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Chronique | Centre Pompidou Metz : Marilyn habillée pour l'hiver (22-10-2010)

Retour de Metz en TGV. Au souvenir de la visite de presse se mêlent une douce mélodie estivale et la voix d'Alain Souchon. "… pour un jeu de dupes, voir sous les jupes des filles" dit la chanson. Une phrase qui résume une journée passée sous une jupe, celle du centre Pompidou Metz. Chronique.

Bâtiments Publics | Culture | Metz | Shigeru Ban Architects

Le voyage de presse, démesuré, n'est pas gage de séduction. De fait, l'émotion n'était pas au rendez-vous.

Difficile de passer outre l'événement architectural de cette année. L'ouverture du centre Pompidou à Metz se réclame en effet des plus prestigieuses audaces architecturales. Et pour cause, Shigeru Ban a dessiné une structure inédite, originale, une excentricité formelle arrivant douze ans après l'ouverture du célèbre musée Guggenheim de Bilbao, circonvolutions métalliques signées Franck Gehry au coeur d'une ville industrielle alors sinistrée.

La presse ne cesse, aujourd'hui, de revendiquer la parenté des deux édifices et Metz se propose, en ‘Bilbao du nord’, d'exposer aux yeux du monde la revanche d'une ville malmenée par l'Histoire. Outre la prétention urbaine, le centre Pompidou signe l'acte prometteur d'une décentralisation de la culture. Dont acte.

Comme toute forme indéterminée, le musée éveille l'imaginaire de ses visiteurs. Les quotidiens anglo-saxons, friands de rapprochement douteux, sont une mine de références abracadabrantes : Natasha Edwards pour le Telegraph n'hésite donc pas à y voir un ovni ; plus imaginatif encore, John Lichfield de The Independant y décèle une maison des télétubbies, un parasol effondré et même une pastenague, entendons une raie aux proportions géantes.

Les éditions françaises, plus modérées, préfèrent la métaphore du chapeau chinois empruntée au dossier de presse sinon au site internet du musée. A ce propos, l'histoire adopte désormais des allures de mythe voulant que Shigerun Ban, chinant à Paris, ait trouvé une étonnante coiffe, source d'inspiration. Pourtant, questionné personnellement sur la forme, il répondra de façon lapidaire : "by chance !".

02(@JPHH)_S.jpg Quoi qu'il en soit, l'exercice appelant toutes les ressources imaginatives des visiteurs n'est pas sans rappeler le propos de Charles Jencks, historien de l'architecture, théoricien de l'"iconic building" (2005), où chaque édifice se trouve l'objet d'une surenchère de sobriquets. Libre à chacun d'y voir ce qu'il y veut ; j'y vois donc la jupe de Marilyn, autre figure iconique s'il en est.

Sous la jupe, le rendez-vous était pris pour découvrir l'édifice-événement. L'attente était intenable, d'autant plus que le centre de Metz se positionne dans le sillage de son aîné parisien qui, il y a désormais quarante ans, révolutionnait l'architecture muséale. Hélas, à l'Est, rien de nouveau, si ce n'est une réalisation qui s'inscrit dans une longue suite internationale d'audaces architecturales, iconiques, n'ayant pour intention que le coup d'éclat médiatique ; Une "après-garde" déplacée.

03(@JPHH).jpg  Cela écrit, il revient à Metz d'avoir tenu sa promesse. Car la promotion urbaine est une pièce en deux actes. Le premier, facile, consiste en un effet d'annonce relayé par l'intermédiaire d'images lisses et fantaisistes. Le second, rare, inaugure une réalisation et signe le passage du rêve à la réalité. Le 26 novembre 2003, un jury international présidé par Jean-Marie Rausch, alors maire de Metz et président de la Communauté d’Agglomération de Metz Métropole et composé d’un collège d’élus, de personnalités qualifiées et d’architectes, dont Richard Rogers, a placé en première position le projet de Shigeru Ban, Jean de Gastines et Philip Gumuchdjian. Première étape validée.

Deuxième étape : Lyon, Marseille, Lens coiffées au poteau par Metz. Loin des résultats de la ligue 1, la joute tout aussi sportive du combat des musées déclasse les plus grandes villes en ligue 2. Pompidou Metz s'inscrivait en effet dans un calendrier plus vaste d'annonces : en février 2001, le projet de Musée des Confluences de Lyon est attribué à Coop Himmelb(l)au.

Le 19 février 2004, Jean-Jacques Aillagon, alors ministre de la Culture et de la Communication, désigne Rudy Ricciotti lauréat du concours pour la réalisation du MUCEM de Marseille. Le 26 septembre 2005, SANAA se voit confier la conception du Louvre Lens. Quant les uns peine à sortir de terre, Pompidou Metz accueille ses premiers visiteurs.

04(@JPHH)_S.jpg  Compétition à tout prix, délai raccourcis ? Il est permis de penser, après une visite au centre, qu'il fallait absolument tenir la date au point d'en oublier quelques finitions et Shigeru Ban, Jean de Gastines et Philip Gumuchdjian de livrer, in fine, une architecture de façade.

Depuis quelque temps circulaient principalement des visuels de nuit, de quoi éveiller la curiosité. Au-delà des perceptions changeantes, pour ne pas dire différentes, du bâtiment, le temps d'exposition de l'appareil décide de la magie du lieu. La courte visite diurne ne permet pas de juger de l'effet mais l'oeil du photographe sait pertinemment jouer avec la nuit pour magnifier - de face ! Toujours de face, vaguement de trois quart - son sujet.


Les photos présentent encore et toujours le même angle. Marilyn aurait-elle un mauvais profil ? Pire ! Une verrue. Si sous la jupe, les finitions étonnent et le "no design" péniblement argumenté par Laurent Le Bon, directeur de l'institution, peut surprendre, l'arrière de l'édifice choque. Bienvenue dans la seconde zone.

Pom-pom-pidou ouh ! Peu farouche, la Marilyn de Metz soulève sa jupe. Horreur ! Sa structure si complexe de face s'appauvrit de dos. L'architecture Potemkine laisse paraître la partie administrative du musée. Form follows function ? No more ! Un néant. Sous la jupe, le trou !

05(@JPHH)_S.jpg  Ce retour invraisemblable aux effets de façade n'est pas sans interroger. Serait-ce voulu ? Et ces tuyauteries visibles ? Ces escaliers de secours ? Esprit Beaubourg es-tu là ? S'il l'était, pourquoi côté cour ? Et pourquoi ces tuyaux blancs sur fond blanc ? Dissimulation à la Malevitch peut-être ? Oui, un centre d'art et d'art moderne après tout. Pourquoi ce flocage apparent ? Pourquoi ces vaines tentatives de dissimulation ? Pourquoi ces espaces inaccessibles ? Pourquoi le toit de chaque galerie, lequel devait être le support d'une sculpture monumentale, n'est pas offert au public ?

La réponse : "Le bâtiment [a été] livré en février pour un coût de 70 millions d'euros, ce qui en fait un des bâtiments les moins chers de sa catégorie. Un anti-Guggenheim de Bilbao qui a coûté plus du double pour une surface d'exposition équivalente de 5.000m². Ici, le rapport est de 1m² d'exposition pour 1m² d'espace logistique", explique Laurent Le Bon à notre consoeur Béatrice De Rochebouet*.

06(@JPHH).jpg  La Marilyn de Metz ne tient pas toutes ses promesses architecturales, aussi extraordinaire puisse être sa jupe, aussi intéressante sont ces galeries qui cadrent à leur extrémité le paysage messin. L'exposition inaugurale, à juste titre, questionne : 'Chefs d'oeuvres ?'. Bref, une architecture jeune et jolie le temps d'un événement, d'un clin d'oeil médiatique. Demain ? Probablement oubliée... prématurément vieille.

Reste l'espoir, comme aux stars surannées, de la chirurgie esthétique.

Jean-Philippe Hugron

* 'Le Centre Pompidou-Metz, un musée hyperfonctionnel', le Figaro.fr, 11 mai 2010.

Cette chronique est parue en première publication sur CyberArchi le 20 mai 2010.

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