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Chronique | En fanfare, double imposture à Lens (26-06-2013)

D’un instrument qui n’en est pas, d’une première qui n’en est pas, d’un symbole qui n’en est pas... Lens et sa région sont le théâtre d’impostures architecturales. En tête, l’antenne régionale du Louvre conçue par SANAA ; plus loin, le Métaphone à Oignies, imaginé par Hérault-Arnod.

Culture | Bâtiments Publics | Lens

Le temps est lourd voire orageux. Les nerfs sont peut-être à vif mais la journée promet d’être riche. Direction, en voyage de presse, le Nord-Pas-de-Calais.

Première étape, les fosses 9/9 bis à Oignies. Le site, remarquable, est au coeur d’une ambition économique et culturelle. Au-delà du patrimoine, l’activité.

Dernière construction en date, le Métaphone. Ah ! La belle promesse. Sur papier, le bâtiment est dit «instrument de musique». Son architecte, Isabel Hérault, de l’agence Hérault Arnod, se félicite ; des artistes pourront réaliser des oeuvres pour orchestre et Métaphone, rien de moins.

Un petit r, encerclé, positionné en indice, s’ajoute au nom. «De l’humour ?», s’enquiert un journaliste. «C’est ça !», répond l’architecte, mi-figue mi-raisin. «Nous ne pouvions pas protéger le dispositif. Nous avons donc protégé son nom», précise-t-elle. La barre est haut placée.

In situ, la plastique de l’édifice, toujours en chantier à quelques jours de l’inauguration, peine à séduire. Alors, un instrument ?

02(@AndreMorin)_B.jpgLa démonstration est impossible ce jour-là, l’explication, incompréhensible. A force de mots, d’aucuns comprennent que de production de sons, il n’y a pas vraiment. L’édifice diffuse plus qu’il ne produit. Alors instrument ?

Pourtant, il s’agissait là d’une «première mondiale». C’est sans compter l’orgue des mers de Nikola Bašić, la lullaby factory au Children Hospital de Londres par Studio Weave ou encore les réflexions de Yannis Xenakis sur architecture et musique.

Bon, et alors, instrument ? Louis Dandrel, 'designer sonore', s’évertue à démontrer l’intérêt du dispositif. Des enceintes ont été placées sur des planches de bois - conçues par un luthier, s’il vous plait -, lesquelles vibrent selon l’intensité du son. Et après ? Percussion ? Instrument à vent ? Nenni.

Face à l’une des façades latérales, un son, pour la démonstration, est diffusé. La nouveauté ? Toujours insaisissable. Le sentiment d’avoir été trompé.

03(@JPHH)_S.jpgA quelques kilomètres, le Louvre-Lens. Depuis la gare, un parcours mène tout un chacun au saint des saints tant vanté par les médias unanimes.

Mardi, jour de fermeture, le site est désespérément vide. Les abords du musée, en jachère, font rapidement oublier les photos tantôt lumineuses, tantôt brumeuses. Fumeux Louvre-Lens.

Catherine Mosbach, paysagiste, pour faire contrepoint à la rigidité du parti de SANAA, a plongé dans le tachisme paysager.

De capricieuses formes de béton marquent le sol. Certaines d’entre elles sont délimitées par quelques rigoles de verdures. Aujourd’hui, place aux mauvaises herbes. Luminaires d’aéroport et pylônes géants ajoutent à la stupeur.

04(@JPHH)_S.jpgDe la friche paysagère émerge la boite «minimale». Pourquoi donc, ici, faire l’éloge de la disparition ? Et quel éloge ? Ne fallait-il pas, au contraire, exister bruyamment ?

Lens, déshéritée de toute attention, présentait à l’heure du concours lancé par l’Etat en 2003 un déficit d’image et de symbole. Le lieu était dit pour un geste significatif. Sans aller jusqu’aux étrons de titanium et aux treilles de chapeau chinois, n’y avait-il là pas l’opportunité de faire sens ?

Derrière les longues parois froides et muettes du Louvre-Lens, des oeuvres d’art. Pourquoi pas des laboratoires, une chaîne de montage, des réserves de culottes, Usines Center... ici ou ailleurs, du pareil au même.

Le minimalisme japonais n’a sans doute rien à voir avec la culture européenne voire latine. Lens signe les limites de l’importation starchitecturale. Depuis le XIXe siècle, le musée se fait le symbole bavard et signifiant d’une communauté, il est démonstration de force autant qu’écrin culturel. A Lens, il n’est rien. Une absence, sinon l’ennui.

05(@JPHH)_S.jpgPour preuve, l’esplanade du musée n’est le théâtre d’aucune émotion, d’aucune rencontre. Elle n’est pas même le podium rêvé d’un jeune Lensois pour s’exercer au skate. L’espace est désert. L’institution, excentrée, porte fermée, n’attire pas par ses atours.

In fine, qu’a compris SANAA de Lens ? De sa population ? Le geste, méticuleux, gratuit, froid et snobinard, pensé au détour d’une rue tokyoïte, sans aucun dialogue avec un paysage de briques, s’adresse aux élites parisiennes en mal de soleil levant. Le message lancé par le Louvre est avant tout glacé et prétentieux.

Qu’il est bon rue de Valois de recruter japonais pour construire... encore et toujours et ce, quitte à en perdre le nord...

Jean-Philippe Hugron

06(@JPHH)_S.jpg

Réactions

Un lecteur | lecteur | Paris | 17-04-2014 à 08:06:00

Cette article est impertinent, dans le seul sens ou il manque cruellement de pertinence. C'est vraiment très intéressant de connaitre le sentiment de quelqu'un sur ces projets ou sur ce "que doit être l'architecture" en général, mais je crains que cela ne constitue malheureusement pas vraiment un article. Pour cela je vous conseillerais plutôt d'échanger avec des collègues lors d'une inauguration d'exposition d'architecture.
A la question sous-entendue dans la deuxième partie du texte, faut-il construire français en France...? J'ai peur qu'elle soit le triste reflet des temps obscures que nous traversons. Non loin, La ville d'Henin-Beaumont pourra surement bientôt nous fournir la preuve qu'il est en effet, plus agréable de rester entre-soi, cela évite tellement de complications.
Remarque, avec cette logique quelques "grands" noms de l'architecture française seraient en ce moment bien mal en point ne pouvant gratifier la Chine ou le Moyen-orient de leurs "vanités".

Serge Renaudie | 12-12-2013 à 19:55:00

Voilà un article qui mériterait d'être développé car vous y touchez, avec raison, beaucoup de points sensibles : développement local/événementiel, minimalisme/indigence, prétention/modestie, culture/Valois, etc.
SANAA n'est pas l'architecture japonaise, c'est celle qui est importée en France parce qu'elle passe pour "minimale" et qu'il a fallu 50 ans au Ministère de la Culture et plus particulièrement à la Direction de l'Architecture pour s'initier à l'Art Minimal...

Catherine | paris | 22-09-2013 à 23:22:00

Comme quoi, si on peut mentir sur un bâtiment avec de belles photos, on peut aussi lui faire dire n'importe quoi avec des images se focalisant sur les détails les plus moches ou les moins achevés... Pas parce que tout le monde trouve ça bien qu'il faut forcément dire le contraire. Ce n'est pas une super idée sur ce site qui fourmille par ailleurs de bons papiers et d'analyses fines. Je conçois que le bobard du métaphone puisse mettre de mauvaise humeur pour la journée, j'y étais aussi, mais ce n'est pas une raison pour cracher son fiel sur le Louvre, surtout sans entrer dedans...

n.a. | 01-07-2013 à 20:22:00

Très bon article, qui mériterait d'être plus long, tant il y aurait à dire. En tout cas bonne impression, que je partage. C'est un peu ''on va porter la lumière chez les incultes''. Non seulement ce bâtiment est froid, mais il n'est pas respectueux. Pourquoi, dans une région de belles briques, alors même qu'il y a encore des briqueteries locales, mettre cette chose ignorante (pire qu'aveugle, dédaigneuse même) de son environnement? Et le pire du pire, le hall d'entrée, digne d'un aéroport, où tout se voit, comme s'il y avait quelque chose à montrer.

Pierre-Yves | 01-07-2013 à 13:02:00

J'ai un peu de mal à digérer cette critique. C'est sur que visiter un musée un jour de fermeture, c'est pas l'idéal.
Menfin. Si ça avait été un jour normal, vous auriez pu parler de la scénographie (dingue, qui laissent les oeuvres très disponibles, le visiteur libre), de la gestion de la lumière à l'intérieur, de la vue irréelle qu'on a sur les archives / stockage depuis les toilettes / vestiaires...
Du public pas du tout parisien (Belges, hollandais, Lensois, Lillois, ya qu'à porter l'oreille).

Et, si on peut se permettre de comparer avec le Centre Pompidou Metz, il faut reconnaitre au Louvre Lens non pas de la froideur, mais un peu d'humilité, et je trouve que ça fait un bien fou.

Quel intérêt de dialoguer avec la brique ? Un volume simple, des matériaux humbles, ça passe souvent mieux qu'un bâtiment "phare", "symbole", m'a-tu-vu comme à Metz.

Sachez en tous cas les Lensois fiers du bâtiment autant que de son contenu.

Avant de juger le paysagisme, j'attendrais l'année prochaine, c'est quand même un peu frais.
Faut les excuser de ne pas avoir mis de gazon synthétique, ni d'arbre déjà vieux.

Et si les Japonais gagnent les concours français, certes, on peut pleurer pour les archis français. Mais je préfère de mon côté croire encore pour ces grands rendez-vous que le meilleur gagne.

Cordialement,

Vitruve | 28-06-2013 à 20:36:00

Merci pour cet article juste et courageux. On n'en peut plus de cette architecture abstraite, de ces matériaux glacés, de ces ambiances frigides !

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