Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Actualité | Le patrimoine, notre drame (17-04-2019)

Même si l’incendie de Notre-Dame relève, peut-être, de circonstances imbéciles, ses flammes jettent la lumière sur le désintérêt politique à l’égard du patrimoine qu’alimente un mépris quasi-collectif.

Notre-Dame de Paris | France

Le patrimoine serait poussiéreux. Coûteux, il serait même une charge pour la collectivité. Ces vieilles choses encombrantes – à l’exception de pompeuses références incontournables – n’attirent qu’un vaste dédain que quelques passionnés réunis en groupes et en associations tentent avec énergie de vaincre.

Beaucoup d’entre eux dénoncent les moyens alloués par le Ministère de la Culture. Sur son budget de 9,6 milliards d’euros, la rue de Valois ne consent à débourser pour le patrimoine que... 326 millions d’euros. En guise de comparaison, cette somme permet de s’offrir une Philharmonie de Paris (386 millions d’euros) par an mais certainement pas un Airbus A380 (436 millions d’euros).

Dans un réflexe logique, Emmanuel Macron, plus que d’engager l’État dans les travaux de restauration de Notre-Dame, a lancé, devant les façades encore flamboyantes de la cathédrale, une «souscription internationale». A travers cette idée, le Président de la République trahit, une nouvelle fois, la carence de l’État, son impuissance voire son désir de ne pas contribuer outre mesure à une politique patrimoniale.

Cet aveu est aussi celui qui, indirectement, transpire du loto du patrimoine. Si toutes les initiatives allant dans le sens de la protection de notre héritage commun sont bonnes à prendre, ce jeu de hasard n’en demeure pas moins le symbole d’une avanie. Lancé en septembre 2018, il n’a, en outre, permis de redistribuer que 19,6 millions d'euros à 270 sites en péril, trop peu pour satisfaire «celles et ceux» qui étaient en attente de moyens.

Ce mépris s’est également exprimé à travers la loi ELAN qui, en plus de porter atteinte à la création architecturale contemporaine, constitue un risque en matière de patrimoine. La loi porte en effet atteinte au caractère contraignant des avis des architectes des bâtiments de France (ABF) dont la mission est pourtant de protéger le patrimoine historique et naturel. Elle menace aussi la protection du littoral en plus de limiter de manière importante l’action des associations de protection du patrimoine et de l’environnement, en particulier leur possibilité d’aller en justice.

La faute ne vaut pas que pour l’État. Elle est aussi collective. En école d’architecture, par exemple, l’histoire n’est que trop peu étudiée. «Il faut cesser de dire que le patrimoine est pour les mauvais ! Le patrimoine n’est pas, non plus, la partie morte de l’architecture. C’est, au contraire, son sourire», affirmait Benjamin Mouton, Architecte en Chef des Monuments Historiques lors d’une conférence donnée à l’Académie d’Architecture en mars dernier (lire à ce sujet notre compte-rendu).

Il en va de même pour les métiers d’art, toujours moins plébiscités. Les Compagnons du Devoir s’expriment régulièrement pour crier au manque de main d’oeuvre et rappellent combien les métiers manuels, peu valorisés, peine à attirer un nouveau public.

En résumé, le patrimoine ne séduit pas. Et pour cause, il est sans cesse dévalorisé. Ne pourrait-il pas être, autant qu’un effet Bilbao, un moyen d’attirer des touristes ? N’est-il pas aussi l'occasion de former des professionnels pour les conduire vers des filières d’excellence ? N’est-il pas une opportunité de transmettre mais aussi de créer et d’exporter des savoir-faire «made in France» ? Autant d’interrogations pour une «start-up nation» qui frise le «break-down country».

Jean-Philippe Hugron

Réactions

DUSOLLE MICHEL | ARCHITECTE D.P.L.G. | Bourgogne | 03-05-2019 à 10:00:00

NOTRE DAME DE PARIS

La catastrophe aurait pu être évitée si seulement on y avait pensé avant !


L’article CO 26 du règlement de sécurité contre l’incendie relatif aux établissements recevant du public prévoit un recoupement des vides.

Article CO 26 - Recoupement des vides § 1. Les parois verticales auxquelles un degré de résistance au feu est imposé doivent être construites de plancher à plancher.§ 2. Les combles inaccessibles et l'intervalle existant entre le plancher et le plafond suspendu, doivent être recoupés par des éléments en matériaux de catégorie M0 ou par des parois PF de degré un quart d'heure. Ces cellules doivent avoir une superficie maximale de 300 mètres carrés, la plus grande dimension n'excédant pas 30 mètres. Ce recoupement n'est pas exigé si les vides ci-dessus sont protégés par (Arrêté du 12 octobre 2006) « un système d'extinction automatique du type sprinkleur », ou se trouvent à l'intérieur des compartiments définis à l’article C025.


On peut en conséquence se demander pourquoi les combles de NOTRE-DAME qui est un établissement recevant du public ne comportait pas de tels recoupements des vides dont le degré pare-flamme pourrait facilement être porté à 1/2 heure voir même d’1 heure, mais une simple détection incendie qui n’a pas fait ses preuves !


Cela aurait certainement à moindres frais éviter la catastrophe globale au niveau de la « forêt » et de ses toitures.


On peut s’interroger pourquoi les architectes des M.H. Monuments Historiques en charge de NOTRE DAME n’y on pas pensé ?

On peut également s’interroger pourquoi les préventionnistes des pompiers n’y ont également pas pensé ?


Le rôle de ces sachants était de faire préventivement une analyse du risque, et de prévoir un compartimentage coupe feu des combles de NOTRE-DAME, alors que les monuments ayant connu dans l’histoire de pareils incendies n’est pas rare !

Envisagent-ils de prévoir des recoupements coupe-feu des combles dans toutes les cathédrales ou monuments Historiques ?

Je n’entends guère dans les médias évoquer ce sujet, et je trouve cela étonnant que la prévention du risque soit éludée un peu facilement.

Quant aux dispositifs anti-incendie ils sont assez vite obsolètes. Il faut les contrôler régulièrement et les restaurer dès que nécessaire. A Notre Dame, ils ont révélés qu’il ne sont pas d’une grande utilité hormis permettre l’évacuation du public.

On vit malheureusement à une époque où l’on manque cruellement de bon sens.

A quand l’application de l’article CO 26 aux Monuments Historiques et aux combles des cathédrales, pour éviter de nouvelles catastrophes ?

Michel DUSOLLE Architecte D.P.L.G.

Réagir à l'article


Album-photos |L'année 2018 de NOMADE architectes

Riche actualité pour l’agence NOMADE architectes cette année ! 2018 est ponctuée par les livraisons de programmes variés dont 36 logements collectifs à Caen (14), l’Hôtel de Ville à...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 d'Avenier&Cornejo

2018, année de l’engagement… pour l’environnement…la société… et l’Architecture a son rôle à jouer. Alors nous avons communiqué… exposition à New York sur...[Lire la suite]


Album-photos |L'année 2018 de Lina Ghotmeh - Architecture

Lina Ghotmeh — Architecture affirme sa quête vers un avenir juste et durable. L'agence franco-libanaise dessine son architecture par un regard écologique et historique comme en témoignent cette année le programme de...[Lire la suite]