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Enquête | Bains des Docks, un bouillon pour Jean Nouvel ? (29-02-2012)

L’A29, départ Saint-Quentin, arrivée le Havre. En octobre 2011, la Communauté d’Agglomération du port normand organisait une visite de presse faisant étape, entre autres, aux Bains des Docks. Une occasion de (re)découvrir l’oeuvre remarquée de Jean Nouvel, d’autant plus remarquée que son état, critique, laisse à désirer. Explications.

Bâtiments Publics | Sport | Le Havre | Jean Nouvel

D’aucuns peuvent alors constater l’état dans lequel l’équipement se trouve à peine trois ans après son inauguration, le 17 juillet 2008. Mosaïques décollées, peintures écaillées, cubes en mousse défaits et murs fissurés caractérisent les lieux.

Les dégâts ne sont pas circonscrits et se retrouvent tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du centre aquatique. Un désastre !

Quid des malfaçons ?

A ce jour, plusieurs procédures sont en cours tant au tribunal administratif qu’au tribunal de commerce. Une expertise a été lancée et devrait bientôt rendre ses conclusions.

Jean Moulin, 12e vice-président de la Communauté d’Agglomération, maître d’ouvrage, précise dans la délibération du Conseil Communautaire du 17 mars 2011 que «cette recherche d’expert et les frais éventuels font partie du référé que nous avons engagé. Il ne s’agit en aucun cas d’une dépense a priori pour la collectivité, mais bien d’une avance qui sera ensuite collationnée dans l’ensemble des frais, pour lesquels la CODAH demandera réparation».

Edouard Philippe, président de la Communauté d’Agglomération rappelle dans ce même document que «les Bains des Docks souffrent de désordres qui ont été constatés après sa mise en oeuvre».

«Trois semaines après l’ouverture, nous avions déjà remarqué des phénomènes de fissuration», constate-t-on aux Ateliers Jean Nouvel.

Pour Pierre Crochelet, architecte économiste de la célèbre agence parisienne, les causes de ces dysfonctionnements sont encore «débattues».

02(@JPHH)_B.JPG «Pour les mosaïques, nous avons démontré qu’il s’agit d’un problème de qualité, tant du point de vue du matériau que de la colle utilisée», souligne-t-il. «Nous avons passé six mois à choisir une mosaïque pour arriver, in fine, à une impasse», poursuit-il.

De fait, les choix ont dû être précipités et l’enquête en cours révèle d’ores et déjà que les 12.000m² de mosaïque en pâte de verre ont été fabriqués et livrés en trois semaines seulement.

«Les fournisseurs achètent chez des fabricants que nous ne connaissons pas», assure l’économiste. Le contrôle qualité s’en est retrouvé limité. Quelle était l’urgence ?

Si chacun «tire son bout de gras», l’entreprise mandataire, Quille, filiale de Bouygues, s’en retourne contre ses sous-traitants. Contactée, l’entreprise n’a, à ce sujet, «aucune information officielle ni officieuse à communiquer».

«La procédure prend de l’ampleur», confie-t-on chez AJN.

03(@JPHH)_B.JPGAutre dommage, les peintures. 

Si l’expertise n’en a pas encore déterminée les causes, Pierre Crochelet rappelle l’importance des verrières dans le projet et, par conséquent, des ponts thermiques. 

«La condensation s’opère sur les bords des verrières et ruisselle derrière les habillages et à travers les peintures», soutient-il.

ARCORA, équipe d'ingénierie de conception et de développement de structures et enveloppes de bâtiment, a été pour ce projet le bureau spécialisé ayant supervisé la mise en oeuvre des verrières.

Si Vincent Morael, directeur d’ARCORA, ne souhaite pas s’exprimer sur le sujet tant que l’expertise n’a pas livré ses conclusions, il souligne néanmoins que «tous les acteurs sont à ce jour mis en cause».

«Ce n’est pas à la gloire ni des architectes ni des entreprises qui sont appelés à construire des piscines, mais il est malheureusement de notoriété publique que la construction de piscines, quel que soit l’architecte, quelle que soit l’entreprise et quelle que soit la nature du projet de piscine, donne très souvent lieu, s’agissant des piscines publiques, à des malfaçons, à des désordres, car c’est un objet difficile à construire», prévient Edouard Philippe.

«Pour vous faire part d’une expérience toute personnelle, j’ai commencé ma carrière professionnelle en tant que juge et les premiers dossiers dont je me suis occupé concernaient les piscines Caneton. Ce sont de belles piscines, simples, construites dans les années 70 et qui, à la fin des années 90, faisaient l’objet de contentieux absolument abominables, partout en France, liés aux désordres apparus juste après la livraison des biens. C’est malheureusement classique. Cela n’excuse rien, mais je dis simplement que ce n’est pas propre à cette piscine et que ce n’est pas non plus propre aux trois piscines qui ont été construites par l’agglomération havraise. Pardon pour cette référence personnelle, mais j’ai un souvenir cuisant de ces dossiers», se défend-il.

N’empêche, la question demeure : quid d’un savoir-faire ?

Pour rappel, l’équipement, estimé à 22,3 millions d’euros, a été cofinancé principalement par la CODAH (15,9M€), la Région Haute-Normandie (2,6M€) et la Ville du Havre (1,3M€).

Jean-Philippe Hugron

Réactions

dam | 09-12-2013 à 14:35:00

oui

jacques COUACAULT | ingénieur Expert piscines | 08-05-2012 à 00:27:00

ne jetez pas la "mosaique" dans le jardin de votre voisin...
lesouvrages de piscines ne sont pas compliqués mais presque tous complexes.les causes multifactorielles de potentialité de désordre se chevauchent souvent et rendent ce type de réalisation quelquefois perilleuse sans une exigence et un contrôle de tous les instants , celà va quelquefois avec les impératifs économiques et de planifications des intervenants.
Ces complexités font de la réalisation d'ouvrages de psicine, une vraie spécificité fine qu'il faut aborder avec les moyens ad hoc

Isa | Archi | IDF | 04-03-2012 à 16:44:00

De la main d'oeuvre à moindre prix, des matériaux les moins chers du marché, les maîtres d'ouvrages qui commandent tout qui font la pluie et le beau temps.......... Si l'architecte n'a pas la responsabilité totale, quid de l'éthique dans tout ça?

LianeZoppas | archi | Shanghai | 04-03-2012 à 03:43:00

Et pourtant les municipalités savait construire des piscines - bien conçues et avec des bons matériaux - il y a une centaine d'années. Voir l’histoire des Bains – centenaires et encore municipaux – de Strasbourg…
Ce savoir-faire n’a pas pu se perdre : les raisons de l’échec sont ailleurs et Jean Nouvel, le premier, doit le savoir.
Et que les politiques arrêtent de clamer l’impossibilité de faire de l’architecture de qualité en dehors du privé ! Il ne manquait plus que cela, pour clore le débat. Ah, si toute transparence pouvait se faire dans les eaux du procès de cette magnifique piscine…

sun7 | archi | paris | 01-03-2012 à 23:11:00

Il y a vraiment une crise des élites dans ce pays...

coco ligne d'eau | observateur aquatique | France appliquée | 01-03-2012 à 10:50:00

Faut-il être necessairement architecte pour prétendre au Pritzker ?

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