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Présentation | 9 logements sociaux et 12 ateliers d'artistes, projet ‘pragmatique et déviant' de J.J. Simonot (25-10-2010)

Jean-Julien Simonot est architecte, scénographe de spectacle et d'exposition. S'il a ses quartiers au Louvre, il vient de livrer, dans le cadre de son agence taktik architectures, sa première opération de maîtrise d'œuvre avec une opération où le maître d'ouvrage, l’OPH de Montreuil (93), souhaitait accueillir une population d’artistes contribuant à développer l’art dans la cité.

Logement collectif | Montreuil | Jean-Julien Simonot

Jean-Julien Simonot a créé son agence en 2002. Parallèlement, depuis octobre 2004, il est également 'Architecte, scénographe' au Musée du Louvre (Direction de l’Architecture de la Muséographie et des travaux) où il notamment réalisé la scénographie des expositions suivantes : Praxitèle (mars 2007), L’homme de bronze (2007), Trésors du Monde (2006), Les Fragments du Parthénon (2006), Jean-Luc Moulène (2005), Frans Post (2005). Mais il tient aussi à être architecte au sens de «construire des bâtiments».

Ce qui est fait désormais puisqu'il vient de livrer sa première réalisation à Montreuil (93). «Construire est un besoin naturel», dit-il.

Une première expérience grandeur nature qui, à 35 ans, lui ouvre l'appétit. «J'ai une grande envie de recommencer, de sauter à pieds joints et profiter de cette référence», assure-t-il tout en précisant ne pas vouloir lâcher la scénographie. «Je ne veux pas avoir à choisir. Je ne sais pas si c'est tenable indéfiniment…», dit-il en souriant. Oh, et il conçoit également des décors de théâtre.

Partager son temps entre la mise en valeur du plus célèbre des statuaires grecs de l'antiquité et l'OPHM (Office Public de l’Habitat Montreuillois) de Montreuil ne relève pas, selon lui, du grand écart. «Les matériaux sont différents mais la démarche est la même, il faut trouver la solution à l'intérieur du programme», dit-il.

Concernant ce dernier, il s'agissait d'un programme spécifique de 9 logements sociaux et 12 ateliers d’artistes, inscrits dans une parcelle de 983 m² située à proximité d’une opération de rénovation de 360 logements et de construction de 130 logements collectifs.

Autant l'OPHM possède toute l'expérience requise concernant les logements – «le programme était déjà fait» – autant l'expérience de l'architecte de la scénographie et de l'art contemporain s'est révélée précieuse pour préciser le programme des ateliers.

D'ailleurs, choisi à l'issue d'une consultation, il a immédiatement proposé au maître d'ouvrage de dissocier logements et ateliers et fabriquer ainsi des espaces extérieurs.

«Les principes qui ont conduit notre démarche ont abouti à la conception de deux volumes aux caractéristiques formelles très différentes, chacun d’eux ayant une morphologie et une structure optimisées en fonction de leur contenu programmatique respectif : les logements d’un côté et les ateliers de l’autre reliés par des espaces extérieurs semi- privatifs créant des transparences et une véritable porosité avec le quartier», explique-t-il.

02(@PhilippeAyrault).jpgLes enjeux du projet étaient multiples. Un enjeu urbain en premier lieu puisque, conformément au souhait de la ville, ce projet devait favoriser la mixité sociale et participer à la nouvelle dynamique initiée par la reconstruction urbaine du quartier.

L'architecte devait de plus proposer une réponse qui, tout en ayant sa propre écriture architecturale, s’intègre au projet global. Jean-Julien Simonot tenait quant à lui créer un ensemble «comme un îlot urbain possédant son identité, tout en restant ouvert au dialogue avec le quartier et sans apparaître comme une enceinte fermée sur elle-même».

Un enjeu d'usage ensuite. «La pratique artistique, au même titre que le logement, suppose une certaine intimité et réclame une individualisation en même temps qu’un réel rapport au monde extérieur. De plus, dissocier, tout en permettant certaines connexions entre eux, les espaces dédiés à la vie professionnelle de ceux dédiés à la vie privée, apparaît comme un réel facteur de qualité de vie», explique l'architecte qui fit de ces considérations le fil conducteur à sa réflexion.

03(@PhilippeAyrault)_S.jpg«Utiliser le contexte et le transformer. Notre démarche se veut à la fois pragmatique et déviante», dit-il. Le contexte, économique, social, culturel, implique le plus souvent, selon lui, une production standardisée, normée.

Il se devait donc d'une part de «fabriquer une architecture qui donne toute son importance à la valeur d’usage sans que la forme apparaisse comme une réponse à la fonction» et d'autre part «d'échapper à cette normalité tout en intervenant dans le respect des règles du marché».

«Il ne s’agit pas dans cette démarche de synthétiser les éléments de la réalité dans une composition formelle, mais de mettre au point une stratégie appuyée sur l’exploration et l’articulation des informations et de rendre visible ce processus dans la production de la forme. Nous tentons ainsi de définir le projet en termes d’actions et de relations et de le fonder sur l’analyse dynamique d’une réalité et de son évolution. Il ne s’agit pas ici de définir un concept et de le décliner dans ses différents aspects mais de configurer les éléments de la réalité qui donneront d’eux-mêmes naissance au processus définissant tant la structure constructive que l’organisation des espaces ou le choix des matériaux», explique-t-il.

«L’esthétique du projet réside dans le résultat du processus de conception et non dans un a priori formel. Telle est la perspective dans laquelle tend à évoluer notre travail et que nous avons tenté de mettre en oeuvre dans ce projet».

Christophe Leray

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 13 mai 2007.

04(@takiikarchitectures).jpgDescription du projet par Jean-Julien Simonot.

Notre projet est constitué d’une série de bandes parallèles structurées suivant un axe est-ouest. Chacune de ces bandes présente un caractère particulier et répond à un élément du programme. Cette répartition spatiale permet de clairement différencier les espaces et de créer une transition entre les logements et les ateliers. Le caractère propre à chaque volume construit vient souligner cette organisation.

Deux entrées distinctes peintes dans le même vert, l’une au nord rue Bel-air, l’autre au sud sur la voie piétonne permettent d’accéder respectivement aux logements et aux ateliers. Ces deux accès se font faces et sont reliés par un cheminement piéton nord-sud intérieur à la résidence.

Au nord de la parcelle, A l’angle des rues Henry Schmitt et Bel-air: les logements. L’accès piéton aux logements se fait depuis la rue du Bel-air en passant sous le volume construit.

En face, vers le sud, on aperçoit les ateliers. A gauche, vers l’ouest, un hall d’entrée ayant une façade vitrée constituée de châssis en aluminium (les même que ceux des ateliers) communique avec une cage d’escalier, éclairée naturellement, desservant l’ensemble des appartements. Composé de 9 logements (6 F3 et 3 F2), ce bâtiment épouse la forme de la parcelle en marquant l’angle des rues Bel-air et Henry Schmitt. Ce volume peint en gris clair (finition granitée, aspect brossé) semble ponctuellement avoir été creusé.

Ces creux sont en béton lazuré de couleur gris foncé au droit des balcons, le creux correspondant à la cage d’escalier est peint en vert. La signalétique est constituée de grandes lettres noires peintes directement sur les murs verts. L’ensemble des menuiseries est en PVC.

Les logements de type F2 donnant sur la rue Henry Schmitt sont surélevés d’un demi niveau par rapport à la rue. Les autres, de type F3, sont soit situés au-dessus des locaux communs du RDC, soit largement ouvert vers le sud. On minimise ainsi toutes les vues directes depuis la rue vers l’intérieur des logements; l’intimité des locataires est préservée. Le F3 du RDC est accessible aux handicapés.

Tous les appartements ont une double orientation et un balcon. Certaines cuisines sont ouvertes sur les séjours par l’intermédiaire d’un bar, d’autres sont clairement dissociées. La diversité des typologies proposées permet de répondre aux différents modes de vie actuels.

05(@takiikarchitectures)_B.jpgL’espace de transition extérieur entre logements et ateliers

Un espace de transition est ménagé entre les logements et les ateliers; il permet de créer des transparences et des points de vue depuis les rues Henri Schmitt et Bel-Air. Il est lui même composé de trois bandes matérialisées par des usages et des revêtements de sol différents

- La première, le long des logements, est une bande engazonnée plantée de quelques arbres; elle s’étend depuis la rue Henri Schmitt jusqu’à la rue Bel-air. Les locataires pourront se l’approprier pour en faire un espace de vie. A l’est, une zone en ‘Evergreen’, délimitée par des plots en béton, permet l’accès, depuis la rue Henri Schmitt, de petits véhicules de livraison destinés aux ateliers.
- La seconde bande est en béton balayé et relie les ateliers entre eux.
- La troisième, également en béton balayé, regroupe les espaces privatifs extérieurs des ateliers du RDC.

Au sud de la parcelle, le long de la future voie piétonne : les ateliers

Les ateliers (tous identiques, en double hauteur, de 50.50 m² (38.00 m² + 12.50 m² mezzanine partielle) sont scindés en deux groupes ; un premier, à l’est, est constitué de deux ateliers de plain-pied et un second, à l’ouest, rassemble 10 ateliers dont 5 sont de plain-pied et 5 sont en étage.

Ces deux volumes sont séparés par une faille peinte en verte depuis laquelle on accède, par un escalier, aux ateliers du R+1. La situation en étage de certains ateliers est rendue possible par l’évolution des productions artistiques contemporaines et des médias mis en œuvre par les artistes. La photographie, la vidéo, les nouvelles technologies, la mixité des supports sont devenus pratiques courantes et n’imposent plus, comme par le passé, l’obligation d’avoir un accès direct depuis le rez-de-chaussée.

06(@takiikarchitectures)_S.jpgStructurellement très simple, ce bâtiment est constitué de deux volumes parallélépipédiques peints de couleur gris clair (finition granité, aspect brossé dito logements) dans lesquels s’encastrent, côté sud, les mezzanines des ateliers sous la forme de deux longues boîtes en béton lazuré de couleur marron foncé partiellement vitrées.

Cette volumétrie génère deux façades principales aux caractéristiques morphologiques très différentes

- La façade nord côté intérieur est ‘lisse’ et très largement ouverte par de grandes parois vitrées constituées de grands châssis en aluminium aux proportions très étroites. De grands stores intérieurs en screen permettent de préserver l’intimité nécessaire au travail des artistes.
- La façade sud, sur rue, présente plusieurs décrochés. Les avancés des boîtes en béton lazuré par rapport au volume peint de couleur gris clair créent une façade ‘épaisse’ et vivante. Tout en étant ouverte, elle ne permet pas de vues directes à l’intérieur des ateliers depuis la rue.

Tous les ateliers sont traversant, bénéficient d’une grande hauteur sous plafond (4m minimum), d’une mezzanine et d’un WC.

07(@PhilippeAyrault)_S.jpgLes ateliers du RDC bénéficient d’un double accès ; l’un plus privé côté nord depuis l’intérieur de la résidence, l’autre côté sud se fait depuis la rue piétonne par une bande plantée sous le volume en porte-à-faux des mezzanines. Ils sont accessibles aux handicapés. L’accès aux ateliers en étage se fait depuis la façade sud par une coursive située sur le toit d’une des boites en béton lazuré.

Les gens passant sur cette coursive sont visibles depuis l’espace public et contribuent à l’animation de la rue.

Conclusion

Conçu comme l’addition et l’articulation d’un certain nombre de volontés et de nécessités, ce projet tend à établir une certaine conception du rapport entre collectivité et individualisation, entre vie intime et vie publique, et à mettre en oeuvre une certaine organisation des rapports entre la vie privée et la vie professionnelle dans le cadre particulier qui est celui d’une activité de création. Le contexte pris en compte dans toutes ses dimensions, de politique urbaine, économique et culturelle, constitue le ferment de ce projet.

08(@PhilippeAyrault).jpgFiche technique

Lieu : 18 rue du Bel-air (Cité du Bel-air) - 93100 Montreuil
Livraison en avril 2007
Maîtrise d'ouvrage : OPHM (Office Public de l’Habitat Montreuillois)
Maîtrise d'oeuvre : TAKTIK architectures (Jean-Julien Simonot, architecte)
Programme : 9 logements sociaux et 12 ateliers d’artistes
Surface totale (9 logements +12 ateliers) : 1464 m² (SHON)
Surface 9 logements : 709 m² (SHON)
Surface 12 ateliers : 755 m² (SHON)
Coût total : 1.500.000 Euro HT

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