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Livre | Paul Chemetov, délicieusement piquant (20-03-2019)

Le dernier opus des éditions Arléa offre la parole à Paul Chemetov. En face, Frédéric Lenne tente de cuisiner l’architecte. Rien n’y fait, l’homme de l’art ne se dérobe jamais et partage ouvertement son expérience. « Une belle vie, c’est une pensée de jeunesse réalisée dans l’âge mur », dit-il en citant Alfred de Vigny.

France

Paul Chemetov est de ces rares architectes qui manient la langue française en virtuose. La faconde est si brillante qu’on le dit même «esthète à formules». C’est du moins ce que Chem révèle dans un petit ouvrage intitulé Etre Architecte qui se dévore, page après page, en quête d’une belle phrase.

Mais, à la beauté des mots, Paul Chemetov a toujours le culot d’y ajouter le sens. L’architecte s’exerce sans cesse. Peut-être s’écoute-t-il parfois pour mesurer la justesse d’une argumentation. Cependant il n’est pas «propagandiste de [ses] propos».

02().jpgDe la parole au papier, Paul Chemetov écrit aussi «compulsivement». «J’envoie quotidiennement des mots manuscrits à des destinataires très différents.» Il en va d’une véritable hygiène intellectuelle mais l’homme confesse volontiers sa «difficulté à délayer».

Pourtant, «tous les architectes qui entendent par leur œuvre modeler la réalité ont recours à l’écriture comme accompagnement permanent», convient-il. Si le verbe semble parfois plus éternel que la pierre, encore faut-il le manier.

L’art du mot est d’autant plus précieux que les réalisations de Paul Chemetov disparaissent déjà sous les bulldozers de la bêtise. A Frédéric Lenne de lui demander, non sans humour, le bâtiment qu’il souhaiterait, dans ces circonstances, protéger s’il ne devait en garder qu’un : «ce que j’aimerais le plus conserver – mais c’est par égoïsme – ce pourrait être cette agence où je travaille , la maison de la rue de l’Epée-de-bois où nous vivons, notre maison en Ardèche ou le poulailler de Normandie. Des bâtiments qui sont liés à ma propre vie, pour lesquels j’étais mon propre maître d’ouvrage et où j’ai mis le plus de moi-même, de mes bizarreries, de mes égotismes, de mes idiotismes», répond-il.

Un poulailler en Normandie ? Mais aussi Bercy et le Museum d'Histoire Naturelle. L’histoire s’invite dans les propos comme dans l'oeuvre de Paul Chemetov avec minuscule et majuscule : «je suis curieux de l’architecture passée», lance-t-il. Il rappelle à cette occasion ses premiers livres, l’un sur l’architecture en banlieue 1919-1939, l’autre sur l’architecture en fer.

Il n’y a donc pas de table rase et parmi les maîtres à penser de Paul Chemetov, compte… «la ruralité» ! L’architecte énumère avec plaisir portes de grange, linteaux, pièces de charpentes. «La ruralité m’a poursuivi après la guerre, quand j’ai travaillé à la Reconstruction de la Moselle et que je lisais des ouvrages tels que L’Architecture rurale et bourgeoise en France qui m’ont beaucoup appris, en dépit du caractère un peu pétainiste de cet opus. A cela s’ajoutaient les croquis de Laprade et les relevés du musée des arts et traditions populaires faits pendant la guerre à l’initiative de Georges Henri Rivière», précise-t-il.

Et Corbu dans tout ça ? «Ce qui m’intéresse chez lui, c’est l’archaïsme». Paul Chemetov se définit en toute logique comme un homme «de raccords, de bouts de bois, de joints creux, de boulons, d’assemblages», un homme «du faire, de la praxis».

L’architecte se montre indifférent aux effets de mode – et peut-être regrette-t-il, dans certains projets, un langage parfois «brutaliste» – pour leur préférer de loin la permanence. «Dans le livre que vous avez édité il y a quelques années, Un architecte dans le siècle, dit-il à Frédéric Lenne, certains ont pensé que j’avais enrichi les textes qu’il contenait pour les rendre actuels alors qu’ils avaient été écrits à d’autres époques. Je ne les avais pourtant en rien modifiés. Je ne leur avais rien ajouté», assure-t-il. Les propos de Paul Chemetov filent donc d’acuité en actualité.

L’entretien fleuve paru aux éditions Arléa évoque aussi des années de formation, sa relation au Parti Communiste, la réalisation des grands projets, ses goûts littéraires… A chacun d’y trouver, par plaisir et par hasard, quelques affinités électives.

Paul Chemetov fait également état de son expérience. Toutefois, il voit dans cette accumulation de connaissances un travers : «on invente des choses quand on a trente ou quarante ans en ignorant qu’elles ont déjà été inventées. Le défaut de l’expérience, c’est qu’on ne tente plus certains coups», regrette-t-il.

L’architecte est donc moins naïf mais il espère toujours «plus d’enfance» pour être encore audacieux. Pour autant, en bon polémiste il ne tarde jamais à railler l’époque actuelle où l’image supplante l’imaginaire, où les jurys deviennent des procès qui aboutissent à un jugement, où le luxe démentiel et la complication des grands projets métropolitains est horripilante. Paul Chemetov tacle cependant en douceur.

L’ouvrage s’achève sur un précieux questionnaire de Proust mais aussi sur une série de citations d’auteurs variés qui sont comme autant «de perles pour un collier».

A Chem donc de conclure et de se retrancher une nouvelle fois derrière des mots… mais, douce ironie, derrière, cette fois-ci, des mots empruntés aux autres.

Jean-Philippe Hugron

Pour en savoir plus sur ce livre : https://www.arlea.fr/Paul-Chemetov-etre-architecte

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