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'Zale de Plečnik, le Jardin de tous les Saints', à Saint-Etienne

29/1113/12

L'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Saint-Etienne (ENSASE) accueille dans ses murs, depuis le 25 novembre et jusqu'au 13 décembre 2013, l'exposition 'Zale de Plečnik, le Jardin de tous les Saints', autour du Cimetière de Zale à Ljubljana, conçu par l’architecte Joze Plečnik, figure tutélaire de l’architecture moderne en Slovénie.

L’architecte Joze Plečnik (1872-1957) a acquis aux yeux du public averti le statut de l’artiste capable de manifester l’esprit contemporain - qu’il s’agisse de l’aménagement d’une simple pierre tombale ou d’un vaste plan urbanistique - sans recours au langage moderniste.

Les formes inspirées du vécu personnel et la réinterprétation de l’ancien lui suffisaient amplement pour exprimer les contenus architecturaux les plus subtils. La modernité ne représentait pas pour lui une césure, encore moins une rupture totale avec le passé.

Au contraire, il estimait possible de décliner au présent les thèmes historiques de l’architecture et pas seulement ceux appartenant au patrimoine européen. Bref, Joze Plečnik se sentait comme un digne continuateur de la tradition. Une telle position lui permit de préserver justement dans ses constructions le sens du devoir symbolique.

Sa personnalité, son courage de chercher la solution la plus originale, surtout s’attaquant à une tâche aussi ardue que l’aménagement de l’espace réservé aux cérémonies funéraires et son exigence rigoureuse de qualité d’exécution ont conduit à cet ensemble à la fois monumental et intime consacré aux derniers adieux.

02(@archives AML-Archives Zale-Blaz Zupancic)_S.jpgLorsqu’au début des années trente, l’architecte fut placé devant le problème de l’aménagement du cimetière, plus tard appelé Zale*, c’était un homme mûr avec une profonde expérience personnelle de la perte des proches : parents, soeur, frère. Il s’inspira des architectures miniatures d’antiquité, des édicules et des monuments entourés de verdure et il se dit : «Aménageons un jardin pour les adieux avec les défunts ; dans cette verdure, plaçons des chapelles qui seront autant de chambres funéraires individuelles. Donnons-leur les noms des saints paroissiaux, afin que chacun trouve sa dernière station dans une chapelle de sa paroisse».

Plus tard, il appela ce concept le Jardin de tous les saints et dessina ces petits édifices tous différents, selon l’esprit des architectures et des rites funéraires anciens, enrichissant le tout de quelques solutions personnelles originales. Il ajouta à cet ensemble trois éléments importants : le grand portail à colonnes, le lieu de prière placé dans son axe et le bâtiment des ateliers ; ce dernier protège tel un muret bas couvert le tout du côté nord. Tout le complexe avec le portail, le parc des chapelles ardentes et l’intérieur de chacune d’elles en particulier, sont chargés de symboles. Les Zale sont pour Joze Plečnik la cité des morts, à la manière de l’ancienne nécropole d’Athènes.

Dans les années trente, les grandes villes européennes commencèrent à centraliser les obsèques depuis les morgues. Joze Plečnik refusa cette manière impersonnelle qui réduit le défunt à un chiffre dans un processus d’inhumations presque industriel. A la place, il proposa la symbolique monumentale du propylée en tant que lieu de passage entre la cité des vivants et la cité des morts. Cette dernière est constituée de chapelles ardentes apparemment éparpillées dans la verdure, afin de réserver aux endeuillés des espaces intimes pour les derniers adieux.

A la place d’un lieu de chagrin et de désespoir, il établit ainsi un espace de consolation et d’espoir. Avec cette approche, l’architecte se relie à la tradition séculaire des enterrements dans cette partie de l’Europe, où la famille et les amis accompagnent le mort sur le chemin menant de l’église paroissiale au cimetière. Les noms des saints patrons paroissiaux de Ljubljana ont été attribués aux chapelles ardentes, si bien qu’imperceptiblement, la nouvelle manière de faire intégra les anciennes traditions locales slovènes.

Ici, après les adieux dans la chapelle, le cortège funèbre passe sous l’arc monumental du portail à colonnes, en direction du cimetière tout proche. La conception architecturale des chapelles suit la tradition méditerranéenne - c’est le jardin d’édicules de l’Antiquité - pourtant loin d’un quelconque classicisme ou éclecticisme aride. Ces édifices sont intéressants comme autant de versions des formes historiques des tombeaux en Europe, sans mentionner leur exécution impeccable.

04(@archives AML-Archives Zale)_B.jpgL’ensemble fut réalisé avec des moyens assez modestes ; l’architecte sollicita les artisans locaux : maçons, tailleurs de pierre, charpentiers et cimentiers. 

De ce point de vue, il s’aligna sur l’ancienne théorie de Semper prétendant que l’architecture doit prendre racine dans l’artisanat. On peut voir cette conception dans certains édifices de Zale.

Dans ce sens aussi, il employa d’une manière métaphorique des motifs issus du textile et de la céramique.

La nécropole de Zale représente assurément l’une des solutions les plus originales de l’architecture funéraire du XXe siècle. 

Le site, inscrit sur la liste de l’Association des Grands Cimetières d’Europe /ASCE/, est couramment admiré par le public, expert ou pas, du monde entier. 

L’antique propylée évoque la ligne étroite, un simple pas qui sépare la vie de la mort. La cité des morts possède sa grande place devant la façade du temple - avec un baldaquin surmontant le catafalque - qui sert aux adieux publics du défunt.

Alors que les chapelles sont destinées aux adieux privés. C’est pourquoi les intérieurs sont si exigus, à peine la place pour le disparu et ses proches parents. Les entrées qui y mènent sont abritées du regard direct ; les haies y sont plantées dans cette même intention. Les lustres- symboles de lumière - et les croix - symboles de rédemption - en décorent les intérieurs. Joze Plečnik avait en effet une vision chrétienne sur la fin de la vie, mais il pensait aussi aux adeptes d’autres cultes, aux athées, aux inconnus morts sans nom... A ceux-là, il consacra la chapelle de St. Adam et Eve.

La charge symbolique de l’espace dévolu aux cérémonies funèbres et la profonde compassion qui s’en dégage, sans aucune sentimentalité mièvre, place le Zale de Plečnik parmi les créations architecturales les plus importantes de ce genre dans l’Europe du XXe siècle. Il a d'ailleurs reçu le label Evropska dediscina (European Heritage / Patrimoine Européen), attribué par le Comité du Patrimoine de l’Europe.

* Zale (n.f. pl.), pron. Jalè, étim. : racine slave pour chagrin, deuil, regret. NdT

03(@archives AML-Archives Zale-Blaz Zupancic).jpgInformations pratiques :

ENSA de Saint-Etienne
1 rue Buisson | BP 94 | 42003 Saint-Etienne Cedex 1
T. 04.77.42.35.42
ensase[at]st-etienne.archi.fr
www.st-etienne.archi.fr

Entrée libre et gratuite
Ouverture : du lundi au vendredi, de 8h00 à 12h00 et de 14h00 à 17h00

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