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Exposition | Les nouveaux virtuoses du dessin (24-10-2018)

L’exposition présentée au sein du John Soane’s Museum jusqu’au 18 novembre 2018 témoigne de l’intérêt qu’éveille encore le dessin en architecture même si les influences d’Archigram, Paul Rudolph et Paolo Soleri sont fortement palpables. Sur les murs de la célèbre institution londonienne, entre vestiges antiques et tableaux de maîtres, l’événement livre aux visiteurs les propositions graphiques des différents prétendants au Prix du Dessin d’Architecture 2018 dont Li Han est le récipiendaire.

France

Tout prétexte semble opportun pour découvrir ou redécouvrir le John Soane’s Museum à Londres. Une exposition sur le dessin d’architecture en est un parmi d’autres avec ceci d’exquis qu’il peut offrir l’occasion d’une prise de conscience : l’art du trait et de la composition conserve toute son actualité.

Sur les murs, dix-sept dessins ayant concouru, en 2018, à la deuxième édition du Prix du Dessin d’Architecture.

Il y avait, à cette occasion, trois catégories : dessin à la main, dessin numérique et dessin mixte. Li Han aura fait, pour sa part, bon usage des outils informatiques puisqu’il se voit couronner de la belle distinction.

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Egalement lauréat dans la catégorie numérique, Li Han illustre dans une série de quatre dessins (dont trois ci-dessus et en plus grand ici) intitulée ‘The Samsara of Building No. 42 on Dirty Street’ l’évolution d’une adresse pékinoise entre 2008 et 2017. Tour à tour logements puis commerces, ces constructions ont été démolies pour abriter de nouvelles résidences flambant neuves. Dans ce dessin, le jury retient la position de l’auteur qui cherche à examiner la relation entre la société civile et l'État dans le développement urbain.

«Ce dessin remet en question les idées préconçues sur la présentation numérique. Il raconte des centaines d'histoires sur neuf ans au cours desquelles l'architecture, la ville et la vie des gens ont changé. Il est important pour tous les architectes de prendre en compte la vie des bâtiments au fil du temps. Le dessin capte l'énergie d'un projet et, dans ce cas présent, vous pouvez sentir la vitesse de la ville et entendre son bruit. C'est un dessin moderne d'Archigram, mais aussi une étape dans l’avenir, c’est pourquoi c’est un grand gagnant», assure Narinder Sagoo, membre du jury mais aussi l’un des associés de Foster + Partners.

Les deux autres lauréats sont Lukas Göbl de l’agence autrichienne göbl architektur la catégorie mixte avec une composition intitulée ‘City of Beautiful Bodies’ et Carlijn Kingma du Studio Carlijn Kingma dans la catégorie dessin à la main, sous le titre ‘The Babylonian Tower of Modernity’.

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Le dessin de Lukas Göbl fait partie d’un projet en cours consacré au concept d’utopie et à son rôle dans la société actuelle. Il prétend suivre la devise de Paul Klee à savoir «pas un jour sans une ligne».

Farshid Moussavi, fondateur de Farshid Moussavi Architecture et membre du jury a deviné dans cette proposition «le pouvoir de l'intuition». «Il s'agit là d'un exemple de dessin à la main, non pas comme produit fini, mais comme outil de conception et de réflexion, un dessin comme processus et non comme résultat», dit-elle.

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Le dessin de Carlijn Kingma retrace, quant à lui, l’histoire de la tour de Babel à la lumière de la religion moderne du capitalisme. Pour le jury, il aborde l'idée que les médias sociaux et les nouveaux outils de communication numérique conduisent à une société et à une sphère publique de plus en plus polarisées en contradiction avec le rêve technologique du progrès.

«C’est un dessin incroyablement technique avec une projection habile des détails, de l’ombrage et de la profondeur. La façon dont il conduit à travers les espaces est phénoménale. Vous pouvez le regarder pendant des jours !», s’exclame Ken Shuttleworth, fondateur de Make Architects et membre du jury.

Les autres propositions n’en déméritent pas moins. Toutes témoignent de la diversité des approches mais portent aussi, à l’heure du BIM, l’espoir que le dessin puisse rester un outil de représentation mais surtout de conception.

Jean-Philippe Hugron

Petite sélection du Courrier

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Catégorie dessin mixte / Roberto Boettger, Reconciling Infrastructural Artefacts: Section, 2017
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Catégorie dessin à la main / Simon Kalajdjiev, Chuo Ward, Tokyo, 2017
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Catégorie dessin mixte / Divakara Murthy V, Hiranyagarba, 2018
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Catégorie dessin mixte / Yue Ma, American Dream or American Nightmare: 2020, 2050, 2070, 2018
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