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Compte-rendu | L'habitat étudiant, un écosystème ? (24-11-2010)

Engagée dans une nouvelle stratégie de développement, la Cité internationale Universitaire de Paris organisait, le 5 novembre dernier, un colloque intitulé Habitat étudiant, un écosystème à inventer. L’occasion de dévoiler les résultats d’une étude comparative et de présenter une réalisation exemplaire, la Bikuben Student Residence. Compte-rendu.

Développement durable | Bâtiments Publics | Education | Monde | aart a/s

Ecosystème : terme désignant l'ensemble des éléments vivants et non vivants qui constituent un milieu naturel et interagissent les uns avec les autres.

Pour les auditeurs du salon Adenauer de la Maison internationale de la Cité U, qui faisait salle comble, le terme ‘écosystème’, appliqué à l’habitat étudiant, était lourd d’expectatives.

En introduction, Sophie Nemoz, post-doctorante au Centre d’études du développement durable (IGEAT, Université libre de Bruxelles), a remonté le fil du temps.

‘Offrir un logement adapté à la population qui quitte le foyer parental’ : l’enjeu existe depuis l’apparition des premières universités, les collèges anglais du XIIIème siècle, «dont l’architecture s’inspire de celle des couvents, avec leur cour gazonnée centrale». Les campus américains du XIXème siècle, alors isolés «de la corruption de la ville», forment l’autre modèle de référence.

En France, «les politiques de logements pour étudiants ont été beaucoup plus vagues». Le premier foyer étudiant français voit le jour à Toulon en 1919 et si la production s’accélère après la guerre, notamment avec la résidence Jean-Zay à Antony (1955), la réalisation française la plus remarquable reste la Cité U de Paris, construite entre 1925 et 1969. Composée de 40 pavillons (dont 37 sur le site du boulevard Jourdan), la Cité U compte également des équipements publics (piscine, bibliothèques, etc.).

«La question du logement étudiant n’est pas seulement d’ordre architectural mais d’abord une question de politique urbaine», a ensuite précisé Bertrand Vallet, chargé de mission sur le logement des jeunes au PUCA (Plan urbanisme Construction Architecture).

En écho à ce propos, Panu Lehtovuori (architecte et urbaniste, fondateur de l’agence LIVADY et professeur d’urbanisme à l’Académie estonienne des arts) et Nicolas Favet (agence NFA) ont présenté leur étude comparative sur les modes de production du logement étudiant menée pour le compte du PUCA sur 12 exemples répartis en Finlande, en Grande-Bretagne, en France et aux Pays-Bas.

D’abord, les chiffres : les étudiants vivant en résidence étudiante sont de l’ordre de 29% en Finlande, 27% sont en Hollande, 21% en GB et 13% en France.

02(@DR)_B.jpg Concernant les modes de productions, la Finlande, où l’habitat étudiant «se développe de façon homogène à travers le pays», est un cas particulier. Les étudiants étant perçus comme «des citoyens à part entière», le logement qui leur est dédié, pris en charge par des fondations à but non lucratif, «est un logement de qualité».

Aux Pays-Bas, les résidences universitaires font partie intégrante du parc social et sont, de fait, du ressort des bailleurs sociaux. Le rôle des acteurs locaux, mettant en oeuvre des structures temporaires en marge des centres-villes, a également été souligné.

Malgré son poids historique, la Grande-Bretagne fait figure, selon les résultats de l’étude, de mauvais élève en la matière. Secteur privé et partenariats entre acteurs privés et universités dominent un marché de niche (‘niche business’), où la politique en rigueur est celle d’une «correction après coup».

Enfin, la France est un exemple de situations contrastées. D’une part, le système d’aides indirectes via les abattements fiscaux incite les étudiants à continuer de vivre sous le toit parental. D’autre part, le parc étudiant est pour l’essentiel la propriété du CROUS, auquel les étudiants ont notamment accès grâce à l’APL. Les auteurs de l’étude ont également pointé l’essor de politiques locales dynamiques, telle celle menée par la ville d’Angers.

Ces différents modes de production ont des incidences tant urbaines qu’architecturales. A Amsterdam, le logement étudiant, en partie disséminé hors la ville, «sur des sites marginaux», au sein de structures temporaires, dynamise ces franges. A Helsinki, il est intégré en amont de la programmation urbaine, en tant que composant urbain. En Grande-Bretagne, il se concentre à proximité des universités et répond «à une logique immobilière».

A modes de production diversifiés, pénurie généralisée. «Pour autant, la qualité doit prendre le pas sur la quantité», a souligné Nicolas Favet. Parmi les conclusions de l’étude, «les espaces communs sont généralement le point faible des résidences étudiantes car ils sont peu utilisés et leur accès est souvent limité». Les architectes préconisent «un étage entier réservés aux espaces communs».

03(@aart)_B.jpgLa Bikuben Student Residence, un bâtiment de 5.500m² composé de 110 chambres livré en 2006 au centre de Copenhague, a fait mieux. D'écosystème, la résidence danoise fut l’illustration la plus éloquente. Présentée par l’un des fondateurs de l’agence AART, conceptrice du projet, Torben Skovbjerg, la Bikuben Student Residence «repose sur une ambition sociale».

Un enjeu auquel AART n’a pas dérogé malgré une enveloppe budgétaire contraignante - «le budget alloué au projet était moins important que celui d’un logement social» -. Le résultat est édifiant : affichant 1.100 euros/m² (en 2006), la Bikuben Student Residence - un rubik’s cube plus high tech que low cost composé d’éléments préfabriqués en bois et béton - est surtout le fruit d’une organisation intérieure innovante.

«Comment pallier à la solitude ?», s’est interrogé AART. «Redistribuer une partie de la surface d’ordinaire consacrée aux espaces privés vers les espaces communs et mêler lieux partagés aux ‘cells’, ces petites (sic) chambres allant de 16 à 20m²», fut la réponse.

Coiffée de terrasses, la résidence abrite, outre les chambres, des salons (lounges), des espaces réservés à l’étude, une ‘party room’, une salle de sport, sans oublier les cuisines. Répartis le long d’une ‘double spirale’, rue tournant autour d’un atrium, ‘cells’ et espaces communs sont ainsi connectés les uns aux autres et préservés à la fois.

Autre tour de force, qui confère au bâtiment sa dimension urbaine : les espaces communs sont ouverts aux visiteurs extérieurs. L’accès se fait en façade, le long de la ‘spirale’, du rez-de-chaussée jusqu’à la terrasse.

A l’exemple danois a succédé l’exemple hollandais avec Qubic, résidence étudiante composée de modules Algeco montés en 2005 en marge d’Amsterdam par l’agence HVDN. D’une Bikuben house comme composant urbain, écosystème dans l’écosystème, la problématique s’est enrichie d’un exemple d’«initiateur urbain» («activate the city»).

A l’heure du nouveau développement de la Cité U, gageons que les signatures sélectionnées dans le cadre du concours pour la construction de la Maison Ile-de-France (5.000m² à énergie positive) - Steven Hall, X-TU, Nicolas Michelin, Bernard Desmoulin - feront montre de la même ingéniosité que leurs confrères danois ou hollandais pour faire un pied de nez à «la rhétorique du retard français» pointée par Bertrand Vallet en début de journée.

Emmanuelle Borne

Réactions

L'Œil d'or | éditeur | Paris | 27-11-2012 à 00:34:00

Bonjour,
depuis ce colloque a donné lieu à une publication 
http://loeildor.free.fr/publications/habitat-etudiant-ciup.html
Cordialement.
J.

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