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Présentation | Montréal : de la permanence de l'évènement ou l'urbain selon Daoust-Lestage (27-04-2011)

Substituer aux excès passés une «iconographie du lieu», telle pourrait être l'ambition de l'agence montréalaise Daoust-Lestage. Le Quartier International, le Quartier des Spectacles, la Place Jean-Paul Riopelle, le Square Victoria, sont à Montréal l'opportunité d'explorations historiques et de créations visuelles. Ou quand jeux d'eau et de lumière événementiels deviennent source d’immanence architecturale.

Urbanisme et aménagement du territoire | | Daoust-Lestage

«Les Années 60 : Montréal voit grand». L'intitulé de l'exposition qui s'est tenue de 2004 à 2005 au Centre Canadien d'architecture réveillait le souvenir d'une ambition passée. Depuis, marquée par un modernisme décomplexé, la ville semble s'être assagie même si, du tout automobile, Montréal a conservé des traces tandis que quelques cicatrices peinent à être soignées. Le besoin de plus d'urbanisme et d'urbanité devient prégnant.

C’est dans ce cadre que, en 1988, Renée Daoust et Réal Lestage ont créé leur propre agence, «pour contrer la réflexion en 'silo'». La transdisciplinarité est alors de mise : «nous éprouvons autant de plaisir à penser à l'échelle de l'urbain qu'à concevoir du mobilier», indique, aujourd’hui encore, Renée Daoust, associée et porte-parole occasionnel* de Daoust Lestage inc. En 1997, dans un contexte de crise peu favorable aux jeunes agences, c’est l’audace des deux associés qui allait faire la différence.

«Notamment, dans le cadre du Quartier International de Montréal. Le secteur, situé entre le centre-ville et le vieux Montréal, était complètement déstructuré. Nous voulions en lieu et place de la rupture est/ouest retisser des liens privilégiés», explique l'architecte-urbaniste.

D'un quartier aux allures de mosaïque urbaine, Renée Daoust et Réal Lestage engagent un «travail sur la réminiscence historique». Parmi les lieux à repenser, le Square Victoria. «Nous avons ressorti des éléments de plantations et les fontaines qui caractérisaient le lieu en les réinterprétant de façon contemporaine. Nous ne voulions pas et nous ne voulons pas d'une façon générale stigmatiser une période de l'Histoire», dit-elle au nom de l’agence.

02(@MarcCramer)_S.jpgLa méthode développée pour ce projet reste donc d'actualité. «Fort des enseignements de Melvin Charney à l'université de Montréal, nous avons développé des outils de lecture afin que nous puissions, dans nos projets, faire ressortir en filigrane les traces du passé», explique-t-elle.

Cela écrit, ce projet pour le Quartier International, au début des années 90, ne relevait que de l'ordre de la vision. «Nous sommes allés chercher le plus grand propriétaire foncier - la Caisse de dépôt et placement du Québec - et nous lui avons demandé de devenir le chef d'orchestre de l'opération», résume Renée Daoust.

«Nous avons été chanceux», dit-elle. Voire. Car le projet a séduit et 90 millions de dollars canadiens furent mis sur la table pour rénover tout un quartier.

Depuis sa livraison en 2004, le projet s'est montré exemplaire et se trouve être, pour Montréal, à l'initiative d'un nouveau regard porté sur l'espace public.

Fort de ce succès, l'agence Daoust Lestage inc. poursuit son travail avec le QIM (Quartier International de Montréal), une société à but non lucratif développée à l'époque de l'aménagement du secteur éponyme.

«Autre grande opération de réhabilitation urbaine, le Quartier des Spectacles, nous a été, cette fois-ci, octroyé par la ville de Montréal mais le QIM est resté notre client», précise l'architecte.

Pour ce nouveau défi, l’enjeu était double puisqu’il s'agissait de créer des espaces définis et des places de rassemblement. Ce dessein est l'occasion pour l’agence de préciser encore une fois un travail «par couches : urbaine, paysagère, cinétique et lumière».

03(@MarcCramer)_B.jpgAvec en tête «la célébration du passé» et la révélation «du génie du lieu», les deux associés prônent une intervention contextuelle. Jeu de l'évocation et de l'imagerie, chaque espace thématique propose «une iconographie très forte».

Dans le Quartier des Spectacles, la Place des Festivals, par exemple, propose «une scénographie sur le thème du théâtre», indique l'architecte. Une fontaine interactive projette à la verticale l'eau qui, illuminée en rouge, évoque le grand rideau d'une scène.

Projections et dispositif d'embrumage caractérisent aussi le parterre, autre grand lieu public du Quartier des Spectacles.

Lieu d'un festival de Jazz, entre autres, le site doit par ailleurs convenir pour des usages multiples. Au mode événementiel s'impose autant un mode quotidien. «Nous avons travaillé côté cour et côté jardin», souligne Renée Daoust. La place des Festivals, Janus urbain, offre un double visage : minéral d'un côté, végétal de l'autre.

Les Montréalais se sont désormais appropriés les lieux et l'architecte tient à mettre en exergue le travail du Partenariat du Quartier des Spectacles, organisme créé en 2003 à l'initiative de la ville, dont l’ambition est de mettre en place des événements et de confirmer Montréal en tant que destination culturelle internationale.

A cette programmation événementielle s'oppose le rythme des saisons. Les extrêmes climatiques sont tels que la ville, l'hiver, s'engouffre dans le plus vaste réseau souterrain au monde. Si les jeux d'eau et de brume cessent de la fin de l'automne jusqu'au début du printemps, le site reste, aux dires de ses concepteurs, un lieu de vie. «Depuis deux saisons, un festival hivernal y est organisé et hautement fréquenté», explique Renée Daoust.

04(@MarcCramer)_B.jpgEn tout temps, l'urbain reste support d'éphémère. «Nous nous apercevons qu'au Québec la culture événementielle est reconnue. A l'inverse, peu de place est octroyée à la culture permanente», lance l'architecte. Soulignant le manque d'audace et de qualité architecturales, elle en appelle désormais à la création d'un Ministère de l'Architecture et du design.

«Les institutions n'envisagent pas les retombées économiques de projets architecturaux. Le Quartier International a généré vingt fois plus d'argent qu'il n'en a coûté. Le Quartier des Spectacles est lui aussi un levier financier extraordinaire», indique-t-elle.

Manque de moyens, absences d'outils financiers et politiques pour assurer un entretien adéquat, absence de culture sont au banc des accusés. Mais, puisque prise de conscience urbaine il y eut, il s'agit désormais pour une génération d'architectes de transformer l'essai.

Jean-Philippe Hugron

* Renée Daoust tient à préciser qu’il s'agit «d'une philosophie d'entreprise partagée par mon associé et une équipe formidable. J'en suis aujourd’hui la porte-parole mais tiens à mentionner qu'il s'agit avant tout d'une collaboration ; l'architecture se pratique au pluriel et non au singulier».

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