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Exposition | Aujourd'hui comme hier! (07-11-2018)

Enrichissez-vous! Tel était le mot d’ordre lancé par François Guizot durant la Monarchie de Juillet, repris à bon compte sous le Second Empire. L’homme d’état, par cette phrase, résumait l’esprit d’une époque conquérante. Son architecture devait d’ailleurs en porter les fruits entre exotisme et relecture historique. Une exposition présentée jusqu’au 12 janvier 2019 aux Beaux-Arts de Paris réunit les dessins d’apprentis hommes de l’art et invite à enrichir, cette fois-ci, son regard de précieuses images en plus de troubler l’esprit avec le retour de l’éternel recommencement...

France

Le Cabinet Jean Bonna est, aux Beaux-Arts de Paris, particulièrement modeste. A peine 70 m². Emmanuelle Brugerolles, commissaire mais aussi conservateur des dessins, s’excuse de ces dimensions «réduites».

02()_B.jpgPourtant sur les murs mais aussi dans de nombreuses vitrines, plusieurs dizaines de planches originales régalent le visiteur sans qu'il ne s'incommode de la petitesse des lieux qu'il jugerait même intimiste. «Bâtir sous le Second Empire» lui paraît immédiatement une exposition simple, particulièrement fine, qu’un catalogue délicatement composé explique avec force détails.

«Nous voulions mettre en avant une période de renouvellement des bâtiments», explique Emmanuelle Brugerolles au Courrier de l’Architecte. A l’heure où les Beaux-Arts de Paris souffle la première bougie de son appellation «Musée de France», ce retour à l’histoire fait écho à une époque autrement plus récente, la nôtre.

L’exposition n’a pourtant d’autre volonté que de présenter quelques dessins et compositions réalisés lors du concours d’émulation sous le règne de Napoléon III.

«Ces concours préparaient au Prix de Rome», souligne la commissaire. «Il s’agissait d’une séance de douze heures où l’étudiant était invité à dessiner sur une même feuille l’élévation d’un bâtiment, son plan et sa coupe», précise-t-elle.

«Le concours d’émulation offrait par son caractère moins solennel de bien plus grandes possibilités d’inventivité en lien avec l’actualité», poursuit-elle. Sur les murs, d’aucuns découvrent de nouveaux programmes : des ponts franchissant des lignes de chemin de fer, des musées dédiés aux antiques, des théâtres d’eau, des salles de concert d’été… Bref de l’invention et peut-être même de la «réinvention».

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«Contrairement aux autres concours organisés par l’Ecole – notamment les projets rendus et le Prix de Rome – le concours d’Emulation tranche par sa modestie : rapidité de l’exécution, format et réception des œuvres ; les dessins sélectionnés étaient exposés salle Melpomène, quai Malaquais, sans cadre ni châssis, et n’attiraient guère l’attention du public – architectes et étudiants de l’école – ni les critiques», note Emmanuelle Brugerolles.

Le fonds d’archives que constituent les 1374 dessins exécutés lors de ce concours organisé entre 1770 et 1956 représente, aujourd’hui encore, «un ensemble négligé et oublié qui fourmille d’informations sur l’enseignement de l’architecture à l’Ecole des beaux-arts».

Une rapide analyse des document montre un «renouvellement de la culture historique» mais aussi un désir de séduction ;toutes les représentations sont à l’aquarelle et font souvent la part belle au paysage et aux atours verdoyants... Ce luxe de salades va, pour certains professeurs d'alors, jusqu’à nuire à l’architecture. Déjà.

03()_B.jpgLe goût prononcé de la représentation laisse aussi entrevoir ce que les Beaux-Arts attendaient d’un architecte : être un concepteur de talent, un maître de la composition et non un ingénieur en bâtiment.

«Nous ne conservons aucunes maquettes d’étudiant pour la simple et bonne raison qu’elles n’ont jamais fait parti de l’exercice réclamé», précise Emmanuelle Brugerolles.

Parmi les propositions présentées, des salles de billard, des jardins d’hiver, des volières et même des jardinières… aucun logement collectif ! Pas un immeuble de rapport. Ces projets sont à l’époque fortement encadrés par les règles d’urbanisme et les questions de distributions, à la lecture du catalogue, sembleraient même «indignes» de futurs Prix de Rome.

Voilà qui fait écho à nos beaux jours, aux perspectives 3D outrageusement «verdies», à l’image qui cherche, par tous les artifices, à plaire, à ces logements qui ne sont plus que des concours de façade ou encore à cette profusion de programmes nouveaux allant de l’incubateur philanthropique à la conciergerie d’entreprises…

Tout recommence inéluctablement et le Cabinet de Dessins Jean Bonna peut délicieusement nous en persuader et ce dans l'intimité des plus précieux documents. 

Jean-Philippe Hugron

Réactions

YanPiazza | architecte | Languedoc-Roussillon | 08-11-2018 à 08:52:00

Une petite rectification historique:
François Guizot (un illustre Nîmois soit dit en passant) était un homme d'état de la monarchie de juillet (règne de Louis-Phillippe 1er) sa célèbre (et polémique citation) ne saurait donc être associée au Second Empire.

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