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Actualité | Mossoul, mémoire collective, mémoire sélective ? (23-01-2019)

Au coeur du mois de décembre, l’annonce n’est pas passée inaperçue : la première pierre de la mosquée Al Nouri de Mossoul a été posée. L’événement signe, après le départ de Daesh, les débuts d’une politique de reconstruction mais aussi… de démolition.

Moyen Orient

La mosquée Al Nouri est à l’Irak ce que la tour de Pise est à l’Italie. Une image d’Epinal. Son minaret, curieusement penché, participait jusqu’à sa démolition à l’identité d’une ville.

Le lieu sacré avait été prisé par Daesh et le « calife » autoproclamé de l’État Islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, y avait fait sa seule apparition publique il y a cinq ans maintenant.

Depuis, Mossoul est devenu le théâtre d’affrontements armés condamnant la deuxième ville d’Irak à n’être plus que ruine et désolation.

Un an et demi après sa libération, Mossoul consent enfin à reconstruire son plus précieux monument avec le soutien financier des Emirats Arabes Unis.

Pendant ce temps, un patrimoine plus moderne – lui aussi endommagé par la guerre – attend patiemment son sort. Parmi les édifices les plus emblématiques du XXe siècle, compte le siège de la Compagnie Nationale d’Assurance conçu par Rifat Chadirji, figure majeure du mouvement moderne en Irak.

L’immeuble était l’une des constructions les plus hautes de la ville. Sept étages. Il était, dans son esthétique, typique des recherches plastiques de Rifat Chadirji. Son architecture est, dans sa composition, familière d’autres projets : la postale centrale de Bagdad ou encore l’établissement d’une entreprise de tabac situé dans la capitale du pays.

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Le siège de la Compagnie Nationale d’Assurance était donc LE Rifat Chadirji de Mossoul. Ses lignes étaient celles d’un modernisme qui s’évertuait contre l’avènement d’un style international aussi froid qu’impersonnel, à reprendre quelques traits singuliers, propre à une culture locale. Rifat Chardirji a notamment réinterprété les chanachils, ces oriels avec fenêtres en arc de plein cintre.

Daesh en occupant la ville de 2014 à 2017 a fait de cet immeuble spectaculaire le théâtre de ses exactions. L’État Islamique y précipitait dans le vide tout homme « accusé » de relation homosexuelle.

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Cible de bombardements et de tirs de roquette, lieu d’explosions régulières, le siège de la Compagnie Nationale d’Assurance se montre aujourd’hui, selon les autorités, « au bord de l’écroulement ». Aussi, aucune réhabilitation ne serait, dans ces conditions, possible.

L’AFP rapporte, dans une dépêche, la démolition imminente du bâtiment. Interviewés à cette occasion, certains habitants déclarent à l’agence de presse leur regret quant à cette destruction. « Les autorités auraient dû le laisser en l'état comme un témoignage de l'atrocité des crimes de l’État Islamique à Mossoul comme cela s'est fait dans d'autres villes du monde touchées par la guerre. »

D’autres rêvent d’un parc mais certains envisagent déjà la construction d’un bâtiment administratif flambant neuf.

Pour l’heure, aucun lieu de mémoire n’est prévu, encore moins pour des victimes homosexuelles. In fine, sous les marteaux-piqueurs, d’aucuns découvrent l’histoire d’une prochaine amnésie collective.

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