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Liban | Héritage de Beyrouth : SOA entre l'histoire et la pierre (01-06-2011)

Dans un article publié le 3 mai 2011 sur 'Iloubnan', un portail d’information libanais 'sans parti pris religieux ou politique', Antonin Grégoire souligne l’opposition des habitants du quartier Mar Mikhael à la construction de la tour conçue par l’agence française SOA. Ce ne sont pas tant les architectes ou la tour qui sont concernés que la carence de règles claires en la matière. Reportage.

Tours et gratte-ciel | Beyrouth | SOA Architectes

Contexte 
Conçue il y a deux ans par l’agence d’architecture parisienne SOA architectes, Aya Tower est un projet de 70m de haut dans le quartier historique de Mar Mikhael à Beyrouth.
Malgré l’aval du promoteur et de la maîtrise d’ouvrage locale, l’implantation de la tour est aujourd’hui un sujet de discorde. Pour les protecteurs du patrimoine, cette tour symbolise en effet les lacunes des lois d’urbanisme ; en conséquence, ils demandent au gouvernement plus d’attention envers le patrimoine architectural du pays.
Augustin Rosenstiehl et Pierre Sartoux, les architectes, ont visité six fois le site. L’architecture de mur(s), à Beyrouth, est une histoire. La conception des quatre premiers étages de la tour de SOA en témoigne.
Les travaux sont en cours.
SH

L'ASSOCIATION SAVE BEIRUT HERITAGE REFUSE LA DESTRUCTION DE MAR MIKHAEL
Antonin Grégoire | iloubnan.info

BEYROUTH - L'association Save Beirut Heritage a appris que le projet de la tour Aya Tower à Mar Mikhael, en plus d'avoir entrainé la destruction du cinéma Vendôme, commence à grignoter sur les maisons historiques avoisinantes. L'organisation, dédiée à la protection du patrimoine architectural de Beyrouth, a du coup organisé une manifestation dans l'urgence dimanche 1er mai. Reportage parmi les manifestants.

02(@AntoninGregoire).jpg Du vieux cinéma Vendôme de Beyrouth, il ne reste plus rien. Un énorme trou, l'entrée du 'chantier' bouchée par un énorme bulldozer : le monstre de métal jauni porte une phrase en arabe: «tant qu'on a la permission, ne demandez pas la raison».

Dans le fond, il reste un vieux mur de carrelage blanc sur lequel on peut lire 'Aya Assassins', en référence à Aya Tower, la tour de trente étages de béton et de verre qui doit à terme remplacer le cinéma Vendôme. Le projet, mené par le promoteur immobilier Har properties (appartenant à la famille de Saad Hariri) est en train de sérieusement abîmer les maisons qui se trouvent juste à coté. Ce sont celles-là que tente de sauver l'association Save Beirut Heritage.

«Nous avons organisé une manifestation dans l'urgence lorsqu'on a été informé qu'ils commençaient à détruire les façades, contrairement à ce qu'ils nous avaient affirmé», explique Giorgio, porte parole de l'association. «Je voudrais en profiter pour poser une question à M. Hariri : je voudrais lui demander si un tel projet pourrait se passer à Paris où Hariri a aussi des propriétés. Pourquoi fait-il cela à Beirut, à sa ville, son pays ? Pourquoi ici et pas dans un vieux quartier de Paris ?».

«Beirut n'est pas à vendre !» crie la petite trentaine de manifestants derrière lui. Leur petit nombre ne leur permet pas d'occuper toute la rue.

03(@SOA)_B.jpg Une femme, au volant d’un gros 4x4, voit une place devant le chantier et veut se garer, en plein dans la manifestation. Les manifestants ne se laissent pas faire. Elle tente de pousser, de forcer, de klaxonner, d'argumenter ; impossible de lui faire comprendre que la trentaine de personnes qui défend le patrimoine architectural de Beyrouth est plus importante que cette place de parking. Un policier, gros ventre, sympathique et débonnaire, aide et lui demande d'aller se garer ailleurs.

Lui-même n'est pas du tout concerné par la cause de Save Beirut Heritage, pas vraiment au courant, pas vraiment son sujet mais il semble penser que ce qui se passe va dans le sens du bien commun. Son aide fait chaud au coeur et redonne du courage. La manifestation continue, on avertit, on interpelle, on crie des slogans. Il faut alerter l'opinion sur ce qui se passe.

Et ça marche. Bientôt, un autre 4x4 passe devant, s'arrête, regarde... Et ce conducteur lève le pouce en disant tout simplement «bravo». Il ne sera pas le seul.

04(@SOA)_S.jpg On entend des rumeurs circuler parmi les manifestants. Par exemple que certains promoteurs  n'hésiterait pas à attaquer discrètement les maisons à l'acide, à enlever une tuile ou deux la nuit pour pouvoir ensuite déclarer ces maisons comme insalubre, les détruire et reconstruire dessus.
Ou encore que Solidere se serait exempté de taxe à verser à la municipalité de Beyrouth. Ce serait ainsi plusieurs centaines de millions de dollars que la ville ne recevrait pas. […]

La manifestation est petite. Mais apparemment pas inutile dans sa volonté de sensibiliser les passants à sa cause. De nombreuses personnes sont passées en voiture, ont applaudi et klaxonné pour soutenir le combat et remercier ces activistes de se battre pour le patrimoine de Beyrouth.

Antonin Grégoire | iloubnan.info, Liban
03-05-2011
Recherche : Sipane Hoh

La source : www.iloubnan.info/artetculture/reportage/id/1077/titre/L%27association-Save-Beirut-Heritage-refuse-la-destruction-de-Mar-Mikhael

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