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'Habiter la Terre', à la Briqueterie, Langueux-les-Grèves

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Depuis le 17 février et jusqu'au 5 mai 2013, la Briqueterie, située à Langueux-les-Grèves, accueille l'exposition 'Habiter la Terre', en partenariat avec le Conseil Général des Côtes d’Armor, la Coopération Côtes d’Armor / Agadez-Niger, Itinéraires Bis / La galerie du Dourven / Eternal Network. L'exposition propose un regard poétique, onirique, parfois engagé et social sur la façon d’habiter le monde de façon 'durable'.

Dans un monde en proie aux crises multiples, la notion de durabilité, souvent galvaudée, est rattachée à des critères fonctionnels, techniques teinté de restriction, voire d’austérité. La vision artistique de l’habitat permet de réintroduire la dimension humaine, symbolique d’être au monde. Le lieu de l’articulation entre nature et culture, entre nos besoins de confort et d’épanouissement spirituel. L’endroit même d’une quête exaltante.

La terre crue, utilisée depuis onze millénaires, reste aujourd'hui le matériau de construction le plus répandu à travers le monde. Un tiers de l'humanité vit dans un habitat en terre. Souvent assimilée à un matériau du pauvre, dénigrée par les populations et les autorités (l’architecture en terre crue ne représente que 15% du patrimoine bâti français en 2010), la terre est cependant l’un des plus nobles pour des raisons écologiques, économiques, d’éthique et de confort.

Face aux crises internationales, ce matériau apporte des réponses intéressantes. Les préoccupations liées à la recherche de l’équilibre écologique et au développement durable impliquent un regain d’intérêt pour le matériau terre. Ce développement est accompagné par un perfectionnement et une modernisation des procédés, comme la 'compression forte' ou brique de terre compressée (BTC).

S’appuyant sur l’expérience de coopération internationale menée au Niger de favoriser la construction en briques de terre crue compressée, l'exposition 'Habiter la Terre' apporte un regard universel et contemporain sur les liens entre habitat, nature et culture.

02(@DR)_S.jpgS’inspirant de l’histoire des arts et de la philosophie autour des architectures utopistes (Le Corbusier, Kurokawa, Charles Fourier...), six artistes - Pauline Bétin, Nicolas Floc’h, Maman Laminou Aboussa, Régina Le Moigne, Marie Janvier et Danièle Luyckx - proposent leur maisons-rêve, comme nées de la terre où elles s’installent. 

Auto-suffisante, échappatoire, utopique, organique, mobile, onirique, cosmique, la maison met en tension toutes les frontières.

Les travaux des artistes ont recours à des ingrédients imaginaires, presque alchimiques comme l’argile, qui échappent à toute planification si bien, d’ailleurs, que «l’univers rationalisé est 'inhabitable' là où manque la dimension symbolique», comme l'écrit David Le Breton dans Anthropologie du corps et modernité (Paris, PUF, 1990).

La construction en terre crue en Bretagne, un exemple local

Il existe une tradition d’architecture en terre crue, procédé appelé 'bauge', en Bretagne. C’est une technique de construction ancienne, répandue dans toute l'Europe, ainsi qu'en Afrique, Asie et Amérique et qui connaît un regain d’intérêt dans la maçonnerie aujourd’hui.

La bauge est un système constructif monolithique en terre crue empilée. La terre est dans un état plastique, généralement mélangée à des fibres végétales ou animales. Des organisations (Régions, Etats, Europe, UNESCO, etc.) ont consacré des fonds pour la recherche sur ces techniques et différents mouvements pour la diffusion du savoir. L'observateur attentif reste toutefois surpris par l'état du patrimoine en terre crue en Europe, mais aussi par le faible nombre de constructions neuves (comparativement plus nombreuses en Amérique du Nord, par exemple).

03(@DR)_B.jpgCoopération décentralisée et développement durable

Au Niger, l’habitat traditionnel était en terre crue, matériau remplacé par le parpaing aujourd’hui. La technique de construction traditionnelle en terre crue, ou banco, est trop fragile et ne supporte pas les épisodes d’inondation liés aux changements climatiques ces dernières années. L’emploi du parpaing n’est pas satisfaisant sur le plan économique, écologique et architectural.

La solution résiderait dans l’emploi de la terre crue compressée sous forme de brique, la BTC, bon isolant thermique, d’une grande inertie dans l’échange de chaleur et un très grand régulateur hygrométrique pour rendre les briques plus résistantes.

Ainsi, dans le cadre de la coopération avec le Niger et la politique de développement durable, le Conseil général des Côtes d'Armor finance l’implantation de machines à compresser les briques crues et à développe des unités de fabriques au Niger. Cette technique de construction économique permet d’utiliser une ressource locale abondante, d’employer de la main d’oeuvre locale et de respecter les savoir-faire.

Le projet de construction de briqueteries au Niger et de sensibilisation autour des matériaux durables repose en partie sur des financements du Ministère des Affaires Etrangères et Européenne. Une coopération entre les pays Nord-Sud peut donner aux populations, aux collectivités et à l’Etat les moyens de maitriser les stratégies d’habitat et les installer dans une dynamique de développement durable.

04(@DR)_B.jpgInformations pratiques :

La Briqueterie
Parc de Boutdeville | 22360 Langueux-les-Grèves
T. 02.96.63.36.66
briqueterie[at]saintbrieuc-agglo.fr
www.saintbrieuc-agglo.fr/culture-et-sport/la-briqueterie/

Ouverture : mercredi, vendredi, dimanche, de 14h00 à 18h00 ; durant les vacances scolaires, toutes zones, du mardi au dimanche, de 14h00 à 18h00

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