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Exposition | Les fondations privées... surexposées ? (20-02-2019)

« Ce que révèle le 79 rue des Archives ». C’est là le sous-titre de la dernière exposition présentée à la Galerie d’Architecture du 31 janvier au 20 février 2019. L’événement présentant la Fondation Henri Cartier-Bresson et la Fondation François Sommer conçue par Lobjoy-Bouvier-Boisseau, au-delà d’enjeux monographiques, a subtilement abordé le phénomène dévorant de la culture laissée aux mains des privés…bref, ce que révèle le 79 rue des Archives.

Paris

La liste est longue : Fondation Vuitton, Fondation Cartier, Fondation Taylor, Fondation Berger-St Laurent, Fondation Le Corbusier, Fondation Pathé, Fondation Dubuffet, Fondation EDF, Fondation Custodia, Fondation Calouste Gulbenkian… etc...etc…

Paris, sur quelques kilomètres carrés, réunit un grand nombre d’initiatives privées. A celles qui valorisent les travaux d’illustres artistes dont elles ont reçu l’héritage… s'ajoutent ces autres qui développent leur collection et peut être même les « financiarisent ».

L’exposition organisée à la Galerie d’Architecture a deux mérites : présenter un projet architectural encore méconnu mais aussi révéler l’histoire de ces fondations et laisser voir peut-être, entre les lignes, la perversion d’une idée originale.

Deux fondations, un bâtiment

Le nouveau siège de la Fondation Henri Cartier-Bresson et de la Fondation François Sommer est ainsi l’occasion d’approcher cette problématique récemment abordée, par la presse généraliste, sous son angle le plus polémique.

Le projet de Lobjoy-Bouvier-Boisseau est pourtant sage et se démarque volontiers d'exploits formels ou techniques qu’appellent souvent la réalisation de ce genre de programme. A l’image, le nouvel équipement culturel peut même surprendre par sa grande sobriété et même irriter quelque peu par son « toit-toit » à double pente.

« Nous ne pouvions faire autrement, prévient Ludovic Lobjoy. L’Architecte des Bâtiments de France nous réclamait, à cet endroit, de préserver la figure de l’ancienne construction et de mettre en œuvre des tuiles mécaniques comme à l’origine ».

02(@BaptisteLobjoy)_B.jpgConstruire au cœur du Marais était, en effet, une véritable gageur ; les prescriptions d’ores et déjà avancées par l’homme de l’art pouvaient laisser craindre le pire casse-tête.

C’est pourtant en lieu et place d’un ancien parking que l’agence parisienne a réalisé les locaux d’exposition de la Fondation Cartier-Bresson et les bureaux de la Fondation Sommer. Et, de ce bâtiment, il ne reste rien.

Ni la rampe improbable. Ni les spectaculaires portiques de béton. Bref, tous ces éléments qui feraient aujourd’hui autrement plus rêver que des « tuiles mécaniques ».

Si l’on aime transformer le noble Palais de Tokyo en pseudo-loft d’arrière-banlieue, l’on se plaît généralement à faire, dans le même temps, de l’industriel le plus brut un délicat exercice de style. Ici, curieusement, ni l’un, ni l’autre. « Les questions d’usage mais aussi la distribution complexe ne nous ont pas laissé l’opportunité de conserver les structures d’origine », explique l’architecte.

La technique, les gaines...les règles, les normes… autrement dit un concert de contrariétés qui ont, en fin de compte, fait oublier la mémoire d’une construction qu'un ABF jusqueboutiste aurait pu regretter. C’est donc un édifice sobre, peu démonstratif, que Lobjoy-Bouvier-Boisseau a choisi de livrer.

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Sur les murs de la Galerie, l’agence se plaît à révéler aux yeux du public l’ensemble du processus de conception. Impudiques, les vitrines mettent à nu un cheminement créatif. « Je l’assume », assure Ludovic Lobjoy.

Avec brio, sa présentation illustre les tâtonnements, les hésitations, le hasard… En quelques mots, il livre avec ses associés une exposition rare. D’autant plus rare qu’elle raconte l’histoire de deux fondations.

Un bâtiment, deux fondations

Il y a, en effet, d’un côté, la Fondation Cartierr-Bresson qui est entièrement dévolue à l’oeuvre du photographe qu’elle entretient avec passion.

De l’autre, la Fondation François Sommer est le fait d’un industriel. En 1964, l’homme et sa femme, Jacqueline Sommer, ont déposé leur demande de création d’une fondation. C’était alors les « années Malraux » et c’est grâce à l’amitié de célèbre ministre que l’hôtel de Guénégaud a vu sa restauration autorisée par cette ambition culturelle.

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« Alarmé par l’état de décrépitude de cet hôtel particulier, André Malraux cherchait effectivement un mécène à qui en confier la réhabilitation et l’animation », explique Annabelle Hagmann, co-commissaire de l’événement.

« Dès 1967, la Fondation a ouvert son musée de la Chasse et de la Nature avec les encouragements d’un Malraux pressentant que le Marais devait être sauvegardé des appétits des promoteurs, et ses hôtels particuliers délaissés restaurés au bénéfice de la culture et du patrimoine, mais aussi du rayonnement de Paris », poursuit-elle.

Les fondations étaient donc, à cette époque, les instruments utiles d’une politique de valorisation d’un quartier jusqu’alors déshérité de toute attention voire menacé de démolition.

Aujourd’hui, la loi Aillagon, à juste titre rappelé au sein de l’exposition, semble confirmer cette politique d'incitation. Elle « porte la réduction d’impôt sur les sociétés à 60 % des versements faits à des œuvres ou organismes d’intérêt général dans les domaines ‘philanthropique, éducatif, scientifique, social, familiale, culture’, dans la limite de 5 % du chiffre d’affaires, ‘notamment quand ces versements sont faits au bénéfice d’une fondation d’entreprise’ ».

Des coupures de presse, également présentées, évoquent le cas de la Fondation Vuitton et des millions obtenus grâce à une ‘ingénierie’ relevant de l’optimisation fiscale. Nombreux sont ceux qui y devinent le dévoiement de la loi.

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In fine, sans critiquer ouvertement les mécanismes des fondations privées, l’exposition présente leur... fondement théorique : l’esprit originel était avant tout d'autoriser la préservation d’oeuvres précieuses sinon de participer à la transformation d’un quartier.

Aujourd’hui, en choisissant le confort du Marais ou du XVIe arrondissement de Paris, les nouvelles fondations semblent perdre leur vocation sociale voire « philanthropique ».

Pourquoi donc l’État ne les oblige-t-elle pas à s’exporter extra-muros dans de tristes banlieues sinon dans ces villes moyennes que l’on juge déprimées…? Pourquoi ne gagnent-elles pas tous ces nouveaux marais sinistrés comme il y a cinquante ans ? C'est là la question que révèle aussi le 79 rue des Archives...

Jean-Philippe Hugron

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