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Visite | Aqualude, un bâtiment-paysage signé Search (07-12-2011)

Livré en décembre 2011 à Mantes-La-Jolie (78) par Caroline Barat et Thomas Dubuisson (agence Search), le volume ondulé et vitré de la piscine Aqualude vise «à ramener» le vaste paysage des coteaux du Vexin dans le quartier de grands ensembles du Val Fourré. Cerise sur le gâteau, les courbes de la toiture sont entièrement végétalisées.

Bâtiments Publics | Yvelines | Agence Search

«S’ouvrir sur le grand paysage». Quand, lors du concours en 2005, Caroline Barat et Thomas Dubuisson découvrent pour la première fois le site du futur centre aquatique programmé par la Camy (Communauté d’Agglomération de Mantes en Yvelines) au sein de la commune de Mantes-La-Jolie, face aux Coteaux du Vexin, les jeunes architectes n’ont pas l’ombre d’une hésitation. «Nous venions nous promener régulièrement dans les coteaux. Face à un site aussi puissant, il fallait s’ouvrir sur le panorama et 'ramener' les coteaux dans le quartier».

Groupe bleu, groupe vert, chaque associé guide environ soixante-dix personnes à l’occasion d’une première visite organisée par le maître d’ouvrage le 30 novembre dernier. Implanté au bout du boulevard Sully traversant le quartier du Val Fourré, en bord de Seine, le long du bassin du Stade Nautique International Didier-Simon, l’équipement s’organise autour d’un parvis. A l’est, le centre aquatique prénommé Aqualude ; à l’ouest, Aquanaute, bâtiment dédié aux pratiques de l’aviron et du canoë-kayak, composé d’un sous-sol réservé au stockage des bateaux et d’un étage d’observation.

Direction la piscine, un volume ondulé à l’image du relief naturel. C’est-à-dire «un bâtiment paysage». A l’aspect iconique, une fonction indicielle. Pour 'ramener' les coteaux du Vexin dans le site, Caroline Barat et Thomas Dubuisson ont non seulement recouvert ces ondulations de 4.500m² de toiture végétalisée mais ils ont créé, au nord, un solarium composé de surfaces plantées aux courbes faisant écho à celles des coteaux. Enfin, pour donner à voir le grand paysage, de grandes baies vitrées composent la façade nord de l’équipement.

Côté ville, au sud, un moucharabieh composé de tôles cintrées «forme un filtre entre l’urbain et le paysage ; ainsi, dès qu’on en franchit le seuil, on est dans un autre univers», explique Thomas Dubuisson.

Effectivement, dès l’entrée, le contexte urbain s’efface au profit du paysage grâce à une succession de surfaces vitrées donnant à voir les bassins et, en deuxième plan, les coteaux du Vexin. Une mise en bouche.

Ne pas se fier aux volumes mouvementés. Ayant à coeur de privilégier l’usage, les architectes ont conçu «un plan orthogonal des plus simples». D’où «des interfaces complexes».

«En fait, le bâtiment est une grande toiture végétalisée sous laquelle nous avons inséré des fonctionnalités», précise Thomas Dubuisson. Au centre, les vestiaires surmontés de bureaux et d’une salle de sport forment «un monolithe sous la toiture» alors que les espaces réservés aux bassins (au nord) et aux circulations (le long de la façade sud) se déploient d’un seul tenant sous les ondulations. Une façon «de créer un bâtiment aéré».

«L’idée principale était d’offrir un jeu de transparence partout dans le bâtiment», précise l’architecte. Pour qui a l’habitude des sombres cabines de piscines municipales, d’apprécier la lumière naturelle baignant les vestiaires d’Aqualude, accessibles 'en peigne' via la circulation du rez-de-chaussée. De fait, le moucharabieh suivant les courbes de la façade sud, vitrée, remplit, outre un rôle de filtre urbain, celui de brise-soleil. En fait, d’une résille trois fonctions puisqu’elle préserve également l’intimité des utilisateurs. «Voir sans être vu», résume Thomas Dubuisson.

Accueillant salle de sports et bureaux, l’étage du 'monolithe', accessible via un escalier longeant la face intérieure sud du bâtiment, est paré, côté bassins, de baies vitrées donnant sur l’espace piscine. Les architectes ont usé là du même jeu de transparences qu’à l’entrée. Progressivement, le grand paysage se fait plus prégnant.

C’est une fois passé la zone des vestiaires, laquelle débouche directement sur les bassins, que s’incarne pleinement l’intention de Caroline Barat et Thomas Dubuisson. Piscine semi-olympique, bassin ludique (comprenant notamment des geysers et une 'boule à vagues') et pataugeoire se déploient derrière des baies vitrées toute hauteur dégageant la vue sur les coteaux.

«S’élevant jusqu’à quatorze mètres de haut, les baies vitrées sont dénuées de traverses horizontales pour agrémenter plus encore la vue», pointe Thomas Dubuisson. Prolongeant ces surfaces, les ondulations du plafond forment «des coques» au-dessus de chaque bassin. «S’il était important de dessiner une halle unitaire, nous voulions en revanche distinguer les différentes activités grâce aux ondulations de la couverture», explique l’architecte.

Bref, à vue saisissante, imposant volume. A ce titre, bardé en partie de feuilles de bois plaquées à l’extérieur, conjuguant ossature en bois clair pour les traverses des façades intérieures et acier blanc et noir pour la structure du toit, sans oublier les tons bleu, gris et blanc tapissant le sol, le bâtiment ne pouvait-il faire l’économie des matériaux et des couleurs ?

En tout cas, Caroline Barat et Thomas Dubuisson ont remporté leur pari d’un «bâtiment-paysage», issu... du tout premier concours remporté par Search.

«Ce bâtiment nous a habité pendant six ans. Nous voulons le voir habité à son tour. Nous serons là, à l’ouverture, parmi les autres baigneurs», assure Caroline Barat. Les enfants du couple à la vie comme à la ville profiteront sans doute de la pataugeoire, aux pavés formant une mappemonde. Un clin d’oeil. «Nous voulions un bâtiment citoyen», souligne l’architecte.

Autrement dit, «un équipement de qualité» en lieu et place de trois tours d’habitations, symbolisant le renouveau d’un quartier autrefois classé ZUP.

Emmanuelle Borne

Fiche technique

Programme : Pôle nautique
Site : Mantes La Jolie (78)
Dates : concours : 2005 - livraison : novembre 2011
SHON : 7.000m²
Montant des travaux : 20M euros HT
Maître d’ouvrage : Camy (Communauté d’Agglomération de Mantes en Yvelines)

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sasa10 | f | 05-03-2015 à 10:17:00

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