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Chantiers | Marc Mimram : « le chantier permet de penser le projet » (06-02-2019)

Pour Marc Mimram, le chantier est « la condition même de la pensée du projet ». Son propos a brillamment inauguré le colloque organisé par la Cité de l’Architecture et du Patrimoine le 23 janvier 2019 sur « l’intelligence des chantiers ». Compte-rendu.

Cité de l'Architecture et du Patrimoine | France | Marc Mimram

« Parler de chantier aux étudiants est comme enseigner la musique à des sourds », débute Marc Mimram. L’homme de l’art regrette de par trop ce réflexe contemporain faisant du chantier un temps à part de l’architecture. « Le chantier ne vient pas après le projet, sermonne-t-il. Il permet de penser le projet. »

L’architecte espère, à travers cette précision, « inverser la donne ». Pour ce faire, il affirme une nouvelle fois qu’« il n’y a pas la pensée merveilleuse d’un côté et le coup de pelle de l’autre. »

En toute logique, Marc Mimram insiste sur « l’introduction du faire » dès le premier coup de crayon car « faire un projet » est aussi bien « l’imaginer dans sa tête » – le concevoir – que le « construire ».

« L’architecture est avant tout un art de la transformation, reprend-il. Tout commence par l’exploitation des matériaux ».

Cette phrase, une fois lancée, devient la plus belle occasion de moquer ce 'granit breton' venant de Chine et toutes ces importations du bout du monde qui elles aussi « transforment la planète » mais autrement...

En guise de réponse à cette absurdité globale, Marc Mimram « revendique la re-matérialisation de l’architecture » et par là, il détourne savamment l’écueil du contexte.

Ceci étant écrit, si elle ne se fait pas sans territoire, l’architecture n’existe pas, non plus, sans compétences « Il n’y a pas la pensée d’un côté et les exécutants de l’autre. Associons les forces ! », dit-il. L’exercice serait d’autant plus salvateur qu’il serait pensé en amont de toute réflexion.

Pour illustrer son propos, Marc Mimram choisit de présenter plusieurs projets. Le premier, un bâtiment tertiaire dans le XIIIe arrondissement de la capitale situé face à la BNF, juste au dessus des voies de chemin de fer. « Au lieu de construire une dalle absurde, nous avons préféré suspendre cette dalle à la structure », résume-t-il.

Il en résulte un volume massif. Visible, la structure se révèle puissante : « cette architecture n’est pas démonstrative pour elle-même. C’est l’histoire du chantier qui y est incluse. Le bâtiment en garde la mémoire », précise-t-il.

Ce cas d’école serait ainsi l’exemple d’une « méthode de fabrication inhérente à la manière de penser le projet ».

Pour parfaire la démonstration, Marc Mimram use d’une autre réalisation pour asseoir son propos : la gare TGV de Montpellier : « c’était une situation d’expérimentations, une situation magique », prévient-il.

L’architecte s’est en effet appliqué à préférer pour cet équipement une « architecture spécifique » à une construction « générique ». Aussi, imagine-t-il « un ouvrage d’ombre et non de verre ».

Pour cela, il fallait « revenir à l’hypothèse de la fabrication ». « Ce projet nous a permis de faire ce que nous ne savions pas faire. C’est d’ailleurs ce que j’aime dans mon métier, si vous me permettez cette confession », souffle-t-il.

La solution architecturale était alors technique. Elle est née de « l’addition des savoirs et des plaisirs ».

« C’est aussi un entrepreneur qui sait prendre des risques, rappelle-t-il. Et un entrepreneur sait, de toute évidence, prendre des risques sinon c’est un banquier », ironise-t-il.

Les ouvrages d’art dont Marc Mimram s’est fait le spécialiste avec les années, permettent aussi des chantiers qui « deviennent la condition même de la pensée du projet ».

A Rabat, l’architecte a imaginé un « pont fordien » qui « se construit lui-même », petit à petit. Ce processus serait né de l’artisanat marocain et des savoir-faire locaux. La pratique de Marc Mimram est donc largement ancrée dans la réalité.

Quid, dans ces circonstances, de l’informatique ? L’architecte ne s’en émancipe pas. « Le virtuel peut vous conduire vers le virtuose...ou bien vers la réalité. Le projet se fabrique entre le virtuel et le réel », dit-il.

Pour Marc Mimram, le numérique offre même la « possibilité du spécifique »… mais c’est là, bien au-delà du chantier et de son importance dans le processus de conception, un tout autre débat. A suivre...

Jean-Philippe Hugron

Réactions

sterckeman | Dir. de Sté | Nord | 08-02-2019 à 15:09:00

Je vous remercie des N° que vous m'adressez régulièrement depuis que nous nous sommes sommes rencontrés à Paris avec P. Chemetov. Chemetov avec qui j'ai assez souvent travaillé, construisit notre maison en 1970. En reprenant l'illustration de F. Léger pour l'article tellement juste de Marc Mimram vous me remémorez ce moment de chantier où cette maison est entouré sauvagement de pylônes électriques que F. Léger appelait "mes camarades" et dont la conception de la maison est en dialogue. J'ai même compris depuis qu'un pylône planté dans un champ de blé n'est pas moins nourricier que le même champ et qu'il faut les regarder comme un véritable paysage du Nord, ou s'épousent l'industrie et l'agriculture.
C. Sterckeman

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