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Edito | Une agence 'étrangère'... Quésaco ? (19-06-2019)

C’est la vieille rengaine des conversations entre architectes français : les zzzagences zzzétrangères ! «Elles sont partout» ! Il n’y a plus une mondanité sans qu’un architecte étranger ne soit ciblé. Mais quel est donc ce concept ?

France

Le constat est sans équivoque. Pas un concours prestigieux aujourd’hui sans une ou plusieurs agences dites «étrangères». Dernier en date, celui pour l’aménagement des abords de la tour Eiffel où une architecte américaine, Kathryn Gustafson, a été désignée lauréate de l’appel à projet.

Celui qui, peu informé, surprendrait cette discussion aux allures de lamento entre architectes français accuserait volontiers les deux interlocuteurs de xénophobie.

Certes, plutôt que d’enrager contre les zzzétrangers, peut-être faudrait-il en vouloir aux maîtrises d’ouvrage pour leur réflexe pavlovien.

Mais pour l’heure, pas une conversation de comptoir sans la convocation de ces figures connues, japonaises bien souvent : Sanaa, Shigeru Ban, Kengo Kuma, Sou Fujimoto… aux allures d'affreux zzzenvahisseurs.

Il y a aussi, dans le lot, des agences européennes : allemandes, autrichiennes, belges, espagnoles ou italiennes. Pour celles-ci, le résultat des dernières élections est sans appel. L’époque est toujours à la construction et non au repli identitaire. Plus que RCR ou Aires Mateus, par exemple, peut être faudrait-il fustiger ces autres pays qui ne jouent pas entièrement le jeu de l’ouverture des marchés. Combien d’agences françaises se cassent, aujourd’hui, les dents, outre-Rhin ? Beaucoup.

Alors, au café du commerce, d’aucuns citent des noms, en vrac, sans rien savoir. Dietmar Feichtinger, entre autres. Un étranger, dites-vous ?! Un architecte autrichien installé en France depuis trente ans dont la pratique a toujours été principalement localisée dans l’hexagone.

Voilà donc un procès, qui, au nom d'une inculture crasse, devient particulièrement sale et puant. A tel point que Renzo Piano serait, lui aussi, en toute logique, de ces «architectes étrangers» ? Cela ne viendrait pourtant à l’idée de personne. Et pour cause, ses bureaux sont à Gênes mais aussi à Paris. Et c'est là que, dans ce concert de critiques, de méprises et d'abus de langage, une curieuse réalité semble passée sous silence.

En effet, pour s'en convaincre, il suffit de regarder qui compte encore parmis ces «étrangers» que les mauvaises langues dénoncent. Baumschlager Eberle, par exemple. L’agence autrichienne a racheté l’activité de feu Christian Hauvette et a profité de cette occasion pour s’installer en France et y ouvrir des bureaux. Agence étrangère ? Agence internationale !

Idem pour Kengo Kuma dont l'activité, pour ce qui concernent tous les projets européens, est enregistrée… à Paris. Etranger donc ou français ? La notion devient de plus en plus floue. Le temps où un architecte se trouvait, seul, parachuté à réaliser ses propres projets à l’aide d’une maîtrise d’oeuvre d’exécution française, semble désormais presque révolu.

Si le marché français est fait d’opportunités, beaucoup s’en saisissent depuis l’étranger pour ouvrir leur propre agence dans l’hexagone. Aujourd’hui, Snøhetta ou Studio Gang se montrent particulièrement agressifs dans leur logique commerciale et ouvrent, pour ce faire, des antennes en France.

Ces agences étrangères sont en fait internationales et deviennent, même, un peu françaises. Sans doute ont-elles aussi compris que l’architecture est un «business» comme les autres et qu'elle nécessite une reconnaissance, certes, mais aussi un plan de développement finement étudié. Dépourvue de stratégie commerciale à l’étranger, les agences françaises se heurtent donc, quant à elle, à une difficile exportation.

Alors, au lieu d’accuser sans cesse ces «autres», ceux qui viennent d’ailleurs, ces envahisseurs, peut-être faudrait-il davantage cibler les «mêmes» : car, de plus en plus, les concours tournent en vase clos où quelques noms se répètent indéfiniment. En résumé la faute revient, par dessus tout, aux maîtrises d'ouvrage, publiques ou privées, qui se montrent trop souvent bien peu imaginatives et se retranchent derrière des noms devenus «marques».

Jean-Philippe Hugron

Réactions

unarchitectefrançaisdansunesociétéfrançaiseissueduneculturearchitecturaleautrichienne | architecte | 19-06-2019 à 23:51:00

En effet, il en revient aux maitrises d'ouvrage. Néanmions il ne faut pas mettre toutes les agences "étrangères" dans le même panier ! idem pour les françaises qui se développent tout autant à l'export. Au lieu de parler d'agences, ne devrait-on pas parler de projet ? A priori le projet le plus intelligent l'emporte au delà d'une "agence". Pour prêcher pour ma paroisse, Baumschlager Eberle Architectes, bien qu'elle ait rachetée l'agence Hauvette, celle-ci a d'abord été vendue... Est-ce mal ? C'était une occasion pour l'agence d'avoir des architectes locaux, pour les projets en cours -Ardéko, Dieppe, Valence. Une philosophie qui tient à gérer localement plutôt qu'intertionalement. Aussi, on devrait plutôt encourager les succès des agences au lieu de toujours fustiger les réussites de celles-ci. Le premier projet gagné arrivent souvent après de nombreux concours perdus.

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