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Interview | Innovation architecturale : un aspect de la problématique (24-11-2010)

Evolution des besoins des étudiants, innovation architecturale ainsi que nouvelles stratégies territoriales, font partie des enjeux dégagés par le PUCA (Plan urbanisme Construction Architecture) suite à un programme de recherche mené entre 2007 et 2010 sur l’habitat étudiant. Entretien avec Bertrand Vallet, chargé de projet au sein de l’organisme.

Social | Logement collectif | France | Bertrand Vallet

Le Courrier de l’Architecte : Quels sont les enjeux du programme de recherche mené par le PUCA ?

Bertrand Vallet : Ce programme visait à comprendre l’évolution de la demande, c’est-à-dire les besoins des étudiants en matière d’habitat, ainsi que les jeux d’acteurs à l’oeuvre afin de fournir des outils aux maîtres d’ouvrages. Il comprenait notamment la réalisation d’une étude comparative sur le logement étudiant en Europe mené par l’université d’Helsinki et la réalisation d’un ouvrage répertoriant 23 résidences innovantes en Europe, publié en 2008*.

Parallèlement à ce programme, nous avons lancé, l’année dernière, un programme d’expérimentation afin d’identifier des projets existants ou d’aider à mettre en oeuvre des pistes d’innovation en la matière. Nous avons lancé un appel à candidatures auprès de maîtres d’ouvrage autour de trois problématiques : les modes de gestion du logement étudiant au regard de la mixité des publics, la recherche de réponses architecturales dédiées à la question de la colocation et la question de l’innovation architecturale et du design. Ce dernier aspect concerne l’espace intérieur, à la fois la signalétique et le mobilier.

Dans le cadre de la problématique ‘mixité des publics’, le projet qui avance le mieux est une résidence étudiante en chantier dans le 6ème arrondissement de Lyon sous la houlette d’Habitat et Humanisme, qui mêle logement social, logement étudiant et logement privé en accession.

Nous n’avons pas encore clairement défini les suites à donner à ces programme mais, ainsi que l’a révélé la participation au colloque ‘Habitat étudiant : un écosystème à inventer’**, différents acteurs planchent, en France, sur la question et il paraît intéressant de les fédérer.

Lors de ce colloque, vous soulignez une augmentation de l’individualisation. Quelles sont les incidences de cette évolution ?

J’ai mis en avant ce qui ressort de plusieurs travaux de recherche : les étudiants en appellent à une ‘banalisation’ de leur logement. En clair, ils souhaitent habiter un appartement classique, avec cuisine et salle de bain intégrées. Cela n’enlève rien à la problématique des espaces collectifs, qui est essentielle en la matière mais invite peut-être à repenser leurs fonctions et usages possibles.

Par ailleurs, la demande en matière de colocation a évolué. Aujourd’hui, nous pouvons distinguer deux types de colocation : le simple partage d’espaces communs, qui répond à des motivations économiques et celle qui s’accompagne d’un véritable projet social, d’un véritable désir de vie communautaire. A ces deux types de colocations correspondent différents desseins.

En tout cas, le logement étudiant étant à la fois lieu de travail, de repos et de socialisation, il convient d’aller vers la diversité de l’offre.

Globalement, il faut prendre en compte les principales évolutions de la condition étudiante, qui s’est transformée sous trois effets : la massification de la population étudiante, l’internationalisation de l’offre universitaire et l’allongement de la durée des études. De 1968 à 2010, nous sommes passés de 300.000 étudiants à 2,4 millions ! Par ailleurs, de 10 académies dans les années 1960, on compte 650 sites d’enseignement supérieur aujourd’hui. Quant à l’internationalisation, la population étudiante française compte aujourd’hui 12% d’étudiants étrangers.

Vous expliquez également que, en termes de réponses à ces évolutions, la France accuse un retard. Qu’entendez-vous exactement ?

Il faut en effet nuancer ce constat. Lorsque, dans le cadre du programme du PUCA, nous avons commencé nos recherches, notre première impression fut celle d’une pénurie plus importante en France que dans d’autres pays européens, notamment le nord de l’Europe, où l’offre de logements paraît d’ailleurs mieux adaptée.

Mais, au fur et à mesure de nos recherches, la réalité est apparue plus complexe. La question du logement étudiant renvoie à des problématiques bien plus globales, d’ordres sociétal et culturel. Autrement dit, si les pays du nord sont mieux fournis en logement étudiant, il ne faut pas oublier que la décohabitation s’y fait plus tôt que dans le sud de l’Europe, où les jeunes vivent plus longtemps sous le toit familial.

Certes, en matière d’innovation architecturale, les exemples étrangers sont plus probants, même si les initiatives locales se développent en France. Je pense notamment aux containers livrés il y a quelques temps au Havre. Bref, il ne faut pas oublier que l’innovation architecturale n’est qu’un aspect de la problématique.

Vous avez également abordé l’aspect urbain de la problématique...

Si le désir d’indépendance accrue des étudiants et les différents modèles de colocations renvoient à des conceptions architecturales différentes, ils appellent aussi une meilleure accessibilité et une meilleure connexion aux réseaux de transport comme de communication.

Quant au logement étudiant comme initiateur urbain, la question mérite un débat à part entière. Je ne sais pas si l’implantation de logements étudiants dans des zones ‘marginales’, en dehors des centres ville, venant dynamiser ces espaces, comme c’est le cas à Amsterdam, est applicable ni même souhaitable partout.

En revanche, la valorisation territoriale peut être sans doute obtenue en intégrant le logement étudiant dans l’offre de logement globale des collectivités, en amont des stratégies territoriales.

Propos recueillis par Emmanuelle Borne

* Dernières nouvelles - Architecture et habitat étudiant en Europe, Ante Prima/AAM éditions/Silvana Editoriale, septembre 2008.

** Colloque organisé par la Cité Universitaire de Paris le 5 novembre 2010.

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