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Cahier Spécial - Finale Batimat - Mercredi 16 novembre

Présentation | M. Gautrand réanime la Gaîté Lyrique (16-11-2011)

Invitée à Batimat pour présenter la reconversion de l’ancien théâtre de la Gaîté Lyrique en espace dédié aux cultures numériques, inauguré en mars 2011, l’architecte Manuelle Gautrand parle d’un bâtiment «dans le coma depuis quatorze années» lorsqu’elle le découvrit. Son enjeu : réanimer l’endroit en créant un lieu «qui définisse sans tout prédéfinir».

Reconversion | Batimat | Bâtiments Publics | Culture | 75003 | Manuelle Gautrand

Le projet s’est organisé autour de plusieurs grands principes qui l’ont structuré :

Un principe structurel et phonique de «boites dans la boite»

Le projet est aussi - et même avant tout - un projet très technique : permettre à tous ces enjeux architecturaux et programmatiques de prendre forme a nécessité tout d‘abord la création d’un projet technique très complexe.

Tout d’abord, nous avons créé une très forte protection sonore vis-à-vis de l’environnement du bâtiment, composé par plus d’une centaine de logements quasi mitoyens à notre volume bâti. Le projet est conçu avec un principe de «boites dans la boite», à l’image des poupées russes, qui isolent progressivement les différents espaces, jusqu’à envelopper en son coeur les trois espaces les plus «sonores», dont la grande salle.

Ce sont ainsi trois enveloppes successives qui s’imbriquent les unes dans les autres pour fabriquer une isolation acoustique de plus en plus performante lorsqu’on va vers le centre du bâtiment.

Entre les deux premières enveloppes se situent tous les espaces servants du projet, dont les circulations verticales.

Il y avait de telles envies dans notre projet et de telles ambitions de montrer et de faire partager ces nouvelle pratiques artistiques, que les mètres carrés de notre programme ne «rentraient» pas dans le volume bâti existant... Le projet s’est donc mis en place autour d’un principe de «foisonnement  des fonctions», permettant à chacune de se développer parfois au détriment de l’autre, pour une certaine période...

L’architecture du projet s’est mise au diapason de ces mutations possibles et de cette grande flexibilité nécessaire. Le choix s’est par exemple très vite porté sur la création de circulations verticales uniquement fonctionnelles et non pas «d’apparat» ; aucun escalier ne vient couper les espaces des plateaux, sauf celui disposé entre le rez-de-chaussée et le premier étage. Tous les autres plateaux sont d’une taille maximum, permettant justement le déploiement total et sans obstacles des publics, des artistes et des oeuvres...

Une fois ces éléments d’accompagnement rationalisés et ces deux premières enveloppes phoniques réalisées, le projet s’est développé autour de deux types d’espaces :

Des lieux de présentation

Ce sont les trois volumes majeurs de présentation du projet, qui sont situés au coeur du bâtiment : la grande salle, la petite salle et l’auditorium.

Les lieux de création et de diffusion qu’ils délimitent peuvent se plier, dans des proportions différentes, à toutes les mises en son, en image ou en scène. La grande et la petite salle sont conçues là encore comme des doubles enveloppes, définissant des lieux non orientés ne prédéterminant pas le rapport acteur-spectateur et autorisant ainsi de nouvelles formes d’expérimentation.

02(@ManuelleGautrandArchitecture)_B.jpgLa grande salle permet plusieurs principes de rapport public / artistes : équipée de gradins télescopiques, elle peut accueillir 308 places assises ou bien 150 places assises et 400 à 500 places debout, en milieu de salle. Les gradins peuvent être également totalement repliés sur le coté, laissant ainsi le volume entier dédié au public et aux artistes, soit environ 750 places debout. Dans ce cas, elle est non orientée, permettant tout type de spectacle et toute forme de scène.

Les faces latérales suivent ces différentes installations de scènes et de publics : un principe d’écrans blancs fixés à chaque niveau de passerelle peut être le support de nombreuses projections, sur toute ou partie des parois.

Quatre immenses écrans polichinelles, de la taille des parois, peuvent également être fixés sur les quatre faces de la salle et, par leur grande surface, permettre l’immersion totale du public. La salle peut être plongée dans le noir lorsque les écrans sont repliés ou bien plongée dans un univers de projections lorsque les écrans sont déployés.

Coté extérieur, elle est revêtue de panneaux en miroir qui la rende visible et repérable et qui créent un jeu de reflets certainement propice à des oeuvres d’art...

La petite salle est un lieu plus intime, qui peut venir compléter les espaces d’exposition ou bien vivre de manière indépendante pour une installation sonore et visuelle particulière. Elle est un espace totalement non orienté. Les parois latérales sont démontables, le sol est constitué de plateaux eux aussi mobiles, qui peuvent être fixés à différentes hauteurs, pour fabriquer différentes scènes, estrades, gradins... Cet espace joue sur des tons de gris, pour se prêter plus délicatement aux installations des artistes.

L’auditorium, un petit écrin tout de jaune vêtu, possède 130 places assises fixes, une régie de projection avec un écran de cinq mètres en bas de salle. Relié aux niveaux -1 et rez-de-chaussée, il peut s’envisager parfois comme un lieu à part, détaché des autres espaces du projet et accessible directement depuis la rue Papin.

03(@VincentFillon)_B.jpgLes espaces de respiration

Autour de ces contours structurants dans le projet, le programme est constitué d’espaces plus flexibles qui nécessitent une certaine permissivité ; il s’agit entre autres de l’accueil, des expositions, du café, des foyers, du centre de ressources, de l’espace de jeux vidéo, des lieux dédiés aux artistes...

Nous avons estimé qu’aucun de ces espaces ne peut rester figé. Il doit pouvoir évoluer dans le temps, changer d’ambiance et de fonction, être le plus flexible possible.

Les expositions doivent pouvoir aller à l’assaut du centre de ressources pour célébrer un artiste particulièrement prolifique, le centre de ressources doit pouvoir s’échapper de ses limites, se diluer dans l’ensemble du bâtiment et ainsi être consultable depuis l’ensemble des autres espaces, les foyers doivent pouvoir se déplacer en fonction de la vie des salles et des spectacles et quelques artistes, pourquoi pas, pourraient s’approprier l’ensemble du bâtiment pour leur travail sur une oeuvre géante et dévorante...

En fonction de la programmation, les loges des artistes doivent pouvoir se mouvoir du niveau 2 vers le niveau 4, l’administration et ses bureaux mobiles doivent pouvoir se déplacer en fonction des besoins du moment... et les «cafés» également mobiles doivent pouvoir désaltérer là où on en a besoin...

Ainsi, ces espaces de respiration sont constitués, par complémentarité aux «boites de présentation», de plateaux libres qui se glissent entre les niveaux existants, suivant un long 'continuum' de surfaces où les éléments du programme peuvent se mouvoir, se rencontrer, se mixer ou, au contraire, se cloisonner.

Ces plateaux sont identiques d’un niveau à l’autre et possèdent des plafonds 'techniques' permettant toutes ces flexibilités évoquées plus haut : ils peuvent devenir, entre autres et sur tous les niveaux, de véritables lieux d’expositions et d’installations où que l’on soit dans le bâtiment et se prêter à toutes les autres fonctions.

Les «éclaireuses»

Sur ce terrain de jeu ainsi défini, il restait à trouver la vraie mobilité, celle qui permettra ce renouvellement évoqué plus haut : nous avons imaginé de petits modules mobiles, que nous avons appelé des «éclaireuses», avec l’idée qu’elles amènent la vie et complètent les fonctions sur chaque niveau. Ces petits modules, concentrés de techniques, sont dédiés aux artistes ou au public, à la création ou à la présentation ; ils permettent de fabriquer puis dé-fabriquer une multitude de scénographies au rythme de la vie du lieu...

Ainsi, tantôt loges, bureaux, annexes techniques, résidences d’artistes, espaces dédiés à des installations, dédiés aux chercheurs dans le centre de ressources, elles permettent de rendre réversibles et de mettre à jour continuellement les espaces de respiration.

Des petits mobiliers qui se promènent... et accompagnent les publics

Ces petits mobiliers s’attachent en grappes pour former des assises, quelques banques d’accueil, quelques bars... Ils s’égrènent le long des lieux publics pour les accompagner et, habillés de résine translucide, ils offrent de petits compléments lumineux dans certains espaces lorsqu’ils seront investis par des oeuvres numériques nécessitant un peu de pénombre. Leur forme en dodécaèdre leur permet de multiples assemblages en grappes.

Ils se sont également échappés dans le foyer historique où, en complément d’une restauration méticuleuse et précieuse des magnifiques décors historiques, ils créent une mise en résonance de ces décors avec notre époque.

Manuelle Gautrand

04(@PhilippeRuault)_B.jpgFiche technique

Projet : reconversion de l’ancien théâtre de la Gaîté Lyrique en espace dédié aux cultures numériques ; Square Papin, Paris 3e arrondissement
Surface totale Shon : 9.500m² ; Grande salle : 300 places assises / 750 places debout, petite salle : 100 places, auditorium : 130 places
Montant des travaux : environ 63 millions d’euros TTC
Dates : 2002 : concours ; 2003-2007 : études ; 2007-2010 : chantier ; octobre 2010 : livraison ; mars 2011 : inauguration.

Maître d’ouvrage : Ville de Paris. La Gaîté Lyrique est un établissement culturel de la Ville de Paris. L’exploitation en est assurée, dans le cadre d’une Délégation de Service Public (DSP) par la société de la Gaité Lyrique, détenue par trois actionnaires : Naïve, le Troisième Pôle et Inéo. La direction est assurée par Jérôme Delormas

Architecte : Manuelle Gautrand Architecture - Manuelle Gautrand, architecte mandataire ; équipe projet phase chantier : Laurent Hernandez (chef de projet) François Terrier, Valérie de Vincelles, Cédric Martenot ; équipe projet phase études : Frédéric Arnoult (chef de projet), Marie Duval, Christophe Régnier.

Equipe de maîtrise d’oeuvre : Architecte du Patrimoine : Régis Grima ; Ingénierie Scénique : Jean-Paul Chabert ; Ingénierie Acoustique : Lamoureux ; Ingénierie bâtiment : Iosis ; Ingénierie multimédia - VDI : Labeyrie & Ass. ; Sécurité incendie : Casso ; Signalétique : Nicolas Vrignault ; Economie : LTA (phases études), Vanguard (phase chantier).

Autres intervenants : Consultants musiques actuelles et arts numériques : Isabelle Chaigne et Mathieu Marguerin ; Consultants programmation : Pro-Développement ; OPC : Cicad ; Contrôle technique : Véritas.

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