de l’idée nait une volonté politique. Du concept à la réalisation ? «Voilà une initiative qui montre l’architecte acteur. Nous nous devons d’être plus actifs et moins dépendants des appels d’offres», dit-il.

Une leçon ? Au-delà, un engagement.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Programme : hôtel B&B de 130 chambres à Marseille
Maître d’ouvrage : ANF
Gestionnaire : B&B
Maître d'oeuvre : Marciano Architecture - Rémy Marciano architecte
Equipe projet : Anne-Sophie Gloanec, Jean-Luc Fugier, Tatiana Ivanovich et Didier Le Guen (images)
Coût des travaux : 5,4M€ HT
Calendrier : Etudes : 2009 / Livraison : novembre 2013

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