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Actualité | Architectes... entourés... cernés... dévorés? L'avenir d'une profession (14-11-2018)

Quand la loi ELAN ne fait qu’officialiser ou presque de (mauvaises) habitudes nées de la crise de 2008, la profession s’inquiète à juste titre de l’évolution de la place de l’architecte sans malheureusement deviner ce qui pourrait bien se tramer dès aujourd’hui à Bercy… L’édition d’Archigraphie 2018 est, à ce titre, particulièrement intéressante.

France

Le Conseil National de l’Ordre des Architectes révèle dans l’édition 2018 de son étude annuelle «Archigraphie» que parmi les architectes inscrits et interrogés d’avril à mai 2018, 77 % s’inquiètent de la place d’une profession au sein de la maîtrise d’oeuvre.

Le CNOA explique volontiers cette situation par «la complexification des processus de construction, l’émergence de nouvelles techniques de production et de matériaux ainsi que le poids des réglementations». Il y voit «un morcellement des tâches» mais aussi «une diversification des professions de la maîtrise d’oeuvre».

«Alors qu’historiquement, les architectes possédaient, au sein de leur agence, l’ensemble des compétences économiques et techniques, un nombre croissant de ces missions sont aujourd’hui externalisées à des bureaux d’études, des ingénieurs, des économistes de la construction, contribuant ainsi à renforcer la diversification des métiers au sein de la maîtrise d’œuvre. Le rôle des bureaux d’études techniques (BET) et des assistants à la maîtrise d’ouvrage (AMO) s’est notamment accentué», note le CNOA.

Si pour l’Ordre, le travail d’architecte relève du «chef d’orchestre», cette diversité accrue des acteurs mais aussi la «technicisation» des projets rend malheureusement cette noble mission de plus en plus délicate.


Bim !

Deuxième défi pour la profession : l’impact du numérique. Une nouvelle fois, le CNOA impute ce résultat à la spécialisation des métiers de la maîtrise d’oeuvre et à la multiplication des impératifs réglementaires. «Les agences sont ainsi davantage amenées à coordonner leur temps et leurs méthodes de travail avec des spécialistes», indique le CNOA.

Le BIM est utilisé – en grande partie pour répondre à ces objectifs – par la moitié des répondants. Cependant, l’Ordre note que «le potentiel de cet outil n’est pas exploité à son maximum. En effet, 32 % des architectes interrogés déclarent avoir un niveau basique, 15 % un niveau avancé et seulement 1 % un niveau très avancé».

Si 10 % juge le BIM trop complexe, cher et chronophage, «ce sont les questions de formation et d’adaptation des architectes à l’usage du BIM qui se posent, plutôt que celle de son adoption ou non», précise le CNOA.


Archi...solitaire?


Face à ces défis, de nombreux architectes souhaitent de nouveaux modes de collaboration. La plupart propose, en conséquence, des «regroupements». Certains imaginent même intégrer d’autres professions au sein de leur agence.

Toutefois, à l’heure où bon nombre de professionnels évoquent dans leur projet la «porosité» ou le «mélange», appellent même à la plus grande «mixité»… une majorité d’architecte ne partage pas son espace de travail avec d’autres professionnels. Au mieux, le fait-il avec un autre architecte. Dans ce contexte, 15 %, malgré tout, partagent ses locaux avec d’autres professionnels de la maîtrise d’oeuvre.

Cette situation peut s’expliquer, selon l’Ordre, «par la différence en matière d’horaires et de modes de travail entre les architectes et les autres professionnels, par exemple entre un salarié travaillant pour un bureau d’études techniques et un architecte exerçant à son compte». Soit.

40 % des architectes interrogés sont néanmoins d’accord avec l’idée que le partage de l’espace de travail génère «une souplesse matérielle» et permet même d’ouvrir sa pratique à «de nouveaux champs d’intervention».

Nouvelles collaborations

Les collaborations avec des métiers étrangers à la maîtrise d’oeuvre sont, selon les chiffres d’Archigraphie, en pleine expansion. En effet, les architectes travaillent désormais régulièrement avec des professionnels spécialisés dans le graphisme (48%), le design (27%), l’illustration(26%), la communication (25%) mais aussi avec des associations d’usagers (20%), des botanistes (15%) ou encore des sociologues (14%)… et, curieusement, très rarement avec des juristes (4%).

Les collaborations avec des domaines étrangers à la maîtrise d’oeuvre sont principalement motivés pour imaginer des «programmations atypiques» dans le cadre de restauration de bâtiments historiques, de mise en valeur de sites archéologiques, d’installation d’un théâtre de verdure ou de projets urbains innovants à l’image de «Réinventer Paris», précise l’étude.

De la conception...au marketing

Ces évolutions et ces nouvelles pratiques sont à mettre en regard des mutations du marché. L'effondrement de la commande publique, la privatisation de la fabrique urbaine, l'essor de la promotion et l'avènement des ensembliers transforment l'exercice du métier.

Si pour certains, l’introduction d’une dimension «marketing» au sein du travail d’architecte marque un éloignement vis-à-vis des fondamentaux de la profession, pour d’autres, elle souligne la nécessité de se former à de nouvelles compétences dans un contexte différent, voilà du moins ce que précise, in extenso, le CNOA à partir des informations récoltées lors de ses Universités d'été.

En résumé tout indique un profond bouleversement quant à la définition du métier d’architecte. Parallèlement, alors que tous les domaines économiques sont désignés à souffrir de la concurrence, il ne serait pas étonnant que Bercy joue de cette lente métamorphose pour briser les quelques monopoles d’une profession... un combat qu’il serait, sans doute, d'ores-et-déjà bon de prévoir…

Jean-Philippe Hugron


L’étude est à retrouver ici : https://www.architectes.org/sites/default/files/atoms/files/archigraphie-2018.pdf


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