Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Portrait | Les vies de Jean de Giacinto (16-10-2013)

Pluri-multi, Jean de Giacinto. Encore et toujours. A Bordeaux, l’architecte mène une pratique ouverte. Les lignes de front sont nombreuses : architecture certes, mais aussi scénographie, arts plastiques, conversations et performances. Nom de l’agence : Architecture Composite. A sa tête, un homme de «style».

France | Jean de Giacinto

Avenue d’Alsace Lorraine, à Bordeaux. Le nom présageait une localisation en centre-ville mais la Girondine a le patriotisme excentré. L’artère est, en quelque endroit, reculée. Pour s’y rendre, prendre un bus, descendre place Moscou, passer devant un hypermarché. Première à droite, deuxième à gauche. Un paysage de faubourg rattrapé par la ville, quelques vieilles pierres et, surtout, du béton.

Au 121, une structure industrielle réhabilitée et transformée. Pour en désigner l’entrée, un kakémono. La porte est ouverte. Est-ce là l’agence de Giacinto ? Passant le seuil, après quelques pas, des perspectives, des plans, des calques... L’endroit est incontestablement celui d’un homme de l’art.

Ohé ?!

Personne. Midi sonne.

A l’autre bout, par-delà une autre porte, dehors, une tablée. Les collaborateurs. La pause déj'.

Arrive Jean de Giacinto. En main, un curriculum vitae annoté. Le sien. Pour se souvenir et ne rien oublier ?

02(@DR).jpg«En 1990, nous avons acheté le garage des glacières dans lequel stationnaient les camions pour le transport des pains de glace», explique l’architecte. Nous ? «J’étais associé à Alain Loisier, nous étions en duo dans une agence place Gambetta». Assurément, en plein centre de Bordeaux.

«Nous cherchions un lieu pour construire des bureaux et créer un espace pluridisciplinaire. Nous cherchions un entrepôt, nous avons trouvé un garage», sourit-il. L’association a fait son chemin, de 1976 à 1994. Les temps changent. Depuis, d’autres vies pour Jean de Giacinto.

«J’ai eu trois carrières», confie-t-il.

«Une première carrière, de 'jeunesse', avec Alain Loisier. Nous nous cherchions, nous nous sommes découverts, nous avions un vocabulaire qui était le nôtre. Nous avons formé beaucoup d’architectes. Nous étions une quinzaine en tout», se souvient-il. Place Gambetta, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, entre autres, feront leurs armes.

03(@DR)_S.jpgDeuxième période, en solo, de 1994 à 2005. «J’ai travaillé seul et mené de front de nombreuses recherches», dit-il. Sur les planches, un habitat tipi, aussi une architecture «composite», «modulable» et «transportable».

En 99, au détour du siècle, l’intérêt de Jean de Giacinto se porte sur la lumière et sur une «architecture entre scénographie et signe urbain».

Troisième période... «La serre». Jean de Giacinto a conçu une boîte dans la boîte, un écrin dans le hangar. «Il me fallait un nouveau lieu pour une approche pluridisciplinaire». Vieux démons !

Trois ans de collaboration avec Duncan Lewis marquent les débuts de ce nouvel âge. «Nous avons partagé le lieu, le travail, les idées, la recherche». De cette énergie mise en commun sont nés quatre «ambitieux» projets.

«Nous nous sommes rencontrés à Bordeaux alors qu’il venait travailler chez Jacques Hondelatte ». Le rapport à l’environnement de l’un et de l’autre assure une forte connivence. Il y a aussi l’Arte Povera et la démarche peu surfaite de Duncan Lewis.

«Trois ans à 100km/h ! Tout s’est arrêté comme dans une belle histoire». Les associations occasionnelles sont un leitmotiv toujours d’actualité. Avec Coco Architecture d’un côté et Studio Muoto de l’autre.

04(@DR)_S.jpgPourquoi le téléphone sonne-t-il ? «Il n’y a pas que la bonne architecture, il y a le style et la signature. Il y a toujours un fil conducteur sinon des éléments permanents - et qui ne sont pas forcément dominants -».

Pour préciser sa pensée, Jean de Giacinto évoque tant «le détournement d’un matériau» que «l’intégration artistique dans un projet».

De se répéter ? «Je suis obligé d’évoluer et de transgresser les règles. Aussi, je ne suis pas surpris d’avoir plusieurs carrières. Je suis un jeune architecte d’un certain âge», sourit-il.

«Dans le duo, chacun a sa personnalité. C’est un enrichissement mutuel. Le partage des compétences donne une troisième dimension au projet. Le reste n’est que fonctionnalité», précise Jean de Giacinto. L’union libre plutôt que le mariage.

A mesure de la conversation, le 'style' s’invite de plus en plus souvent dans les propos de l’architecte.

«Le style me plait beaucoup. Pourquoi ne devrions-nous l’utiliser que dans la mode ? Architecture et style font, pour beaucoup, vieille école. Je suis pour la signature des projets car la signature fonctionne avec le style», lance-t-il avec assurance.

05(@DR).jpgL’esthétique et la reconnaissance sont des refuges logiques. RTHQEBBC. «L’architecte n’a plus de place aujourd’hui. Il n’a dans ses valises que des contraintes et nous passons notre temps à régler des problèmes et trouver des solutions face aux règles urbaines, aux règles d’accès, aux règles de tenue au feu, aux règles des règles... l’architecture a perdu sa substance», déplore-t-il.

L’art est donc un exutoire. «Les projets associatifs que je mène permettent la dérision et la convivialité». Parmi eux, le Groupe des Cinq : Jean de Giacinto, Bertrand Nivelle, Alain Loisier, Daniel Sarrazin et Laurent Cazalis.

«Nous nous sommes réunis pour sauver le château d’eau de Podensac de Le Corbusier. Nous menons beaucoup d’activités culturelles, des expositions et des performances, notamment ici, aux Glacières», dit-il.

Les cinq se sont connus sur les bancs de l’école ou dans le cadre de collaborations ponctuelles. Aujourd’hui, les «conversations» font les belles heures de l’avenue d’Alsace Lorraine. Printemps, été, automne. «Street Art, conversation entre les murs. Le temps, conversation en suspens. Sound Art, conversation avec le son» sont les trois temps de l’année 2013.

06(@PhilippeRuault)_S.jpg«Cette année, Gilles Delalex et Can Onaner ont été commissaires d’exposition», indique Jean de Giacinto. Dans le but de questionner la relation entre culture et espace urbain, l’association, forte de ces regards extérieurs, a invité William Parlon et Georgie Stanishev, Myriam Tirler, Marc Leschelier et Haïdée Henry. Un sujet : l’idée de suspens.

«Le concept de conversations a démarré l’année dernière», précise l’architecte. L’association, elle, demeure depuis 1987.

Parmi les autre temps forts de cette vie associative, le FIFArc (Festival International du Film d’Architecture), organisé pendant dix ans de 1980 à 1990. «Nous avions produit quatre films dont un de science-fiction sur Ricardo Bofill dont l’oeuvre était présentée en ruines dans un siècle», se souvient Jean de Giacinto.

«Ce film a été fait à partir de photomontages et de maquettes comme au cinéma. Nous avons imaginé l’oeuvre de Bofill immergée et à moitié décomposée. Le film a été traduit en anglais et en espagnol. Bofill s’en est même servi pour sa propre communication», sourit-il.

07(@DR)_B.jpgTouche-à-tout et chantre du style, Jean de Giacinto. Peut-être le fruit d’un enseignement post-Beaux-arts ? «Je suis rentré à Talence en 72. Puis, une nouvelle école d’architecture a été fondée. Les choses ont changé dès lors que nous avions changé de lieu». L’appétence pour la peinture dirigeait toutefois le jeune étudiant vers des domaines plus artistiques. Le dessin technique finit par séduire. 1974, diplôme en poche.

Un CV à rebours en guise de portrait ? Peu ou prou. Sur la table, le fil du curriculum a pourtant été abandonné. L’architecte, pour aider toutefois son interlocuteur, confie le papier annoté. En-tête : 'Jean-Baptiste de Giacinto, 1948 né à Castelviel (Gironde)'. En marge, au stylo bleu : «Entre-deux-Mers».

«La Toscane française !», assure l’homme. Et l’Italie ? «Mes parents sont originaires de Vénétie, tous deux sont issus de l’immigration liée au régime de Mussolini. Les deux familles, arrivées en 1936, sont venues s’installer ici pour développer des propriétés agricoles mêlant élevage et vignoble», raconte-t-il.

D’une génération à l’autre, un passage des vignes hautes aux vignes basses. En bagage, un imaginaire... et pour l’architecte, les débuts d’une première vie.

Jean-Philippe Hugron

Réagir à l'article


Album-photos |L'année 2018 de Métra+Associés

La livraison du collège et de la crèche rue des Pyrénées et des maraîchers dans le 20ème arrondissement de Paris  achève le grand projet mixte de remodelage urbain regroupant un centre-bus de la...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de Perraudin Architecte

La France, la Suisse, le Liban et le Sénégal furent des lieux de développement et de recherches sur la sobriété constructive. La terre non stabilisée a été éprouvée par les...[Lire la suite]


Album-photos |L'année 2018 de MDR

L’année 2018 est déjà écoulée et MDR ne l’a pas vue passer tant les projets furent encore prenants : variés et complexes compte tenu d’une conjoncture tendue par la rareté du...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 d'Antonini Darmon

Des concours aux chantiers et vice-versa : une année en grand écart, émaillée de quelques récompenses (c’est bête mais ça fait toujours plaisir…) Ces récompenses, nous les avons...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 d'Atelier(s) Alfonso Femia

Atelier(s) Alfonso Femia est la nouvelle dénomination de l’agence 5+1AA depuis 2017.  Les Atelier(s) Alfonso Femia développent des projets participant à la transformation des villes méditerranéennes et...[Lire la suite]

Une villa possède une relation unique, poétique avec son parc ; un dialogue fait de références visuelles et de perceptions, de relations collectives et «intimes». Notre proposition veut créer un moment de réflexion afin de permettre à la Villa Bo

Album-photos |L'année 2018 de NOMADE architectes

Riche actualité pour l’agence NOMADE architectes cette année ! 2018 est ponctuée par les livraisons de programmes variés dont 36 logements collectifs à Caen (14), l’Hôtel de Ville à...[Lire la suite]