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Actualité | Reiulf Ramstad, agence à réaction(s) (07-11-2018)

Le métier d’architecte éveille bien des fantasmes. Le dernier en date est celui d’un professionnel qui, retiré, ne travaille qu’à petite échelle pour assurer le bien-être d’une communauté...souvent rurale... Au mieux, il exerce pour un seul et unique terroir, le sien. Cette image, loin du mondain habillé de noir, loin de l’homme d’affaires, loin de l’artiste cavalier, semble alimentée par une étrange «réaction» que chatouille Reiulf Ramstad en fin stratège.

Monde

Depuis plusieurs années maintenant, l’aura de Peter Zumthor contribue vraisemblablement à favoriser cette image d’un architecte qui, esseulé dans son village, élabore de frêles chapelles ou de petits musées sur échasses.

Les oeillères de l’admiration éclipsent volontiers une pratique internationale pour préférer celle d’un homme que l’on présente reclus au fin fond de sa vallée.

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Cette représentation s’enrichit d’autres exemples. Des Global Awards notamment qui récompensent chaque année des pratiques locales. L’apothéose, au risque de la caricature, est incarnée par Gion Antoni Caminada puis que cet architecte, lauréat du prix en 2016, ne construit que dans le périmètre de son village et de quelques hameaux périphériques. 

Ce métier qui fleure bon, selon les rêveries d’un architecte solitaire, le foin et la paille, invite aussi à ne regarder voire à n’apprécier que le petit, réduit, riquiqui.

L’effet Bilbao, les concours Evolo, les musées à tire-larigot, les gratte-ciel gigolos ont projeté, trop d’années durant, leur lot de paillettes. Aujourd’hui, la grange, la salle communale… et bientôt le lavoir…émerveillent plus que tout autre chose !

Les projets, dans ce contexte, se font «interventions». L’approche n’est pas chirurgicale mais le crayon semble aussi précis qu’un bistouri. Un petit escalier en corten, un belvédère improbable, une rampe...mais quelle rampe ! Une incision à fleur de roche !

L’ironie n’est peut-être pas bonne conseillère et l’exposition présentée actuellement à la Galerie d’Architecture jusqu’au 2 décembre 2018 ne laisse pas d’émerveiller ; elle participe toutefois à cet imaginaire frugal et provincial...

Une agence norvégienne, Reiulf Ramstad y est à l’honneur. La fabuleuse scénographie laisse voir des dessins, griffés sur le vif, des photographies et des films.

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Sans rien n'avoir lu, juste par l'intermédiaire des images, l’envie électrique de rencontrer celui qui devrait être, à n’en point douter, l’un de ces architectes-anachorètes se fait sentir.

Reiulf Ramstad, devant les benoites questions de son interlocuteur, se présente et, tout de go, évoque son approche qu’il résume sous le mot «remoteness»… autrement dit l’éloignement, l’isolement, le lointain… De quoi tomber en pâmoison totale.

«A l’époque de la culture globale, il nous faut penser différemment et, pour ce faire, voyager à travers de petits lieux», assure l'architecte.

Des petits lieux ? «Dans les villes, l’architecture est ennuyante, victime d’une trop forte régulation. Les villages sont, quant à eux, plus ouverts à l’expérimentation», répond-t-il.

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L’exposition illustre cette position. Les dessins créés pour l’occasion sur de fines planche en bois contribue plus encore à laisser croire que l'approche est artisanale. «La main va plus vite. Dessiner avec un crayon autorise une relation plus directe avec le corps. Nous sommes immergés par le digital. Je souhaite, là aussi, une forme de ‘remoteness’ et travailler avec des outils simples», précise-t-il.

L’imaginaire s’emballe et voilà Reiulf Ramstad qui, à la bougie, au fond d’un fjord, trace avec fébrilité ses projets à l'encre de chine. «Nous travaillons en Islande, en Autriche, en Russie, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni», dit-il. Depuis une vallée profonde ? «Depuis Olso»! Une douche froide.

«Nous y sommes trois associés et vingt-six collaborateurs». Seconde douche froide.

Le retour à la réalité est efficace. Il n’en dévalorise pas la qualité de beaux projets mais brise le fantasme. Voilà in fine qui indique combien il peut être stratégique aujourd'hui pour une agence de manipuler la 'réaction' et de s’appliquer à réaliser ces petits objets précieux au coeur de «petits lieux»… afin que la grange puisse un jour cacher le gratte-ciel.

Jean-Philippe Hugron

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