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Exposition | Superstudio, le suicide de l'architecture (02-05-2019)

Que comprendre de Superstudio ? La mémoire retient volontiers collages et autres photomontages réalisés au détour des années 60. Le goût apprécie volontiers cette étrange radicalité mais l’esprit semble parfois circonspect quant à la portée de tels documents. Au-delà de l’esthétique certaine de ces propositions, quel message portait Superstudio ? C’est l’enjeu d’une exposition à bien des égards surprenante présentée au FRAC Centre-Val-de-Loire jusqu’au 11 août 2019 intitulée ‘Superstudio, la vie après l’architecture’.

Superstudio ! «La super-architecture est l’architecture de la super-production, de la super-consommation, de la super-induction à la consommation, du super-market, du superman et du super-carburant», affirmaient les six associés* du ‘super-groupe’ italien formé, à Florence, en 1966.

02().jpgQue reste-t-il, cinquante ans plus tard, de cette étrange association ? Une série de précieux documents dont nombreux sont conservés dans les réserves du FRAC Centre-Val-de-Loire, à Orléans.

Cette collection unique est l’occasion d’une célébration mais aussi l’opportunité d’une clarification. Si l’imaginaire développé par Superstudio est dans beaucoup d’esprit, son message, quant à lui, est plus opaque.

Aussi, l’exposition démontre que la «radicalité» du groupe n’était pas une fin en soi. Il s’agit davantage d’un outil pour annoncer le «suicide de l’architecture» mais aussi révéler une «vie après l’architecture».

«Les Italiens sont les héritiers d’une situation fasciste autant, d’ailleurs, que les Autrichiens. Ces précédents historiques ont créé dans ces deux pays de nouvelles radicalités», explique Abdelkader Damani, commissaire de l’exposition et directeur du FRAC au Courrier de l’Architecte.

«Tous partagent la critique du fonctionnalisme ou encore de la pauvreté des matériaux. Ils espèrent se séparer de la culture de l’objet pour entrevoir un nouveau rapport avec le vivant. L’Italie est, dans les années 60, un collage appelant un art de la cohabitation sinon de la négociation, entre autres, avec le patrimoine», poursuit-il.

Cette situation pousse Superstudio à imaginer des «histogrammes», des éléments en bois recouverts d’un laminé en plastique sur lequel une grille orthogonale de 3x3 cm a été imprimée. Les associés du groupe y voient une «surface neutre». Ces objets sans utilité apparente formeraient «les tombeaux des architectes».

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L’exposition débute par cet étrange cimetière qu'une citation accompagne : «si le design est plutôt une incitation à consommer, alors nous devons rejeter le design ; si l’architecture sert plutôt à codifier le modèle bourgeois de société et de propriété, alors nous devons rejeter l’architecture ; si l’architecture et l’urbanisme sont plutôt la formalisation des divisions sociales injustes actuelles, alors nous devons rejeter l’urbanisation et ses villes… jusqu’à ce que tout acte de design ait pour but de rencontrer les besoins primordiaux. D’ici là, le design doit disparaître. Nous pouvons vivre sans architecture».  

De ces pierres tombales, Superstudio développera d'autres objets ; «à partir du catalogue des histogrammes, nous avons ensuite facilement généré des meubles, des environnements, des architectures», affirment-ils.

La série «Misura» produite et commercialisée par Zanotta décline tables, consoles, bancs, lits, tabourets. La trame de 3x3cm permet de «réduire au minimum les opérations du design». Ces «meubles mentaux» vont rencontrer un certain succès. Leur esthétique nouvelle séduit mais qui apprécie, à sa juste valeur, l’ironie et l’absurdité de la proposition ?

Ce même esprit critique habite les «utopies négatives» de Superstudio car «Monument continu» et «cités idéales» ne sont pas les pendants italiens d’un mouvement ayant fait de la mégastructure un idéal positif. Bien au contraire.

C’est en effet une critique du modernisme que Superstudio développe à travers ces constructions aussi répétitives que monumentales. Le discours imaginé pour les expliquer s'habille d’un sens aiguisé de l’ambiguité. «En éliminant les mirages et les fées morganes des architectures spontanées, des architectures de la sensibilité, des architectures sans architectes, des architectures biologiques et fantastiques, nous nous dirigeons vers le ‘monument continu’ : une architecture qui émerge entièrement et pareillement dans un seul milieu continu : la terre rendu homogène par la technique, par la culture et par tous les autres impérialismes», précise le groupe.

Dans ces circonstances, Superstudio appelle de ses vœux une «refondation anthropologique et philosophique de l’architecture». C’est peut-être la partie la plus méconnue du travail opéré par ce collectif. L’exposition apporte alors un éclairage important sur une production jusqu’alors connue à travers son iconographie surréaliste.

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Pourtant, en1973, Superstudio développe à la Faculté d’Architecture de Florence un séminaire étonnant sur la «Culture Matérielle Extra-Urbaine». Il s’agit derrière ce barbarisme d’étudier la culture paysanne italienne. «Pendant deux ans, nous nous sommes intéressés aux outils et à leurs rapports avec le travail et les transformations environnementales», explique le groupe.

Cinq ans plus tard, Superstudio présente à la Biennale d’Architecture de Venise, «la conscience de Zeno». Si la proposition reprend le titre du célèbre roman d’Italo Svevo, elle n’en demeure pas moins éloignée. En fait de Zeno Cosini, il s’agit de Zeno Fiaschi, un paysan italien dont Superstudio a fait le sujet privilégié de son enquête ethnologique. L’homme avait toute sa vie vécu en quasi autonomie créant ses propres objets dont une chaise bricolée est présentée au FRAC.

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A ses côtés, des objets et des outils montrent l’intérêt porté aux cultures rurales et aux formes vernaculaires. Cette analyse patiente questionne les six associés sur la pertinence de l’architecte. L’heure n’est alors plus à la seule critique mais à l’élaboration d’un métier qui prend compte des actes fondamentaux de la vie : l’éducation, la cérémonie, l’amour et la mort.

C’est du moins ce que révèle avec brio l’exposition proposée au FRAC qui n’est pas également sans interroger notre époque où l’obsession de la trame côtoie curieusement l’intérêt pour toutes architectures sans architectes…

Jean-Philippe Hugron

*Les membres de Superstudio sont : Adolfo Natalini (1941), Cristiano Toraldo di Francia (1941), Roberto Magris (1935-2003), Piero Frassinelli (1939), Alessandro Magris (1941-2010) et Alessandro Poli (1941)

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