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Exposition | L'architecture vue de pigeon ! (14-11-2018)

Les plus poètes évoqueraient volontiers l’architecture perçue à travers l'oeil de Dieu… les plus technicistes, vue sous l’objectif du drone. Convoquer un volatile n’est pourtant pas chose idiote… c’est en tout cas ce que laisse entendre l’exposition Survols qui, stimulante, laisse craindre le renouveau d’une façon ‘aérienne’ de concevoir l’architecture…

Photographes | France

Tout cela semble énigmatique.

Il faut d’abord aller à Nanterre voir l’exposition «Survols» au CAUE 92. Sa galerie située sur les Terrasses de l’Arche propose d’aborder l’architecture par l’intermédiaire du Huitième Art.

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Après une première exposition remarquée en 2017, l’institution présente cette fois-ci, jusqu’au 2 mars 2019, un nouvel événement brillamment orchestré par Laure Waast et Olivier Namias. L’art de bâtir y est présenté à travers la photographie aérienne laquelle fait l’objet d’un exposé complet pour ne pas dire encyclopédique.

D’aucuns y découvrent que la première photographie au monde a été prise par Nadar en 1858 au dessus du Petit-Clamart et que des pigeons ont même été utilisés à l’orée du XXe siècle aux fins d’immortaliser, depuis les airs, un site sinon une construction. Les exemples présentés ne sont pas probants. La technique était, après tout, particulièrement aléatoire.

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Le développement de l’aviation a rapidement rendu possible des prises de vue aérienne autrement plus sérieuses ; les territoires se sont ainsi vus contrôlés mais aussi étudiés. D’abord documentaire, la photographie aérienne est progressivement devenu un outil mis au service… de la conception urbaine !

L’exposition met alors en exergue l’ouvrage de Le Corbusier, Aircraft, d’ailleurs récemment reproduit par les éditions Parenthèses (lire à ce sujet notre article). Entre ces pages abondamment illustrées, le célèbre architecte affirmait que «l’avion accuse ! Il accuse la ville ! Il accuse ceux qui conduisent la ville !»

«Nous avons maintenant, par l’avion, la preuve enregistrée par la plaque photographique que nous avons raison de vouloir changer les choses de l’architecture et de l’urbanisme», notait-il.

La vue aérienne, dans ces circonstances, a servi à la création de photomontages expliquant l’impact urbain d'opérations modernistes. Malheureusement l’exposition n’explore pas plus avant les conséquences de cette vision aérienne sur la représentation en architecture. Elle continue néanmoins de dérouler son fil conducteur pour approcher des thèmes tour à tour géographique, sociologique ou environnementaux.

L’événement, dans sa partie finale, est dûment complété par une série d’oeuvres signées de photographes et d’artistes contemporains comme Mishka Henner, Michael Light, Olivo Barbieri ou encore Aydın Büyüktaş. Toutes sont a même d’illustrer la manière dont chacun s’empare d’une technique pour en faire, peut-être, la critique.

Parmi eux, Patrick Messina dont l’approche fait bon usage de l’effet «tilt shift» qui ramene la ville à l’échelle d’une maquette. Les commissaires y voient une manière détournée de ramener l’humain dans une représentation qui, de par son échelle, efface toutes formes vivantes.

L’exposition s’arrête sur ces propositions habilement compilées. Pour autant, elle en oublie un peu l’architecture et la photographie aérienne comme représentation du bâti… pire comme inspiration !

Citer Le Corbusier n’avait pourtant rien d’anecdotique et les photographies des Hauts-de-Seine, prises depuis les airs au détour des années 60, montrent combien l’urbanisme moderne est un urbanisme de pigeon !

Le territoire, taillé à la serpe, s’est trouvé, sous ces Trente Glorieuses optimistes, segmenté par de belles lignes – tours et barres – qui forment depuis le ciel une composition abstraite, néo-plasticienne, du plus bel effet. Depuis le plancher des vaches, la proposition n’a cependant pas fait un bœuf.

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Aujourd’hui, l’avènement de Google Earth et la démocratisation des drones semblent une nouvelle porte ouverte quant à la manière d’appréhender l’architecture depuis les airs...

Est-ce à dire que l’art de bâtir doit se saisir de nouveaux points de vue virtuels ? Doit-il aussi s’adresser aussi à ces nouveaux yeux ? Autant de questions qui restent en suspens. 

Une tentative de réponse esquisserait volontier le risque d'approcher sinon de retrouver la bête axonométrie des années 80, celle qui avait notamment plongé le concours de l’opéra Bastille dans le plus illisible délire visuel… conduisant, in fine, à la déconvenue d’un projet raté.

L’architecture vue depuis le ciel n’a rien d’anodin – modernisme et postmodernisme en portent les erreurs – et les drones pourraient peut-être dès aujourd'hui engendrer de nouvelles pigeonnades !

Jean-Philippe Hugron

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