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Australie | En Tasmanie, l'architecture laissée pour compte ? (16-05-2012)

Dans un article paru le 30 avril 2012 dans The Mercury, quotidien publié à Hobart, capitale de la Tasmanie, le journaliste Greg Barns souligne l’importance de l’architecture et du design en matière de croissance économique. A l'occasion, il fustige la politique d’un gouvernement fédéral lequel, écrit-il, ne prend pas «suffisamment au sérieux» ces deux disciplines.  

Urbanisme et aménagement du territoire | Australie

Contexte
Etat australien situé à 240km de la côte sud-est de l'île principale de l'Australie, la Tasmanie est l'un des six états formant la Fédération Australienne.
Dans le cadre d’une politique de renouvellement urbain et de protection du patrimoine, le gouvernement tasmanien a décidé, en 2008, de la création d’un poste d’architecte d’Etat.
Selon James Jones, président du RAIA (Royal Australian Institute of Architects) tasmanien, le rôle de ce 'Government Architect' est notamment d’assurer la qualité des réalisations tant publiques que privées ainsi qu’aider à créer une politique «intégrée» de l’environnement bâti.
Greg Barns, journaliste au Mercury d’Hobart, note que ce rôle fondamental est pour autant remis en question par les élus eux-mêmes. Il est de ces contrées lointaines où l’architecture cherche encore sa légitimité.
EB

LES GRANDS PROJETS INSPIRENT
Greg Barns | The Mercury

HOBART - Ces jours-ci, les élus tasmaniens discourent à n’en plus finir à propos de la nécessité pour l’Etat de stimuler les industries créatives.

Mais quand il s’agit d’architecture et de design, deux des plus importants contributeurs à la croissance économique et sociale de la Tasmanie du XXIe siècle, la rhétorique sonne creux.

Car, à moins de reconnaître que l’architecture et le design de qualité ne sont pas des luxes mais les conditions sine qua non d’une société désirant prospérer, alors les vains propos persisteront.

Oliver Kraetzer, président du Design Institute of Australia, souligne que le monde des affaires comme le gouvernement «doivent comprendre que le design n’est ni complaisant ni superficiel ni une simple tendance mais une discipline composant un véritable levier en matière de croissance industrielle».

Il a raison. Il y a, par exemple, pléthore d’études confirmant que la qualité architecturale des équipements scolaires améliore les conditions d’enseignement comme d’apprentissage.

Plus généralement, l’impératif d’accroissement de la productivité au travail trouve sa solution dans l’architecture et le design.

02(@RusailaBazlamit)_S.jpgLa configuration du lieu de travail est l’un des trois principaux facteurs affectant la performance et la satisfaction des salariés. Les bureaux perçus comme 'haut de gamme' attirent et retiennent les employés autant que les clients.

Bref, un espace de travail agréable favorise la créativité. Ainsi que l’a souligné l’architecte californienne Elisa Garcia, la productivité augmente d’environ 20% grâce à des bureaux bien dessinés.

Etant donné les faibles taux de productivité des Tasmaniens et le faible niveau du système éducatif, d’aucuns pourraient penser que les leaders politiques s’emploient à ce que l’architecture et le design soient davantage pris au sérieux. Malheureusement, ce n’est pas le cas pour l’instant.

Par exemple, il est question de supprimer le poste d’architecte d’Etat (Government Architect) ; or, son rôle est comparable à celui du préfet anti-discrimination (Anti-Discrimination Commissioner).

L’un et l’autre sont des institutions indépendantes cadrant nos actions. L’un et l’autre nous éduquent - et nous bousculent si nécessaire - afin que nous choisissions les meilleures alternatives possibles.

Ironiquement, alors que le parti libéral de Tasmanie a condamné l’idée d’un architecte d’Etat, les gouvernements libéraux des états de Victoria et de Nouvelles-Galles du Sud (New South Wales) l’ont, au contraire, adopté sans réserve.

D’ailleurs, il y a un an, en octobre, le chef du gouvernement Victorien Ted Baillieu, architecte de profession, a promu le bureau de l’architecte d’Etat (Office of Government Architect) afin qu’il «puisse conseiller plus ouvertement et plus franchement sur des sujets ayant trait à la qualité en matière de conception afin de devenir plus visible et autonome dans son rôle d’avocat et conseiller».

Autrement dit, un architecte d’Etat aide non seulement le gouvernement mais aussi le secteur privé à reconnaître l’importance des aspects économique et social d’une conception de qualité dans le cadre de la construction de bureaux et d’équipements.

03(@AnnasPhotos)_S.jpgCela encourage en retour le développement de l’industrie locale en matière de design et d’architecture en Tasmanie.

Le deuxième échec des leaders politique et des législateurs tasmaniens concernant l’architecture et le design est celui des opportunités ratées.

La ville d’Hobart fait actuellement l’objet de quatre projets publics majeurs : le projet de 'Parliament Square', celui du 'Tasmanian Museum and Art Gallery', le 'Menzies Institute' et le 'Hobart Hospital'.

Or, seuls deux architectes sont en charge de ces projets : l’agence FJMT (Francis-Jones Morehen Thorp) de Sydney chapeaute le projet de 'Parliament Square' et du TMAG et l’agence Lyons Architects de Melbourne est chargée des projets 'Menzies' et 'Hobart Hospital'.

Pourquoi donc un gouvernement choisit-il de confier des projets d’envergure à un duopole ?

Pourquoi ignorer le bénéfice inhérent à la diversité qui serait obtenu en désignant différentes agences en charge de chaque projet ?

Cette diversité présenterait un autre avantage, celui d’augmenter les opportunités pour des agences tasmaniennes de gagner des projets.

S’il revient bien sûr à celui qui fournit le meilleur rapport qualité-prix de remporter un appel d’offres, quel que soit son lieu d’implantation, plus il y a d’appels d’offres, plus le champ d’opportunités est vaste pour les architectes tasmaniens.

04(@Wikiian)_S.jpgIl faut en effet noter que l’ironie des industries de l’architecture et du design tasmaniens est qu’elles s'exportent avec succès et qu’il y a des agences faisant l’essentiel de leur chiffre d’affaires en dehors de leurs pays.

Par exemple, l’architecte Elvio Brianese ou les agences Peta Heffernans Liminal Studio et Terroir, dont le siège se situe à Hobart malgré une renommée internationale.

Sans doute, les responsables des appels d’offres rétorqueraient à cela que les agences d’architecture locales restent les associés privilégiés des agences internationales.

Mais, ainsi que l’a souligné Peta Heffernan dans un article pour l’Université de Tasmanie l’année dernière, ces partenariats aboutissent souvent «au simple usage des bureaux des agences locales par les praticiens installés ailleurs».

Il serait préférable pour le gouvernement tasmanien, quand il élabore ces appels d’offres, d’insister sur le fait que les partenariats entre les agences internationales et locales doivent consister en de véritables collaborations car cela assurerait une véritable contribution en matière de connaissance du contexte local.

L’architecture et le design sont des composants critiques de l’avenir de la Tasmanie et nous devrions tous y porter de l’intérêt.

Nous ne pouvons plus nous permettre le contraire.

Greg Barns | The Mercury | Tasmanie, Australie
30-04-2012
Adapté par : Emmanuelle Borne

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