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Présentation | En Mir, la «gueule de bois» (05-03-2014)

Gueule de bois ou gueule cassée ? Le volume est plié, comme torturé. La baie, sur rue, est béante. En face, un arbre d’alignement. Au-delà, un large boulevard du XIIIe arrondissement de la capitale. Nicolas Gaudard, architecte de l’agence Mir, a livré en 2013 une surélévation originale, toute de bois, entre ruse et satisfaction, conçue sous le nom de BANG Architectes.

Extension | Logement individuel | 75013 | Nicolas Gaudard

Bang. L’agence. Big Bang. L’explosion. Le duo fondateur n’est plus et chacun poursuit désormais ses aventures architecturales de son côté.

Nicolas Gaudard a, pour sa part, fondé Mir, un bureau dont le nom est synonyme «de paix et d’apaisement». Parmi les pages du carnet de commandes, un projet d’extension figure en bonne place. «L’histoire a débuté alors que Bang existait», précise l’architecte.

«J’étais le plus en contact avec la maîtrise d’ouvrage. J’ai fait le PRO et le suivi de chantier», poursuit-il. A l’origine du tout, un appel téléphonique. «Nos clients avaient vu nos projets de surélévation», dit-il. Bang était alors passé maître dans un art qui, à Paris, s’avère des plus délicats.

«Monsieur et Madame ont deux filles. Ils commençaient à sentir le besoin de s’agrandir. Monsieur travaille dans l’immobilier et savait pertinemment où il allait. Il connaissait autant ses droits à construire que l’estimation des prix des travaux», indique Nicolas Gaudard.

02(@JLanoo).jpgLe cadre est rigoureux ; le programme somme toute simple : créer un espace de vie comprenant cuisine, séjour, salle à manger et terrasse en plus de restructurer l’existant. Sur ce large boulevard du XIIIe arrondissement, la parcelle offrait alors une construction sans qualité particulière.

«Détruire l’existant coûtait plus cher que de le restructurer. Qui plus est, il y avait un attachement de la part de nos clients quant à leur patrimoine», explique l’architecte. Exit donc la tabula rasa.

«Notre mission relève avant tout d’un travail d’analyses et de diagnostics», affirme Nicolas Gaudard. Aussi, aidé d’un ingénieur, Mir, «pour des questions d’équilibre et de répartition des charges», propose à ses clients le renforcement de la structure existante.

«Nous avons donc imaginé une seconde structure métallique. Nous avons dû creuser en sous-sol, reprendre le sous-oeuvre en plus de combler les carrières sous la maison», résume l’architecte.

Concernant ce dernier point, aucune aide n’est prévue par la mairie de Paris. L’entreprise n’est pourtant pas sans importance et totalise à elle seule 15% du prix total des travaux. Deux solutions s’offraient alors à la maîtrise d’ouvrage : injecter du béton ou créer des piliers maçonnés.

«La première va à l’encontre de l’économie de matière. Qui plus est, nous ne savons pas jusqu’où nous allons quand nous déversons le béton. Nous avons donc invité notre client à choisir la seconde», explique Nicolas Gaudard.

03(@JLanoo).jpgStructures et fondations adaptées, la surélévation peut être enfin mise en oeuvre. Sur les plans, le volume est prismatique, comme torturé.

«Sa forme étrange est née de trois pressions différentes», reprend l’architecte. Outre un sévère règlement urbain, le pignon mitoyen et la demande du client ont conditionné l’audacieuse figure.

«Nous avons dégagé à partir du PLU un volume capable», précise l’homme de l’art. Toutefois, à l’angle d’un large boulevard et d’une étroite impasse, le projet s’en retrouve limité. Une «astuce» vis-à-vis des règles permet de «retourner le gabarit le plus important pour traiter l’angle. A bien y regarder, l’étroitesse de l’impasse ne nous aurait jamais permis un tel volume», note-t-il.

Autre point, «la volonté d’être courtois avec le bâtiment mitoyen» et d’assurer ainsi une continuité avec la construction voisine. Enfin, «l’approche qualitative» impliquait la création d’un espace intérieur généreux quand bien même la maîtrise d’ouvrage n’était pas dans «la course au m²».

Le tout est conçu en bois, «toujours plus intéressant économiquement que le métal». «Nous aurions souhaité tout faire en bois massif», concède l’architecte.

«Il y avait dans cette proposition un côté satisfaisant intellectuellement. Nous faisons comme une épure, un découpage. Le bois massif relève presque de la maquette à l’échelle 1», explique-t-il.

Toutefois au plaisir de la conception - et quand bien même elle assure de grandes qualités acoustiques et thermiques -, il faut compter également sur une mise en oeuvre coûteuse et complexe.

«Il faut, pour ce faire, une étude très précise en amont qui n’autorise in fine aucune adaptation sur place. Le bois massif serait arrivé d’Autriche et nous n’aurions pu faire aucune découpe in situ ; or, les murs existants ont du ventre et ne sont pas parfaitement verticaux», indique-t-il.

04(@Bang-Mir)_S.jpgL’ensemble est finalement préfabriqué dans une usine du Loiret. Certains éléments sont ajustés voire conçus sur le chantier.

«Ce projet est, pour l’agence, important. Nous avons pu, dans ce cas, nous exprimer librement. La maîtrise d’ouvrage n’avait aucune idée préconçue et n’a donc jamais tenu le crayon. Nous avons eu des moyens corrects et nous n’avons jamais été confrontés à la problématique 'du chausse-pied' pour faire rentrer un nombre de m²», indique Nicolas Gaudard.

Reste l’exercice difficile et chronophage de la surélévation : «deux projets en un», selon l’architecte. «Il y a le projet neuf et le projet de restructuration», poursuit-il.

Aujourd’hui, Mir planche sur un projet de surélévation en banlieue parisienne, sur un projet d’extension de musée et sur un concours de logement... «Entre autres»... pour donner, vraisemblablement, toujours un peu plus de hauteur à l’agence.

Jean-Philippe Hugron

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